‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 30 sur 128 · Saint- Vallier à M. Thiers, 2 mars · texte numérisé non relu

Saint- Vallier à M. Thiers, 2 mars

sûr y> que, semble-t-il, il faudrait dire. De la correspondance du comte d'Arnim on ne possède que les parties insérées dans le compte rendu du procès dont M. de Bismarck fit diriger l'instruction contre lui. L'une des premières pièces est ce rapport du 22 janvier, signalé il y a un moment et écrit quand il était définitivement ambassadeur depuis à peine une semaine. Il avait, comme chargé d'affaires, échangé déjà beaucoup d'entretiens avec M. de Rémusat, avec le Président; il avait été à même de se faire du gouvernement français des idées exactes; son rapport ne consiste pas moins en une dépréciation, très étudiée dans la forme, de M. Thiers et de la France à cette date. On ne se trompe sans doute guère à penser que les rapports suivants, non rendus publics, développaient le même thème, prenaient occasion du courant des faits et des circonstances pour adresser des avis analogues. Pas plus tard qu'au commencement de février, M. de Bismarck le relève à propos d'appréciations qui décelaient chez lui une déviation déjà sensible *. En appelant le comte d'Arnim à faire contrepoids aux renseignements ou aux avis qui arrivaient du général de Manteuffel, le chancelier lui avait mis dans les mains une arme dont celui-ci s'était empressé d'user pour essayer de subordonner le commandant de l'occupation, annihiler par là non seulement l'autorité qu'il voyait accorder, à Berlin comme à Ver-

1. C'est à propos du journal allemand la Gazette de la Croix, devenu opposé à M. de Bismarck. A rencontre de toutes les apparences le comte d'Arnim ne le jugeait pas tel, et d'après ce qui fut. bientôt avéré quaat à d'autres feuilles, on pourrait supposer que l'ambassadeur était devenu le correspondant de celle-ci. — Procès d'Arnim, dépêche de M. de Bismarck du 12 février.

sailles, aux indications venues de Nancy, annuler aussi le rôle presque destructif du sien que cela donnait au comte de Saint- Vallier. A la fin de décembre il en avait fait l'objet d'une réclamation auprès de M. Rémusat. Il cherchait, évidemment, non pas même à replacer les choses au point d'indécision où elles se trouvaient quand M. de Bismarck avait interdit les affaires diplomatiques au quartier général, mais à les ramener toutes, de droit, entre notre ministre des Affaires étrangères et lui. A Versailles et à Nancy on s'était, heureusement, précautionné un peu contre les manœuvres possibles à ce sujet. Dès que les deux ambassades s'étaient trouvées rétablies, M. Thiers, qui n'entendait pas cesser d'avoir auprès du commandant supérieur une représentation permanente dont les services étaient si certains, avait investi sur l'heure le comte de Saint- Vallier de la qualité de Commissaire extraordinaire du gouvernement français. Le général de Manteuffel, de son côté, avait discerné le parti à tirer, dans sa situation, de la légation française placée à sa portée. Avant son départ pour la solennité de TAigle noir, il faisait demander à Versailles que la nouvelle investiture de M. de Saint- Vallier lui fût officiellement notifiée, trouvant essentiel d'en aviser officiellement Berlin. Au reste, en présence de la démarche de l'ambassadeur, M. de Saint- Vallier s'était empressé de prier M. de Rémusat de faire rechercher les pleins pouvoirs dont le général avait remis le texte le premier jour au Chef du pouvoir exécutif, aucun acte postérieur ne les ayant abrogés, et de les montrer au comte d'Arnim qui semblait les ignorer.

En tout cas, la prétention de ce dernier était un des points dont le général avait annoncé qu'il se plain-

drait au roi, et à cet égard il avait été tranquillisé; de Berlin on renvoyait depuis régulièrement à Nancy celles mêmes des affaires dont l'ambassadeur prenait l'initiative en croyant leur donner son pli. Mais celui-ci, bien qu'ayant ainsi échoué dans sa tentative, bien que n'ayant pas été rendu maître de concentrer à l'ambassade les affaires afférentes à l'occupation et d'imprimer en conséquence à leur examen la direction ou la portée qu'il voudrait, finalement d'être seul à renseigner son gouvernement sur les faits relatifs à la France, aurait encore beaucoup trop de part à nos rapports avec son gouvernement.

Entre les motifs qu'eut M. de Bismarck de demander des informations au général de Manteuffel avec le détail indiqué tout à l'heure, il convient donc de compter le doute que faisait naître en lui la correspondance du comte d'Arnim. L'ambassadeur et le personnel de l'ambassade envoyaient des informations dénigrantes. A côté des dires du commandant de l'occupation, si rassurés au contraire et si favorables, à quoi s'arrêter, étant d'ailleurs envisagée la régularité de nos payements, si complète que nous les anticipions, que nous nous en trouvions si peu gênés et que M. Thiers pouvait faire annoncer l'émulation des maisons de finance pour le munir, relativement aux trois milliards à payer encore, de garanties pouvant suffire à décider l'évacuation? Les idées du monde gouvernemental allemand étaient si peu faites pour inspirer la sécurité; le chancelier l'y avait lui-même si mal disposé par l'incroyable dépêche du 29 novembre! La pensée qu'il n'existait en France que passions de revanche et, en attendant, fomentation constante d'attentats contre l'occupant était tellement répandue par suite!

Où prendre fond au milieu de données si différentes? Sur laquelle asseoir son jugement et établir des résolutions? Maintenant qu'il fallait se fixer, le chancelier voulait savoir où était la réalité.

Toujours est-il que, la dernière semaine de février, le prince'de Bismarck posait directement au général de Manteuffel le programme de réponses qu'on vient de lire. Leur nature, l'énoncé des questions feraient paraître étranges, à plus d'un égard, les préoccupations qu'elles révélaient. Une raison de ces préoccupations est peut-être que l'on ne se trouvait encore vraiment qu'au quatrième mois de l'occupation régulière, à proprement parler contractuelle. Celle qui avait précédé avait été la suite pure et simple de positions de guerre successivement quittées. Depuis que cette occupation était en quelque sorte organisée, le commandant en chef avait eu le temps, lui, ses généraux comme lui, de se faire une opinion claire, tandis que pour le monde gouvernemental ou le monde de la cour presque tout en était à apprendre, et davantage encore pour l'ensemble du public allemand. Les entretiens de M. de Manteuffel pendant sa courte présence à Berlin avaient laissé des lueurs, il s'agissait d'avoir la lumière. Somme toute, M. de Bismarck demandait au général en chef de préciser par écrit ce que l'on avait entendu de lui verbalement.

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