Versailles, 22 août
que ce nuage n'est que d'un instant et que son roi, qui est à la fois honnête et sensé, ne pourra pas ne pas lui rendre justice. Nous avons voulu, et nous voulons encore suivre son conseil, mais il était impossible de faire partir M. Pouyer Quertier avant d'avoir vu et entendu M. d'Arnim, dont on nous annonce la venue prochaine et, même, très prochaine. M. Pouyer- Quertier partira immédiatement après, et, en attendant, il défend son budget, ce qui, pour nous, est d'un grand intérêt.
« J'ai vu M. About, et je Tai prié de ne pas prononcer le nom de M. de Manteuffel, ce qu'il avait fait sans méchanceté et pour parler un peu de tout, ce qui est le fond du journalisme; du reste, comme il devient tous les jours plus raisonnable, vous pouvez compter sur son silence.
« Dites-moi quand M. de Manteuffel doit quitter Compiègne; répétez-lui bien que je serai bien heureux de le recevoir et que, si je ne suis pas plus pressant à l'égard de cette visite, c'est parce que je crains que sa position puisse en souffrir. Si je me trompe, je serai charmé d'avoir une visite avant son départ.
m Recevez, mon cher Monsieur de Saint- Vallier, la nouvelle assurance de mon estime et de mon amitié. t>
(( A. Thiers. »
Les deux plis aussitôt reçus, à 10 heures du soir, le comte de Saint- Vallier répondait pour M. de Manteuffel et pour lui. « Le général, plus touché que je ne puis CL le dire, écrivait-il, ne croirait pas mieux prouver sa c( profonde reconnaissance qu'en acceptant Tinvitam tion, afin d'adresser son hommage de vive voix ». Non moins vrai dans l'expression de ce qu'il ressentait
lui-même en se disant « pénétré de cette affectueuse (( lettre, qui demeurerait avec ses devancières le (( plus précieux et le plus flatteur des témoignages <( des services qu'il pouvait rendre à son pays », M. de Saint- Vallier ajoutait, et c'était bien la vérité : (( Vos lettres sont faites pour apaiser bien des diffi- (( cultes, pour éteindre bien des susceptibilités; elles « viennent d'arriver à peine, et, déjà, je vois à la c( satisfaction du général l'heureuse influence qu'elles a exercent sur son esprit' ». Dans des données tout aussi bienveillantes pour le commandant de l'occupation et pour le comte, M. de Rémusat avait transmis à ce dernier l'avis de ne plus mettre le pied avec le général sur le terrain de la libération, M. de Bismarck ayant demandé que ce fût dit officiellement. Gomme le plénipotentiaire ne laissait pas perdre la plus minime occasion de montrer au commandant en chef la considération dont le gouvernement français l'honorait, il lui avait lu le pli; il pouvait aussitôt faire connaître au ministre les conseils que, presque avec du courage eu égard à la situation qui lui était faite à présent, le général, <( extrêmement touché de l'hommage <( rendu à sa loyauté sympathique et à ses efforts « dévoués pour apaiser les différends et pour réaliser (( l'œuvre si essentielle de conciliation », nous donnait dans l'incontestable pensée de nous servir. Pardessus tout c'était de a multiplier, fût-ce par sommes relativement minimes, les versements sur la contribution de guerre. » Manière à peu près unique de tranquilliser Berlin, parce qu'au-dessus de tout ce on s'y inquiétait de nos moyens de finance, qu'on en dou-
^. Particulière à M. Thiers, 22 juillet.
