‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 52 sur 128 · Lettre de Gontaut du · texte numérisé non relu

Lettre de Gontaut du

afin de mieux illusionner Tambassadeur de France, qu'en ce même moment il lui a protesté aussi qu'il ce regrette les bruits absurdes mis en circulation par la presse anglaise et les flétrit »? Or, ces bruits a absurdes )>, c'étaient exactement ceux des précautions militaires que M. de ManteutTel avait été avisé de prendre. Cependant, à cette date du 27 mai le comte d'Arnim avait eu plus d'un entretien avec le Président de la République. Après la seconde visite de M. de Saint-Vallier, l'ambassadeur avait demandé audience à M. Thiers pour le lendemain, et dès ce jourrlà entendu dans tout leur développement les propositions que le gouvernement de Versailles projetait de faire. Outre la première, que l'ambassadeur fconnaissait déjà, il y en avait deux autres au choix de Berlin, toutes les deux non moins incontestablement réfléchies et l'une, au moins, en rapport avec des modes et des garanties de payement qui se recommandaient de préférences antérieurement indiquées comme étant celles de M. de Bismarck. Il faudrait pouvoir lire dans les dépêches allemandes, pour dire ce que le comte d'Arnim avait fait de tout cela. Mais M. Thiers, au reçu des avis de M. de Saint-Vallier, ne peut se rendre compte que l'on pense à Berlin comme les informations de ce dernier le lui montrent. Immédiatement il détaille, voici comment, ce qui s'est passé entre lui et l'ambassadeur :

« Mon cher Monsieur de St-Vallier,

a Quoique retenu du matin au soir par la discussion de notre loi militaire, je prends un moment pour vous écrire, et répondre aux alarmes dont vous êtes pleins à Nancy.

(( Rien de vrai dans ce qu'on écrit de Berlin. Nous ne songeons nullement à la guerre, et la preuve c*est toujours que nous voulons payer, que nous n'avons pas même commencé autour de Paris les travaux que les deux derniers sièges rendent nécessaires, que, tandis qu'il faudrait avoir comme les Prussiens une artillerie de campagne se chargeant par la culasse, nous n'avons pas fondu une seule pièce de canon, qu'en un mot, toute notre sollicitude est dirigée vers les choses d'avenir, vers les choses fondamentales et durables qui intéressent notre grandeur, et qui toutes supposent de longues années de calme et de paix.

« Tous ceux qui disent le contraire trompent ou se trompent. Je dis cela en honnête homme, et sur la foi de l'honneur.

ce Nous n'avons fait, dit-on, que des propositions illusoires, et sans rien de sérieux.

a Que M. de Mant^uffel en juge.

a Nous avons proposé de faire un emprunt de 3 milliards en 5 pour 100 (forme d'emprunt qui a déjà réussi), dont le produit serait directement versé de mois en mois dans les mains du gouvernement prussien, et qui pourrait l'être totalement en trente mois, terme indispensable pour ne pas s'exposer à une crise financière.

« Rien n'était plus simple et plus sérieux que cela et on ne nous a pas répondu.

« Nous avons ensuite, d'après divers renseignements qui nous faisaient supposer que d'autres formes de payer seraient préférées en Allemagne, nous avons proposé 1 milliard en 5 pour 100, 1 milliard en un emprunt avec lots, et enfin 1 milliard en valeurs étrangères déposées au Trésor de Berlin, ajoutant,

que nous ne tenions à aucune forme, et que celle qui ajouterait au mérite d'être praticable le mérite de convenir au gouvernement de l'Empire, serait par nous acceptée.

a Pas de réponse encore.

a Enfin, comme nous demandions une réponse, on nous a dit, en effet, que ces propositions n'étaient pas jugées sérieuses parce que nous ne disions pas un mot de l'évacuation, de la manière d'y procéder, et du temps qu'on y mettrait.

ce Franchement, ce n'était pas à nous à prendre l'initiative sur ce point. C'était nous qui avions à payer, et, sur ce point, c'était à nous à nous expliquer. C'était aux Allemands à évacuer, et c'était à eux à s'expliquer à cet égard.

a Pourtant, sur ce sujet encore, nous avons parlé et indiqué que nous admettrions que l'évacuation n'eût pas lieu d'un seul coup, et tout entière le même jour. Depuis, on a paru trouver nos propositions sérieuses, et nous avons toute raison d'espérer qu'un accord est possible et prochain. Mais, dans aucun cas, il ne peut être question de la guerre, et on ne peut en parler sérieusement.

