‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 22 sur 128 · Télégramme du 8, à 2 heures 45 du soir · texte numérisé non relu

Télégramme du 8, à 2 heures 45 du soir

XÉGOCrATION SUIVANTE 41

seils de celui-ci. Elle perdait la négociation. Elle la perdait par des motifs qui longtemps seraient à peu près irrémédiables. L'Empereur ayant retardé d'une semaine son départ d'Ems pour Gastein, il n'était instruit de rien; le prince de Bismarck, au contraire, lisait à Varzin le résumé télégraphique de M. de Manteuffel et, en même temps, dans un bulletin de nouvelles étrangères des feuilles anglaises et allemandes, ce qu'avait annoncé à Paris le journal regardé comme ayant des informations de source sûre.

Dans l'exposé de motifs dont le général de Manteuffel avait fait suivre la convention projetée, rien n'était épargné, mandait M. de Saint- Vallier au président du Conseil, pour que la réponse fût favorable. « Il m'a lu des extraits de son rapport, qui est excel- « lent », ajoutait-il. En rentrant à Gompiègne le 10, le comte le trouvait ce rasséréné ». De Versailles, la veille, il lui avait télégraphié que M. de Rémusat allait lui expliquer cette publicité regrettable, et que M. Thiers démentirait à la tribune, s'il le fallait, les bruits répandus par la presse. Encore convaincu dès lors qu'il pourrait annoncer l'issue souhaitée, le général nous faisait conseiller de continuer les versements sans attendre, même a de les hâter ». D'après lui, nous nous assurerions par là d'autant mieux le résultat; ce le payement, dictait-il, vaut mieux que la a ratification et la rend certaine ». Mais le surlendemain, 12 août, un télégramme du prince de Bismarck, raide, impérieux dans les termes, venait détruire ces illusions. La nuit même M. de Saint- Vallier transmettait ce document à M. Thiers en le rédigeant sous cette forme adoucie : <( Le Ghancelier a lu votre rap- « port, et le projet de convention qui y était joint; il

(( VOUS prie de ne pas donner suite à cette négocia a tion qui n'est pas du ressort des affaires militaires, ce et qui est comprise dans le nombre de celles qui se « traitent à Francfort » *.

En effet, on recevait à Versailles le 13, et Ton transmettait à Gompiègne le 15, un télégramme du comte de Gabriac. M. de Bismarck lui avait fait connaître cette décision dans le même langage irrité de son télégramme. Notre chargé d'affaires, facilement plus explicite puisqu'il avait entendu ce dernier, informait le gouvernement que M. de Bismarck n'avait pris que le temps de rester assez à Berlin pour décider ses mesures avec les ministres, et qu'il ce proposerait au roi d'envoyer, au retour de Gastein, dans la première quinzaine de septembre, le comte d'Arnim en mission extraordinaire à Paris pour régler les questions actuelles. » C'était la première fois que le chancelier recevait le comte de Gabriac; il l'avait brusquement mandé pour ainsi dire à cette audience, en partie, suivant toute apparence, pour lui annoncer cela d'un ton peu diplomatique dont l'interlocuteur a récemment fait juger, et qui montrait dans quelles dispositions colères semblant rejaillir sur la France l'incident jetait l'impérieux homme d'État ^

On ne pouvait guère encore, à Versailles, observer tout à fait les formes. En voyant la voie de Gompiègne si ouverte, on ne pensait plus que l'Allemagne avait un représentant diplomatique à Paris. M. Thiers suivait cette voie, on ne se préoccupait pas du reste. C'était à ce point que M. de Saint- Vallier, ayant prié

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