‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 49 sur 128 · Rapport du 19 avril · texte numérisé non relu

Rapport du 19 avril

2. Lettre particulière de l'ambassadeur à M. Thiers, 27 avril.

de libération pour lesquels il était en mesure. Mais dans ses visites à M. de Gontaut, le comte d'Arnim s'était ménagé deux restrictions et avait arrêté sa conduite d'après elles : la première, cette difficulté à faire partager à l'Allemagne la confiance qu'il disait ressentir quant à lui; la seconde, l'affirmation réitérée « qu'il serait prêt à entamer des pourparlers sérieux «sur des propositions sérieuses ». Dès sa première conversation avec le Président, nulle proposition de celui-ci ne serait a sérieuse », pour l'ambassadeur, tant que ce dernier n'aurait pas de Berlin l'avis positif,^ tout au moins une indication de la tenir pour telle, ni TAllemagne ne serait prête à avoir la confiance nécessaire.

On ne saurait encore rien du rôle que s'était tracé ou que s'arrogea ainsi le représentant impérial, si l'instruction de son procès n'avait pas été rendue publique. Les faits, toutefois, se sont déroulés, pour Versailles, dans l'ignorance de ce qu'a révélé cette instruction; pour les faire connaître il faut se placer dans les mêmes conditions, et ne parler qu'après coup de ce qui est ressorti de ce procès, dont il ne s'en est guère fallu qu'on ait loué l'ambassadeur d'Allemagne par éloignement envers M. de Bismarck. L'indécision visible du comte d'Arnim dans les entretiens, le vague de ses réponses étonnent et inquiètent de suite M. Thiers. Étant un peu souffrant, pendant quelques jours empêché de le recevoir, il mande à Versailles M. de Saint- Vallier et le lui envoie, dans la pensée que familier avec les esprits allemands celui-ci tirera du comte quelque chose de plus, tout au moins verra plus clair dans ses paroles. Pendant une première visite, l'indisposition de M. Thiers fait tous les frais de la con-

versation de Tambassadeur. Il est visible qu'il en a formellement inquiété Berlin; il s'en montre préoccupé au point de vue général, il ne quitte pas ce terrain. M. deSaint-Vallierle revoit quelques jours après; alors, c'est un autre thème. La santé du Président n'inspire plus de crainte à personne, il le constate et il s'est empressé de l'écrire. Il ne tarit pas d'amabilités pour son visiteur, mais pas davantage de doutes sur la solidité du pouvoir présidentiel, sur l'optimisme dans lequel on a tort, croit- il, de se complaire en assurances, comme au reste le fait M. Thiers lui-même. A ses yeux, le désir de recommencer la guerre est évident de la part du pays, attesté partout, et ses propres impressions sont puisées, il ne le cache pas, chez des membres de l'Assemblée nationale; elles le retiennent absolument de conseiller à son gouvernement l'évacuation, autrement dit d'abandonner le gage dont il est en possession. M. de Saint- Vallier rend compte soigneusement de cette seconde entrevue au Président; sa lettre restera l'un des rares documents positifs des menées d'alors. (( ^. d'Arnim, écrit-il, après avoir exprimé de nonce veau et avec autant de chaleur que sa nature le lui a permet, sa gratitude de ma double visite, les remera ciements de son gouvernement pour les services que (L mon intervention à Nancy rend à l'occupation et a m'avoir chargé de compliments pour MM. de Man- (f teuffel et de Treskow, a immédiatement abordé la

c( question affaires et négociations Il m'a dit que

(( j'avais eu raison de soutenir, lors de ma dernière « visite, que les craintes conçues à Berlin (santé de a M, Thiers) n'étaient nullement fondées, et a ajouté a qu'il avait immédiatement envoyé à son gouverne- « ment ces nouvelles rassurantes. — Le langage du

CE QUE CONSEILLE l' AMBASSADEUR D'ALLEMAGNE 183

« Président lui a paru excellent, mais trop optimiste <L en ce qui touche ses rapports avec la Chambre et sa « confiance dans une issue satisfaisante des difficultés; a il ne peut, quanta lui, partager cette confiance ni la « faire partager à son gouvernement; il sait en effet « par quelques députés qui lui font Vlionneur de causer a avec lui, que les esprits sont très montés et qu'il « n'y a aucune tendance à la conciliation ; il craint « plus que jamais qu'une crise ne soit prochaine.

« Longue dissertation sur l'état alarmant du midi « de la France, sur les craintes justifiées des conser- « vateurs, sur leur désir de voir se prolonger l'occupa- « tion allemande^ puisque ^ si elle cessait y la Chambre (L devrait se dissoudre et que des élections radicales se- « raient à redouter. Phrases sur les avantages que « nous retirons de l'occupation, qui nous assure le « maintien de l'ordre. Cette situation l'empêche de « conseiller à son gouvernement d'accueillir une éva- « cuation immédiate et totale contre une anticipation « de payements; il a pleine confiance dans la sincérité a du Président, mais il se défie du pays, il le croit a animé d'une soif ardente de guerre et de vengeance; a toutes ses informations le lui disent et il ne croit a pas que l'Allemagne doive renoncer au gage terri- « torial qu'elle détient * . »

C'est déjà au milieu de mai que le comte d'Arnim tient ces propos, et M. de Saint-Vallier en souligne à bon droit de tristement caractéristiques, non uniquement de l'attitude de l'ambassadeur, mais encore de la morale politique des régions parlementaires, après les leçons que le pays avait pourtant reçues. Évidemment

i, SUValIier à M. Thiers, 14-15 mai 1872.

la correspondance de rambassadeur, depuis le retour de ce dernier, n'avait visé encore qu'à ôter toute conliance à Berlin dans le gouvernement de la France. A la vérité, il s'était employé parallèlement à démontrer l'opportunité de travailler à la restauration d'un gouvernement tout autre. C'est ce qu'apprennent authentiquement les pièces de son procès. Le 6 mai il est à Paris depuis à peine une semaine, et déjà il a vu le maréchal Bazaine ou ses familiers, il sait ce que celuici pense des choses. Il mande alors tout de suite à Berlin qu'il a contredit M. Thiers sur la solidité du pouvoir qui lui est déféré, sur le plus ou moins de garantie que ce pouvoir offre pour l'avenir, et il développe, comme étant l'intérêt véritable de l'Allemagne, le conseil de oc hâter l'inévitable changement gouvernemental y> par le rétablissement de l'empire napoléonien. C'est son rapport n° 70 qui formule ce plan, ce même jour 6 mai 1872 *. Il reprend à l'appui les dénigrements qui faisaient le fond de son rapport du 22 janvier. Il s'agit de procéder à la manière de 1814 pour les Bourbons, c'est-à-dire de telle sorte que « la (( présence des troupes allemandes dans le pays donne c( encore l'occasion d'exercer une influence sur la (( crise ». Non, toutefois, que ce soit à faire sans avoir conclu oc un arrangement préalable avec le goucc vernement actuel pour le payement et la mise en ce sûreté des trois milliards », le gouvernement que l'on aura contribué à relever étant de nature à garantir ensuite ce payement mieux qu'aucun que ce soit. Plus préoccupé d'ailleurs de son but que de logique, il fournit une démonstration étudiée du manque de con-

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