‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 19 sur 128 · Particulière à M. Thiers, 22 juillet · texte numérisé non relu

Particulière à M. Thiers, 22 juillet

« Monsieur le Chef du Pouvoir Exécutif,

ce Monsieur le comte de Saint-Vallier m'a donné la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire avant-hier. Que dois-je y répondre? Votre Excellence est trop bonne. Qu'ai-je donc fait? Rien que mon devoir. Quelle était la situation? Mon roi m'a donné le commandement de son armée en France. Moi, j'ai dans ma jeunesse étudié l'histoire de la France; j'ai de même beaucoup lu M. Thiers; je connais le caractère français. Donc, après avoir fait la connaissance de Votre Excellence et de plusieurs membres de son ministère, j'ai gagné la conviction que ce caractère est représenté dans le gouvernement actuel de la France, et je me suis rendu vis-à-vis de mon gouvernement garant de la loyauté française. J'ai écrit que le payement des quatre premiers demi - milliards serait accéléré de manière qu'en peu de mois le chiffre des troupes allemandes en France serait réduit au nombre de 50 000 hommes stipulé dans la paix. En conséquence j'ai fait la proposition de vivre sans une nouvelle convention, en exécutant purement celles conclues le 11 et le 16 mars à Ferrières et à Rouen, avec loyauté et avec confiance mutuelle. Votre Excellence y a donné son consentement, mon souverain le donnera à ce que j'espère, et depuis une quinzaine nous vivons sur cette base. Le choix que Votre Excellence a fait dans Messieurs le comte de Saint-Vallier et Blondeau ne pouvait être meilleur. Tout marche bien. Tout à coup arrivent les diflicultés de vérification matérielle du payement du premier demi-milliard ; mais Votre Excellence écrit que la somme est payée !

PREMIERES NEGOCIATIONS A COMPIEGNE 33

Aurais-je agi dans Tesprit de notre convention verbale basée sur de la loyauté mutuelle, si j'avais gardé pour moi cette déclaration du Chef du Pouvoir exécutif? Je devais en faire part à mon souverain. Je le fais et Sa Majesté Impériale peut prouver devant TEurope qu'elle est au-dessus de toute vue subalterne quand il s'agit de ses relations avec la France, et qu'elle a confiance dans chaque mot écrit de Votre Excellence. C'est mon roi qui me remerciera de lui aA^oir donné cette occasion.

« Je m'empresserai de mettre sous les yeux de Sa Majesté copie de la lettre de Votre Excellence, laquelle, vu les sentiments que Votre Excellence y exprime, touchera l'Empereur profondément. Pour ce que Votre Excellence daigne me dire pour moi-même de bon et d'aimable dans sa lettre, je vous en remercie sincèrement. Votre Excellence voit que je tiens à l'opinion du grand citoyen auquel la France a confié son gouvernement dans cette crise.

a Daignez agréer. Monsieur le Chef du Pouvoir exécutif, l'assurance de mon profond respect.

« E. Manteuffel.

« Gompiègne, 22 juillet, 1871. »

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