« Quant à nous, nous n'y pensons pas, et nous ne pouvons pas supposer que le roi de Prusse, qui est non seulement un grand prince, mais un honnête homme, puisse y penser de son côté.

ce Voilà la vérité tout entière, sans qu'il y ait dans cet exposé un atome en plus ou en moins.

ft Recevez, mon cher Monsieur de Saint- Vallier, etc.

« A. Thiers. »

M. Thiers fui toujours plus confiant dans le résultat que n'osaient l'être ou se montrer ses auxiliaires. Par expérience de l'histoire et par intelligence des faits il a eu, dans toute cette œuvre de la libération, un sens des choses probables qui, sauf à l'égard du comte d'Arnim, ne s'est guère mépris. Il y puisa la patience, le sang-froid et, d'ailleurs, un grand moyen de soutenir les autres quand ils étaient troublés. Pourtant, est-il sûr qu'en ce moment il se crût aussi rapproché du but? A la même heure M. de Rémusat, qui ne parlait que d'après lui, n'exprimait pas la même confiance. Le ministre, à la vérité, était plus en rapports avec le comte d'Arnim et quotidiennement renseigné de plus de côtés que le chef du gouvernement ; mais le même jour que ce dernier il écrivait à M. de Saint-Vallier, qui lui avait envoyé copie de sa lettre à M. Thiers : « Votre lettre s'accorde avec d'autres informations.... « Jusqu'où monte cette disposition implacable d'hos- (( tilité? je l'ignore. Est-elle même sincère chez tous (( ceux qui la manifestent, et n'est-elle pas calculée (( chez quelques-uns pour nous intimider, nous rendre ce plus modestes dans nos prétentions et nous forcer ce à nous contenter de peu? Gela est possible, mais a il est certain qu'à l'exception de M. d'Arnim qui a nous engage à conserver bonne espérance (sans « toutefois rien articuler de positif) pas une parole « même vaguement encourageante ne nous est venue ce de qui que ce soit. M. de Bismarck est depuis longce temps invisible et muet, et je vous avoue que ce j'éprouve quant à moi la plus grande défiance. » On était donc dans l'obscurité, et presque au point de croire aux marques de l'intérêt que l'ambassadeur se donnait l'air de nous porter. Le ministre sollicitait

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M. de Saint- Vallier de savoir par le quartier général et rétat-major si le roi et le chancelier suivaient vraiment rimpulsion de M. de Moltke : ce Vous nous rendriez. « un grand service. Nous aimerions à savoir si nous a ne devons rien espérer. Non qu'en ce cas nous dusa sions renoncer à toute négociation. Notre devoir est « d'y persister jusqu'à un refus formel, afin de prouver <( par nos actes notre sincère désir de maintenir et ce de consolider la paix. Sur ce dernier point je vous a prie de continuer à être des plus explicites. Répétez « que nous n'avons pas fondu un canon, pas remué ce une pierre pour élever un ouvrage nouveau ni « même opéré la levée d'hommes annuelle du temps ce de paix. Enfin nous ne demandons qu'à nous ce démunir le plus tôt possible des 3 milliards qui a nous mettraient certes en mesure de constituer d'ici ce à deux ans un armement redoutable, si nous avions ce pareille idée }o. D'ailleurs, on restait persuadé que dans la personne du comte d'Arnim c'était vraiment à M. de Bismarck que l'on parlait. De là la même attention, encore, à ne laisser supposer à l'un ni à l'autre qu'en dessous nous nous adressions autre part, c'est-à-dire à M. de MauteutTel : « Je n'ai pas a besoin de vous rappeler que les conversations que ce vous pourrez avoir avec les autorités allemandes ce doivent être calculées de manière à ne donner ni ce à elles ni à personne la moindre idée que nous ce songions à déplacer la négociation et à frapper à ce plusieurs portes ». Deux jours après, le 1" juin, M. Thiers envoyait à M. de Gontaut les mêmes explications qu'il venait de donner à M. de Saint- Vallier. Entre les choses que sa lettre fait connaître en plus de cette dernière, la moins intéressante n'est pas le

jeu de M. d'Arnim, et combien, par désir de traiter, le Président s'en rendait la dupe.