tait, qu'en tout cas on doutait que nous voulions vraiment nous libérer. » C'était, en outre, de ce faire cesser les différences existantes entre les jours annoncés de versement et ceux de réception effective; on relevait ces différences à mauvaise intention envers nous, il faudrait convenir avec le général de Waldersee que, pour les versements en numéraire, les comptables Allemands accepteraient comme payées les sommes déclarées par la France, sauf à nous reconnaître comptables des manquants constatés de commun accord au comptage. »
Nous étions en mesure de suivre le premier de ces avis, mais nullement portés au second. M. Thiers se refusait à l'admettre. Au début, le mois précédent, il avait écrit à Gompiègne que « règlement » valait ce acquittement », qu'à défaut d'être ce argent comptant » c'était ce valeur comptant », conformément à tous les usages de finance; il n'y renonça pas encore. Quant au général, on eût dit qu'il se satisfaisait à braver pour nous l'hostilité dont il était menacé. Dans la soirée précédente, le comte de Saint-Vallier avait pu lui envoyer en communication un télégramme annonçant qu'à cette heure notre troisième demi-milliard était compté à Strasbourg, c'est-à-dire que l'évacuation des quatre départements parisiens, Seine, Seine-et-Marne, Oise, Seine-et-Oise allait de droit. Le général retourna instantanément la dépêche avec cet autre ce crayon », dont la sincérité était pour le plénipotentiaire bien certaine : ce Je rends à Votre Excelce lence encore ce soir le bon télégramme, dont j'ai ce gardé copie. La France peut ce qu'elle veut. Bonne, ce bonne nuit! — E. Manteuffel ». — Ils étaient encore à Compiègne quand le vote de la proposition
Rivet par TAssemblée nationale prorogea les pouvoirs du chef du pouvoir exécutif sous la qualité de Président de la République. M. de Saint-Vallier reçut au quartier général, à table avec les ai^tres chefs de corps de Toccupation dans un dîner de départ, le télégramme l'informant de cette solution qui préoccupait tous les esprits. C'est en quelque sorte sous la dictée du général qu'à onze heures du soir il y répondait : « Le général de Manteuffel me prie de vous exprimer (( la profonde satisfaction qu'il éprouve en apprenant (( le vote d'aujourd'hui, dans lequel il voit l'affermis- « sèment de votre pouvoir, gage de sécurité et d'apaicc sèment non seulement pour la France mais pour (( l'Europe entière. Le général de Stocsh et tous les ce autres généraux Prussiens et Bavarois présents se <( sont associés en termes chaleureux aux vœux du (( général en chef, et M. de Manteuffel a ajouté que la a certitude de vous voir d'une manière définitive à la . c( tête de la France équivaut à bien des payements et à (( bien des garanties, et marquera un pas important, <( déterminé par la confiance, vers l'évacuation de c( notre pays et la consolidation de la paix ».
Les souverains, quand ils ne peuvent pas mieux ou ne veulent pas le pouvoir, se font les panseurs de blessures. Peu après ces témoignages expansifs, le 27 août, M. de Saint-Vallier venait d'être en situation de mander en particulier à M. de Rémusat : ec M. de Manteuffel a reçu hier soir du roi Guillaume une lettre affectueuse dont il m'a donné confidentiellement connaissance. S. M. lui déclare ce qu'il est (( plus que jamais investi de sa confiance, qu'il n'a <( pas à se préoccuper des derniers incidents, qui n'ont ce été que des malentendus et qui ne doivent pas Tem-
a pêcher de se hâter de venir à Gastein aussitôt qu'il « croira pouvoir le faire sans compromettre les grands « intérêts dont il est chargé ; son souverain sera heu- « reux de Ty voir et de lui témoigner son ancienne et a fidèle amitié. » La lettre, ajoutait le comte, renferme quelques allusions à M. de Bismarck, qualifie sa susceptibilité d'exagérée, tout en disant « qu'il faut y a avoir égard et ménager cette faiblesse chez un a homme éminent qui mérite à un si haut degré la a reconnaissance du roi et du pays »; S. M. ne parle d'ailleurs que vaguement de l'affaire de la convention ainsi que de la date de l'évacuation prochaine; Elle exprime pourtant l'espoir que celle-ci s'effectuera promptement; Elle termine en donnant l'assurance que M. d'Arnim emporte de Gastein des instructions conciliantes conformes aux vues et aux désirs de M. de Manteuffel. » Ainsi étaient visiblement affirmées les autres dispositions allemandes que celles dont M. de Bismarck faisait en ce moment sa règle envers la France. Dispositions plus indiquées, toutefois, qu'effectives; mais pour redonnera M. de Manteuffel la confiance dans les siennes propres, c'était presque plus qu'il n'en fallait.
