Procès d'Arnbn, p. 41 à
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sistance caractérisant pour lui le gouvernement avec qui il faut conclure l'arrangement préalable. La plume à la main, M. d'Arnim est dans son élément. Il met de ràrt à exposer, du raffinement à amener les malices. Avec une recherche de rédaction évidente il explique que ce gouvernement n'a pas d'autorité et point de durée possible. Il déprécie, par les raisonnements qui foisonnent alors dans les partis d'opposition, les considérations de politique intérieure où il prétend que le Président de la République est entré avec lui, les illusions que celui-ci se fait de son influence sur l'Assemblée. Le plus prochain avenir, pour lui, appartient non aux d'Orléans, non à un bourgeois notable comme Casimir-Perier : à Gambetta tout simplement, c'est-à-dire a à la démocratie rouge », mais plutôt à Napoléon. Il avoue bien qu'il ne sera pas « très facile de diriger les événements de telle sorte « que l'Empire puisse réellement sauter en selle au « moment opportun »; seulement, l'Empire « compte que l'Allemagne lui viendra en aide dans son propre intérêt, et il ne faut pas repousser ses avances, étant de tous les partis le seul qui recherche ouvertement l'appui de celle-ci et inscrive dans son programme la réconciliation avec elle ».
Ainsi, le comte d'Arnim a été pressé par son gouvernement d'aller recevoir les propositions du Président de la République afin que l'on puisse être fixé sur elles, et sans tarder il propose, tout simplement, le plan de celui des partis que le gouvernement auprès duquel il est l'organe de son pays a moralement pour mandat non pas même d'écarter, mais avant tout de combattre. C'est tout de suite qu'il fait cela^ car il en a déjà parlé avant ce rapport du 6 mai, où on lit
textuellement : ce Mon opinion déjà exprimée est que « nous ne devons pas repousser les tentatives faites « par les bonapartistes pour entrer en relations avec ce nous ». Or il n'y a aucune trace que son gouvernement lui en ait à aucun moment donné l'idée. A-t-il pensé plaire à M. de Bismarck, en reprenant ainsi les données essayées avec l'Impératrice Tannée d'auparavant par le chancelier? Est-ce une combinaison dans laquelle il est entré pendant son séjour à Rome et à Berlin, et qu'il a rapportée en France engagé d'avance à y jeter le poids de sa situation? Ou bien, est-il persuadé qu'il répond ainsi, avec une supériorité qui frappera, aux désirs de sa cour en face de l'ambiguïté ou de l'irrésolution qui y régnent? Rien ne l'a encore fait connaître. Une vérité, c'est qu'en prônant si ouvertement cette solution, qui n'est pas uniquement la plus contraire, mais encore la plus ennemie pour le gouvernement auprès duquel il est accrédité, il ne lui vient pas à l'esprit qu'il fait commettre une félonie à son gouvernement à lui envers celui de Versailles, et que, le jour où son rapport deviendra public il fera supposer que des trames se nouaient dans le gouvernenaent de Berlin, ou de la part de certains de ses agents élevés, pour entraver la libération de la France au profit de la politique qui s'efforçait d'ouvrir une nouvelle régence de Reine-Mère.
L'ambassadeur avait-il même parlé à sa cour des propositions de M. Thiers? On ne le dirait pas, à voir la réponse que fait immédiatement M. de Bismarck. Le chancelier en personne s'empresse de lui écrire. Sa dépêche est du 12. Lui, si surpris il y a trois semaines à peine du silence de M. de Gontaut, souhaitant encore le 21 avril de le voir venir, ayant invité le comte
d'Arnim à regagner l'ambassade pour entrer en pourparlers, il ne dit pas un mot de cet objet qu'il était impatient d'aborder. S'en fût-il tu à ce point si l'ambassadeur en eût parlé? Mais il a hâte d'écarter le représentant de l'Allemagne de la pente où il a mis le pied. Il commence là une tâche à laquelle il va être plus d'une fois obligé de revenir avant d'y renoncer et de frapper, la tâche de redresser les affinités politiques dont cet agent, qui lui doit sa position, fera étalage à rencontre des vues de son gouvernement et, bientôt, à rencontre du chancelier lui-même. Il répond d'abord au sujet du maréchal Bazaine, par un pli particulier qui manque, malheureusement, aux pièces du procès, car il aurait quelque prix pour l'histoire de ce temps. Mais le chancelier entend tracer dès à présent la conduite que doit tenir l'ambassade envers le gouvernement français ; il écrit donc officiellement aussi, et il résume comme ceci la conduite à suivre : « Llintérét de TAllemagne est de ne pas ébranler le gouvernement présent aussi longtemps qu'il représentera la volonté d'exécuter loyalement le traité de paix; ce qui viendra après lui devra se légitimer à nouveau dans ce sens ». Il va de soi, après cela, les choses étant ce qu'elles sont, que le chancelier ajoute : a II n'y a nulle raison « d'exclure le parti bonapartiste ou de l'affaiblir ou de « lui nuire, et une politique sortant de cette réserve, « prenant fait et cause pour lui, aurait ce résultat ». L'Allemagne voulant au-dessus de tout être payée, peu lui importait alors de qui elle recevrait sa créance; elle n'avait pas fait difficulté, au mois d'avril 1871, de se tourner vers la Commune; maintenant que d'autres partis se croient près d'enlever le gouvernement elle ne veut s'en aliéner aucun.
On ne savait rien de tout cela à Versailles, on ne sut pas davantage d'autres aménités dont le comte d'Arnim fut encore prodigue. Quand, deux ans après, M. Thiers les- connut en même temps que tout le monde, il les regarda certainement avec la mansuétude qu'à la fois sa bonhomie naturelle et Texpérience des hommes lui inspiraient. Il arriva cependant que l'ambassadeur, poursuivi, alla lui demander son témoignage et des conseils; le Président rentré dans la vie privée se borna à charger un tiers de le recevoir *. Par la conversation de M. de Saint- Vallier avec l'ambassadeur, on avait, à la Présidence, Taveu du peu de cas que ferait celui-ci des propositions qu'il entendrait. Trop haute pour sa portée politique, à moins qu'il ne la trouvât pas assez actuelle et profitable, la conception des rapports de l'Allemagne avec la France à laquelle s'attachait M. de Manteuffel. Rapprocher du nouvel .empire allemand par de bons procédés cette France vaincue, mais dont le passé tenait tant de place et que personnifiait, semblait-il, l'homme d'État sous le gouvernement de qui elle s'essayait à un nouvel ordre politique, cela n'avait sur lui aucune prise. On se fait l'idée de ce que devait ajouter d'éléments aux appréhensions que l'entourage militaire de l'Empereur Guillaume fomentait contre nous la correspondance officielle de cet agent ennemi. Elle n'était probablement pas sans trouver sa confirmation dans la correspondance privée du comte d'Arnim, et les renseignements partis d'autour de lui y mettaient le comble. La situation s'aggravant par là de jour en jour, l'écho
1. Ce fut à Genève, où M. Thiers se trouvait. M. Barthélémy Saint-Hilaire le suppléa dans cette audience.
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en arrive à Nancy au point d'y jeter de nouveau rémoi. Il faut entendre cet écho pour juger par quelle complication d'incidents et d'inquiétudes pasait le gouvernement de Versailles simultanément ou coup sur coup et sans pouvoir y obvier, comment ses propositions avaient été écoutées à Berlin et dans quel esprit on les y avait reçues.