‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 51 sur 128 · CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll

La clef de rênigrme.

Nouvelles et légitimes inquiétudes ; avis donné à Nancy par M. de Moltke que nous abusons Berlin par de fausses négociations. — M. Thiers à M. de Saint-Vallier sur ses entretiens avec le comte d'Arnim. — Explications détaillées adressées ensuite par le Président à M. de Gontaut; le jeu du comte d'Armin. — Révélation des choses à notre ambassadeur par celui d'Angleterre; ce qui s'était passé, assurances données que « l'afTaire va marcher ».

La discussion de la loi militaire durait encore à r Assemblée nationale à la fin du mois de mai. Elle prenait presque tous les moments du Président de la République, de sorte que M. de Saint-Vallier se retenait de l'en distraire. Le 27 cependant, les impressions semblant s'aggraver à Berlin, il ne résiste pas à l'en prévenir. M. de Manteuffel et le général de Treskow lui répètent depuis plusieurs jours que « leur§ nou* « velles d'Allemagne sont mauvaises, que les méfiances « augmentent envers nous, que les suppositions « de l'arrière-pensée chez nous de recommencer la (( guerre se multiplient; on répète que nous n'avons « pas fait de propositions sérieuses pour l'anticipation

LA CLEF DE l'ÉNIGME 191

(( des payements et que nous cherchons à endormir a la vigilance du gouvernement prussien au moyen « de fausses négociations; dans l'entourage de l'Ema pereur les militaires s'agitent et le souverain est en « proie à de graves préoccupations ». Pour Tun comme pour l'autre des deux généraux, ces informations viennent de l'entourage de l'Empereur ou de la cour même, et malgré les déclarations et les explications réitérées de notre commissaire extraordinaire les officiers supérieurs du quartier général en sont pénétrés. Elles troublent le commandant en chef. M. de Saint- Vallier vient de le trouver plus ému encore, ayant reçu du comte de Moltke une lettre confidentielle qui a bouleversé ses idées. Cédant aux instances du plénipotentiaire, il lui a fait connaître que M. de Moltke lui recommandait ce de prendre des préce cautions, la probabilité d'une reprise d'hostilités de « la part de la France paraissant augmenter ». Suivant le conseiller militaire de l'Empereur d'Allemagne , nous n'avons pas ce fait de propositions a sérieusement acceptables pour le payement des ce trois<ierniers milliards et la libération du territoire; ce tout se borne à des conversations; des renseignece ments sûrs reçus à Berlin ne permettent guère de ce douter que les appétits de revanche augmentent ce dans la population française et au sein de l'Assemce blée nationale, que le service militaire obligatoire ce va être voté et immédiatement appliqué, que le ce gouvernement français fait activement des préparace tifs militaires, que l'armée française est déjà plus ce belle et plus forte qu'avant nos écrasants revers, ce que nous l'augmentons journellement et que, ces ce jours derniers, entre autres, nous avons fait revenir

a d'Algérie des troupes éprouvées ». Dans ces renseignements ce sûrs » invoqués par M. de Moltke, sont évidemment ceux du comte d'Arnim, ceux qu'il a développés au comte de Saint- Vallier il y a dix jours. M. de Moltke ne s'en cachait sans doute pas au commandant de l'occupation, car celui-ci mettait pour condition absolue à la communication qu'il venait de faire, qu'elle fût tenue assez secrète pour que l'ambassadeur n'en pût pas avoir la moindre notion : « Surtout, m'a-t-il dit, ajoute M. de Saint-Vallier ce quant à M. de Manteuffel, si vous écrivez à M. Thiers, (( faites en sorte qu'il ne laisse pas même soupçonner a au comte d'Arnim que je vous donne connaissance « d'une telle lettre; cela serait nuisible pour tout le (( monde et, quant à moi, ma position serait certainece ment compromise ».

Ainsi, c'est tout simplement un- garde à vous de guerre que le véritable chef de l'armée allemande, celui qui a l'oreille de l'Empereur, peut faire résonner à celles du commandant de l'occupation les derniers jours de mai, après un mois de présence espérée décisive du comte d'Arnim à l'ambassade. Nous n'avons pas fait de propositions sérieuses, nous menons de fausses négociations pour endormir l'Allemagne et nous sommes près de reprendre les hostilités! Ce terme de ce propositions sérieuses » est, dirait-on, le mot de passe des projets que l'on a contre nous. Le comte d'Arnim l'a prononcé le premier jour à M. de Gontaul *, il le lui a redit le surlendemain *, il vient de le lui répéter au moment de partir pour Paris ^ Est-ce

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