A la date de ces faits on entendit reprocher à M. Thiers d'avoir agi, notamment lors des premières tentatives, en dehors de la voie diplomatique ou sans elle. On l'a entendu encore depuis. Gomment et pourquoi M. Thiers avait fait ainsi, on vient de le voir. Il y était, du reste, secondé aux Affaires étrangères par M. de Rémusat, instruit de tous les détails et y apportant, avec son sens politique éprouvé, la distinction de son esprit. La voie diplomatique, employée au lieu des négociations de Gompiègne, eût simple-
ment donné plus tôt ouverture aux exigences qui vont maintenant s'étaler. Elle sera suivie forcément, dès cette heure, jusqu'giu commencement de 1873. M. de Bismarck, censé si offensé qu'on en fût sorti, s'empressera alors d'en sortir lui-même. Mais tout ce temps-là, la voie diplomatique aura servi à faire prendre dans les circonstances la prétention que nos garanties proposées étaient insuffisantes, et à nous contraindre d'acheter notre délivrance plus cher, à vrai dire, que le prix d'abord imposé.
Le chancelier avait bien écarté le projet de libération du 7 août par antipathie et par défiance du général de Manteuffel. Il l'avouera plus tard à ce dernier. Mais c'était aussi à raison de ses plans personnels. Il entendait en ce moment remplacer par l'esprit d'intérêt l'esprit de concession dont s'inspirait le général. On dirait qu'à l'opposé de la politique de déférence, qu'à Versailles on avait cru inaugurée et devant rendre tout plus supportable et plus facile, le prince de Bismarck, dans ce commencement des négociations, se complaisait à écarter tout bon procédé vis-à-vis de la France, à éviter qu'elle devînt l'obligée de l'Empereur. Avec un regret évident pour son souverain, M. de Manteuffel avait fait au comte de Saint-Vallier la remarque de cette conséquence. En attendant, nous avions acquis le mérite d'aboutir par le payement, autrement dit de nous seuls, à l'évacuation, le 31 août, des départements dont il s'était agi. La continuelle insistance du plénipotentiaire auprès de Versailles pour hâter les versements nous mettait pour la première fois en position d'exiger la libération aux termes du traité de paix, et c'était par l'effet d'une anticipation en ce moment-là notable
dans l'acquit de notre écrasante dette. Le 19 septembre, les départements de TAisne, de Seine-et- Marne, de l'Oise et de Seine-Oise virent partir les troupes allemandes et purent revivre de la vie nationale. Le quartier général avait pris ses mesures avec une telle. discipline que l'évacuation s'effectua sans amener d'incident. Le 20 les forts de la rive droite de la Seine nous étaient rendus. Un autre résultat d'importance non moindre, c'était d'avoir prouvé que nous voulions vraiment payer et que les moyens ne nous en manquaient pas. Nous pouvions maintenant entamer avec l'autorité d'un incontestable précédent, par la voie diplomatique puisqu'elle était désormais obligée, une convention de portée plus grande. A la fin de septembre, où cette convention nouvelle paraissait près de se conclure, M. de Manteuffel, écrivant de Gastein au comte à titre personnel, reportait légitimement à ce dernier, dans ces termes affectueux, l'honneur du résultat : « Vous pouvez a avoir cette satisfaction de vous dire que si vous a n'aviez pas agi avec tant d'insistance et de succès « pour amener, malgré tous les obstacles, le paye- « ment du troisième demi-milliard au commencement (( de septembre, la convention actuelle sur Tévacua- <( tion des six départements suivants n'aurait pu avoir a lieu. Je pense que M. Thiers le sait. Je lui ai fait ma « visite d'adieu et il m'a parlé, ainsi que M. de Réa musat, avec beaucoup d'estime de vous.... )).
Il restait donc au gouvernement de Versailles à calmer d'abord les impressions, puis à s'aboucher avec le chargé d'affaires, qui au moins arrivait muni des pouvoirs nécessaires. M. de llémusat avisa aux deux objets presque en même temps, mais en faisant
bien dire à Berlin par M. de Gabriac que le consentement du chancelier à ce qui s'était passé à Gompiègne n'avait jamais été par nous mis en doute, et c'était vrai. Toutefois, la différence des vues dont le comte d'Arnim était l'organe d'avec celles du commandant de l'occupation apparut aussitôt. M. de Bismarck avait eu, dans le colonel de Waldersee, un agent dévoué à sa personne et dont les avis pouvaient n'avoir pas été étrangers à cette « susceptibilité » que l'Empereur faisait excuser chez un serviteur comme le prince. Le comte de Waldersee, en effet, ayant eu par le général lui-même connaissance de ce qui s'effectuait et n'étant avisé de rien par Versailles, était allé à Gompiègne se plaindre qu'on le tint en dehors, déclarer la convention mauvaise, et avait peut-être communiqué à Varzin le froissement qu'il ressentait, tandis qu'y arrivait l'avis télégraphique de M. de Manteuffel *. Le chargé d'affaires qui succédait au colonel était aussi quelqu'un ayant la confiance personnelle du chancelier. Si l'on a su, depuis, combien ce dernier avait mal placé cette confiance, on a appris aussi quelle rancune il savait faire sentir.
