avril
« de m'en donner communication. Nous avons dû « faire grand profit de vos informations et régler en a conséquence nos instructions à Berlin. La lettre de « M. de Bismarck que le général en chef vous a mona trée, semblait ne pas laisser de doute sur la con- « venance de mettre M. de Mauteufïel dans la confi- « dence de nos vues et des ouvertures que nous <3C faisions à son gouvernement. Cependant... tout en « sachant qu'il ne vient rien que de sage, de bience veillant, de généreux de la part de M. de Manteuffel, (c je sais aussi qu'il peut se faire quelqu'illusion sur a son crédit à Berlin. L'humeur de M. de Bismarck ce est défiante et fantasque. M. d'Arnim est très jaloux a de ce qui se fait à Nancy. Il ne négligera rien pour a indisposer le chancelier contre tout ce qui ne viendra « pas de lui, contre tout ce qui ne passera pas par ses « mains. Je vous engage à suspendre pour le moment, « et jusqu'à ce que nous soyons mieux instruits, toute a invitation à M. de Manteuffel à prendre l'initiative <L de nouvelles instances. Du reste, c'était même avant a d'avoir reçu vos avis que nous avions écrit à M. de « Gontaut de s'adresser directement à M. de Bismarck. a II doit tout soumettre à sa décision, la forme, le a lieu, la date de la négociation, le choix des négocia- (( teurs, etc., etc., et tout cela, bien entendu, sans « exclure M. d'Arnim, qui annonce son départ pour a demain et se dit tout prêt à entrer, en arrivant, en (( négociations. Il y a déjà plusieurs jours que M. de « Gontaut a fait une ouverture générale à M. Delbrùck « et l'a prié de demander pour lui une audience au « chancelier. Il ne l'a pas encore obtenue; vous savez a que c'est chose assez difficile. D'ailleurs, tous les a renseignements que M. de Gontaut recueille autour
nS LA LIBÉRATION DU TERRITOIRE
(( de lui sont favorables. Veuillez agréer, etc. « Ai-je a besoin de vous dire de remercier chaudement, ce tant en mon nom personnel qu'au nom du gouver- (( nement, M. le baron de Manteuffel de son interven- (( tion toujours si judicieuse, si utile, si concluante « dans tout ce qui regarde nos plus importantes « affaires ».
Pour autrement parler, on était convaincu de voir arriver le comte d'Arnim imprégné des vues de M. de Bismarck; on lui prêtait le même crédit que lui attribuait M. de Gontaut; on s'étudiait de nouveau à ne pas lui fournir prétexte aux ombrages suscités chez lui par l'ingérence supposée du quartier général. M. Thiers s'illusionnait-il jusqu'à croire que la négociation se déroulant entre l'Allemand et lui il la conduirait mieux que personne? Ce n'est pas probable, ayant déjà tant remis à d'autres qu'à lui la mission d'agir. Ce qui doit plutôt être présumé , c'est que son ministre des Affaires étrangères et lui-même se reprirent à considérer que le retour du comte d'Arnim ramenant les choses à la règle diplomatique, le mieux était d'y rentrer.
Il a été expliqué comment les attachés de l'ambassade d'Allemagne à Paris, aussi bien ceux de la carrière que les attachés militaires, puisaient à des sources ou infimes ou mensongères les indications qu'ils envoyaient à Berlin sur la politique et sur. la situation du gouvernement. Les nombreux agents par lesquels ils étaient doublés au dehors dans cette besogne ne s'informaient pas à meilleurs endroits : la correspondance des uns et des autres, ni vérifiée ni redressée pendant la longue absence du comte d'Arnim, avait aisément favorisé l'inquiétude que le parti
de M. de Moltke s'appliquait à répandre. Présent, l'ambassadeur n'eût-il pas sanctionné leurs dires? la suite va fournir plus d'un motif de croire qu'il l'aurait fait. L'ordre lui avait bien été donné de revenir, mais ce n'était pas que l'accord fût rétabli à Berlin entre les avis du chancelier et les idées du parti militaire. L'ambassadeur eût donc été, entre les deux courants, plus perplexe de loin que de près. Préoccupé surtout de lui-même, il aurait sans doute estimé conformes à ce que l'on souhaitait autour de l'empereur ces dires défavorables. Jusqu'au jour où il recevra l'avis d'entretenir positivement le gouvernement de Versailles des propositions que celui-ci entend faire, il va pratiquer les doubles jeux, pas toujours loyaux, dans lesquels les natures médiocres cherchent l'habileté. M. de Gontaut, faute de deviner son collègue d'Allemagne, avait dirigé Versailles dans une voie ingrate en laissant penser que l'on aboutirait par le comte d'Arnim.
Le 26 avril, ce dernier était allé annoncer à M. de Gontaut son départ positif pour le lendemain. Il lui avait, mandait celui-ci le même jour, a protesté de la confiance que lui inspiraient M. Thiers et son gouvernement », ajoutant seulement « qu'il était malaisé de la faire partager à l'Allemagne * ». Arrivé à Paris le 29 ou le 30, il voit le Président presque aussitôt. Il commence dès lors la suite de manœuvres qui, atteignant à la fin M. de Bismarck lui-même, amèneront le chancelier à poursuivre contre lui sa vindicte. On avait reçu alors de M. de Gontaut d'autres plis inspirant l'espérance. Ses relations avec le comte d'Arnim