Les négociations pendantes paraissent motiver ce pli.; mais les clameurs allemandes sur le service obligatoire, les menaces de nouvelle guerre qu'elles font entendre en nous accusant de la méditer, l'occupent en premier lieu. Il est excédé de a cette sotte loi milice taire qui depuis huit jours le retient sur la sellette a de la Chambre ». Le défaut de temps l'oblige à prendre une heure entre deux séances, pour dire à l'ambassadeur a quelques mots indispensables à propos « de cette loi ». Sur quoi il continue : « On vous dira « peut-être à Berlin que j'ai tourné moi-même au a service obligatoire; dites bien qu'il n'en est rien et a que j'ai cédé les mots pour gagner les choses. » Il explique alors qu' « une sorte de coalition non délibérée mais réelle de la gauche et de la droite lui a imposé une commission engouée du système prussien ; il a résisté quinze mois, mais s'il a cédé c'est parce qu'on lui a accordé de ne lever que la moitié de la classe, plus cinq ans de service au lieu de trois, et tout le fond de la loi est là; s'il avait résisté aux donneurs de conseil prêchant toujours l'union de la majorité et du pouvoir, il aurait vaincu toute cette cohue affolée qui sacrifie le bon sens, le vrai patriotisme au patriotisme de parade. Quoi qu'il en soit, il fera suffisamment prévaloir le système de l'armée de métier, qui est bonne pour l'ordre comme pour l'indépendance extérieure, sur l'armée tapageuse, au fond plus révolutionnaire que militaire ». Venant ensuite à nos prétendues préparations à la guerre, il entend que l'ambassadeur les nie sans se lasser, ce Affirmez, et sur « l'honneur, que nous voulons la paix, que je la veux

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a passionnément et que le pays ne la veut pas moins « que moi. Ajoutez que les partis la veulent également « et que M. Gambetta, dont on se fait un épou vantail ce et qui n'a aucune chance, aucune d'arriver au pouce voir, est aussi décidé pour la paix que moi. On se a fait à Berlin (de bonne ou mauvaise foi) des époua vantails. On prétend, suivant certains informateurs, a que nous préparons nuit et jour une revanche a prochaine. Répétez à satiété que c'est faux, absolu- « ment faux. On parle d'un canon de M. Thiers, qui « aurait la prétention de surpasser le canon prussien, a On dit que je suis si pressé que j'emploie pour les « affûts et les voitures du bois vert. Tout cela est « aussi puéril qu'absurde. » Renouvelant les démonstrations de fait qu'il a déjà données d'autres fois, et pensant à cette guerre que semblent rendre imminente les informations de Nancy, il ajoute de nouveau : « Affirmez donc sur l'honneur que nous voulons la « paix, que nous la voulons obstinément. De votre « côté, ayez l'œil ouvert sur ce qui se passe autour « de vous et voyez bien par vos attachés ou par vous- « même si quelque chose signifie des projets de guerre « prochaine. Elle serait bien inique, bien folle, bien a peu motivée, car on jetterait dans un abîme les a 3 milliards qu'on a encore à recevoir de nous, et « que la victoire elle-même n'en ferait pas sortir; « car il n'y a que la paix qui puisse permettre à la « France de les payer. Cette guerre serait si absurde « que je n'y crois pas du tout. Pourtant on cherche « quelquefois à nous en effrayer dans la négociation « entamée, et c'est le principal motif de ma lettre « d'aujourd'hui ». Après cela il retrace comme il l'a feit à M. de Saint- Vallier 'a suite de ses pourpar-