Le mandat du comte d'Arnim avait été préparé par
4. Le 9 août, M. de Saint-Vallier mandait en particulier à M. de Rémusat, en lui exprimant le regret que M. Pouyer-Quertier n'eût pas vu le chargé d'affaires : « Le général lui avait « écrit que M. Pouyer-Quertier lui en parlerait le lendemain. « Malheureusement, depuis lors aucune communication de notre « part n'a été faite à M. de Waldersee, qui, après avoir attendu « deux jours, est venu ce soir ici et n'a pas caché au général « qu'il était tout à fait froissé, critiquant le projet avec une « aigreur jalouse. M. de Manteuffel s'est efforcé de le calmer, « et lui a affirmé que le gouvernement français, pas plus que « le quartier général, n'avaient l'intention d'agir en dehors * de lui »
les moyens de presse dont la chancellerie de Berlin savait user. En recevant M. de Gabriac, le prince de Bismarck lui avait dit à la fin de l'entretien, assez radouci pourtant eu égard au début : « Il faudrait « que nous eussions confiance dans vos intentions et, « ne pouvant l'avoir, nous préférons garder aussi long- « temps que possible le gage que nous avons entre les t mains ». C'est sur ce fond que nous devions maintenant traiter. Les journaux dont le cabinet du chancelier tenait la main s'étaient mis à raviver l'animosité contre la France, à exploiter l'appréhension que, plus riche et plus forte qu'on ne l'avait jugée, elle ne visait qu'à sortir de ses liens pour se dresser encore contre le vainqueur. Le gouvernement impérial se faisant dire ainsi bruyamment par lui-même qu'il fallait maintenir les garanties de notre soumission écrites dans le traité de paix, ce prélude changeait naturellement les données. En regard de ces impulsions de l'opinion, les exigences qui seraient montrées pourraient paraître minimes, même nous compter pour des avantages, de sorte que l'histoire trouverait peut-être heureux que, grâce au parfait langage de M. de Rémusat dans sa correspondance et à la collaboration intelligemment ferme de M. de Gabriac à Berlin, le prince de Bismarck ait consenti à nous mettre à sa discrétion par l'intermédiaire du comte d'Arnim!
Au point de vue industriel et économique, l'Allemagne se trouvait gênée par l'annexion des provinces conquises : le chancelier prétendait la dégager à nos dépens. Ce n'était pas assez qu'on nous les eût prises et de nous avoir rançonnés en outre, il fallait que nous payions les inconvénients qu'apportait leur accession à l'Empire. Par le fait de facultés financières
dont nos vainqueurs ne s'étaient pas doutés nous voulions échapper aux duretés du traité de paix : on était prêt à y adhérer, à la condition de nous vendre ce bénéfice. Anticipation des payements, libérations territoriales correspondantes, diminution d'effectif et d'entretien pouvant s'ensuivre, on entendrait à tout cela : affaire de prix tout simplement, et le prix serait des dispositions de douane et des tarifs postaux que notre intérêt eût été de fuir. Mais était-on sans compter que notre désir de rejeter l'occupation au loin et d'en amoindrir en même temps les frais, nos sympathies en outre pour les contrées que nous venions de perdre, garantissaient d'avance que nous accepterions de subir ce prix si élevé fùt-il? D'abord la question douanière. Les intérêts étaient troublés, dans l'Alsace surtout, par sa séparation d'avec la France, et son annexion les aurait troublés aussitôt de l'autre côté du Rhin, si une certaine durée n'avait été donnée tout d'abord à la liberté d'exportation de notre côté pour les provinces conquises. Il fallait à l'Allemagne que cette exportation fût continuée encore. La chancellerie allemande, au moment de la paix, avait demandé six ans de ce régime. C'était hors de mesure, de sorte qu'on n'avait pu s'entendre que sur un provisoire qui allait expirer; le comte d'Arnim arrivait avec la carte forcée d'une prolongation.
Naturellement, toutes les dissidences inhérentes à cette sorte de matière se trouvaient soulevées. Elles s'agitaient des deux parts. En France, ce n'était plus au pouvoir exécutif seulement qu'il appartenait d'examiner; l'Assemblée nationale était pour plus de moitié dans le débat. Le comte d'Arnim fut impropre à faire preuve d'autre chose que de l'inflexibilité dictée de
Berlin, ou bien d'impressions à lui produisant tout le contraire que de simplifier les clioses. Même prêts comme nous l'étions à un sacrifice en échange de la libération, il devint vite évident que l'on n'aboutirait avec lui ni sur l'étendue des concessions ou sur leur mode ni sur les conditions financières. Le gouvernement ayant obtenu de l'Assemblée le pouvoir de traiter sans elle, M. Thiers revint à Tavis, instamment donné par le général de ManteuITel, d'envoyer à Berlin M. Pouyer-Quertier à cause de l'avance supposée à ce dernier dans l'esprit de M. de Bismarck. M. de Gabriac s'étant assuré de l'agrément du chancelier, celui-ci manda le comte d'Arnim et les choses purent avancer. Le 12 octobre, une convention présentant deux parties, solidaires l'une de l'autre pour l'exécution, vendit à la France la liberté des six départements de l'Aisne, de l'Aube, de la Gôte-d'Or, de la Haute-Saône, du Jura et du Doubs. Il s'agissait pour elle de rejeter par là l'occupation aux frontières de l'Est et de n'avoir plus que l'entretien de 50 000 hommes à sa charge ; elle jouirait aussitôt de la libération, et presque la moitié de l'année 1872 lui appartiendrait pour acquitter ce quatrième demi-milliard.
Nous aurions été à même de verser dès février ou mars, à part le danger de produire une crise dans le marché monétaire; la date du payement fut fixée au 1" mai, soit en anticipation de sept mois. L'Alsace nous pressait de prendre ses intérêts; l'Assemblée nationale avait délimité dans quelle mesure on pourrait le faire; M. de Bismarck en vint à réduire à vingt-deux mois, avec une gradation descendante, les six années demandées par lui d'abord. Moyennant qu'au 1" mai, outre les 500 millions, nous payions 150 millions for-
mant l'intérêt d'avance des 3 milliards encore dus, la convention fut signée. Les prouesses de convives montrées par les deux acteurs principaux, et qu'ont rapportées les narrateurs de cette négociation *, limitèrent bien à cela nos charges ; mais on voit qu'elles ne les firent guère réduire. Grâce à son expérience de nos moyens financiers, M. Pou} er-Quertier avait pourtant obtenu de borner à notre engagement pur et simple de payer, et à la neutralisation des contrées libérées jusqu'à complet payement, les garanties qui nous avaient été réclamées jusque-là.
Après cela vint à Versailles, entre le comte d'Arnim et le gouvernement, la question des tarifs postaux. Elle avait été pendante dès les conférences de Bruxelles, puis reportée à Francfort sans aboutir. A son sujet ce fut presque uniquement la volonté du chancelier qui fît loi. On nous savait trop bien hors d'état de nous soustraire aux exigences. Une ostensible preuve de rinutilité pour nous presque complète de résister venait de se produire et l'on nous jugeait portés, en même temps, aux bons sentiments envers nos provinces perdues. Depuis la paix, les facilités postales avaient cessé entre la contrée annexée et la France, nous voudrions forcément les rétablir. L'Allemagne entendait bien qu'elles le fussent, mais point comme l'eût voulu la nécessité où elle nous avait mis d'augmenter nos ressources, c'est-à-dire avec l'accroissement de taxe écrite dans nos tarifs. Le comte d'Arnim rouvrit les pourparlers, et c'est comme le commandait M. de Bismarck qu'une seconde convention les fit aboutir le 12 février. L'Alsace-Lorraine entrait