lers avec M. d'Arnim , et Tattitude gardé par ce dernier se voit beaucoup plus de face que tout à l'heure. Comment s'y est pris M. Thiers dès le début, c'est aussi plus indiqué : « J'ai posé d'abord le principe « que nous voulions payer, payer avant terme (c'est-àcc dire avant mars 1874) et payer dans la forme qu'on a voudrait à Berlin, en demandant comme condition « naturelle et nécessaire l'évacuation aussi prochaine « que le payement. Ce principe posé, je l'ai précisé oc dans une première proposition ». C'est celle de l'emprunt en 5 pour 100, impliquant la libération en trente mois. Le Président a d'ailleurs ajouté que a si cette forme ne convenait pas il adopterait celle que préférerait le gouvernement prussien », et il a laissé à celui-ci oc le soin de dire comment il entendrait l'évacuation ». Que cette première proposition ait été positivement envoyée à Berlin M. Thiers le croit; mais c'est moins que probable. L'on a d'autant plus lieu de le penser que le comte d'Arnim, il le dit, s'est empressé de venir expliquer qu'elle n'aboutirait pas : oc Cette proposition formelle est restée sans réponse. (( Un jour cependant M. d'Arnim est venu d'un air oc soucieux me dire que cette proposition ne réussioc rait probablement pas, qu'il n'avait aucune réponse, oc mais qu'il le supposait. (Tenez ceci pour absolument (( secret) ». Alors, continue le Président, « alors, oc d'après ses insinuations, qui me semblaient et qui oc étaient selon moi tout à fait amicales, j'ai fait une oc nouvelle proposition que voici ». C'est la seconde tout à l'heure exposée à M. de Saint- Vallier, toutefois s'abstenant de préciser davantage qu'au sujet de la première quand ou comment l'évacuation devrait s'opérer, c'est-à-dire voulant oc laisser au gouvernement prussien

<( la charge de s'expliquer sur ce point si important ». A quoi M. Thiers ajoutait, et il convient de lui donner ici complètement la parole : ce Cette nouvelle proposi- <( tion ne m'a pas valu plus de réponse que la précé- KL dente; mais quelques jours après M. d'Arnim est « revenu, toujours aimable, toujours bien disposé, je « le crois, affirmant qu'il n'avait pas de nouvelles, <c mais disant encore d'après des intermédiaires que <( quelque chose manquait à mes propositions, c'était t( de s'expliquer sur le mode d'évacuation. Il me sem- <i blait que le rôle de chacun était et devait être ainsi <( tracé : à nous l'obligation de nous expliquer sur « le mode et le terme de payement des 3 milliards; <( aux Prussiens de s'expliquer sur le mode et le terme <( de l'évacuation, qui était leur obligation à eux. <( Pourtant après de longs détails de M. d'Arnim sur <( la cour de Prusse, sur ses ombrages, sur les mau- <( vaises intentions du parti de la guerre , sur l'assu- <( rance que l'évacuation immédiate et totale était <( impossible, j'ai admis dans une nouvelle proposi- (( tion formelle l'évacuation graduelle et graduée sur <( les payements eux-mêmes.

a Cette dernière proposition est de ces jours der- ^ niers, et j'attends pour voir s'il y aura enfin une (( réponse. Chaque fois, M. d'Arnim vient répétant « qu'il n'a pas de nouvelles mais qu'il a lieu de croire <( que telle proposition aurait plus de chances que (( telle autre. Je le crois bienveillant et désirant le <i succès, mais faisant de fausses finesses à la manière <i allemande, au lieu de parler clair et net, ce qui <( serait plus simple et nous mènerait plutôt au but. En <( général il est sombre et semble croire que la posi- <(. tion est tendue. Je ne comprends pas pourquoi elle

« le serait, puisque nous offrons toujours de payer « immédiatement (aussi vitqdu moins quele permet- « tent les marchés européens) quand nous pourrions « nous taire jusqu'en 1874 ». Et M. Thiers continuait par ce détail curieux : « Quant à moi, j'ai dit plu- « sieurs fois à M. d'Amim que si par hasard j'étais a l'obstacle, on n'avait qu'à me l'insinuer, ou à me « le dire, et que j'étais si fatigué (c'est la pure vérité) « que je prendrais un prétexte pour me retirer, en « ayant soin de ne pas rattacher ma retraite à la négoce dation. A ces mots, grand récri de M. d'Arnim et (( d'un intermédiaire que je vous ferai connaître, et « vive affirmation que ma retraite rendrait la négoce dation ou cent fois plus difficile ou même imposée sible, qu'on avait confiance en moi et qu'on ne l'au- (( rait dans aucun autre. On a même grand soin de « me répéter que la défiance, non de la République, (( mais du successeur possible de M. Thiers est la c( principale difficulté. On sait avec qui l'on traite « aujourd'hui, on ne sait pas avec qui l'on traiterait (( demain. Vous voilà maintenant au fait; mais gardez (( tout cela pour vous seul. »

Le Président fermait sa lettre sur ces instructions : « Ne pas forcer la porte de M. de Bismarck, ni notre dignité ni la prudence ne le permettent, mais saisir l'occasion qui s'offrirait de le voir; encore mieux voir le roi ou quelqu'un de bien placé pour lui faire arriver la vérité, et alors bien affirmer : 1° que nous voulons payer, payer au plus tôt, dans la forme qui agréera, par conséquent que nous ne visons qu'à la paix; 2^ que nous consentons à l'évacuation graduelle; 3"^ que nous désirons savoir ce qu'on veut, ne pouvant agir sans cela et l'Assemblée devant sans doute partir

dans un mois. D'ailleurs, éviter toute démarche à éclat, exposant à une quasi-rupture si on ne réussit pas. Et dire cela au roi par voie sûre serait bien bon. On nous a insinué le désir de garder Belfort, Verdun, les places de la Meuse jusqu'à parfait payement; je n'ai rien répondu pour ne créer aucune pierre d'achoppement; j'ai gardé un silence serré, il faut faire de même en employant le ad référendum ». Autrement, recommencer Taffaire par une autre voie et presque sur nouveaux frais. Mais le l^"" juin, où de Nancy ne venaient encore que des renouvellements d'inquiétude, et quand on ne pouvait, à Versailles, que chercher comme on le faisait une issue différente, les dissidences d'action qui tenaient tout en suspens à Berlin avaient à peu près cessé. M. de Gontaut, dans ses visites pour édifier ses collègues sur les dispositions réelles de son gouvernement, fut mis par l'ambassadeur d'Angleterre au courant de l'étrange divergence qui durait depuis quatre mois, et informé qu'elle était en voie de finir. Immédiatement il télégraphiait en quelques mots cette nouvelle à Versailles, et le 3 il la développait dans un second télégramme très étendu. En résumé c'était ceci : ce II y a désaccord autour de l'Empereur Guillaume entre le parti militaire et le parti politique; ce désaccord n'a pas tout à fait cessé. M. de Bismarck, qui regarde plus loin que ses contradicteurs, comprend que la prolongation de l'occupation est défavorable aux rapports des deux pays et impolitique aux yeux de l'Europe. En effet l'Europe a hâte, pour la paix générale, de savoir achevés les comptes entre l'Allemagne et la France; elle sent qu'elle trouverait des garanties à les voir régler actuellement, des inquiétudes au contraire à ce que ce

règlement fût laissé aux incertitudes de l'avenir. L'idée du chancelier serait que l'on en terminât sur la base d'un parallélisme entre l'évacuation et les payements, sauf à débattre sur les détails d'exécution ; au contraire le parti militaire, représenté par le comte de Moltke et l'Empereur, voudrait retarder le règlement; il tient bien à toucher l'indemnité de guerre, mais également à conserver le plus longtemps possible le territoire occupé; à ses yeux c'est une sûreté indispensable contre la reconstitution des forces militaires de la France et contre son instabilité politique. M. de Bismarck a réussi à faire prévaloir le principe de la reprise des négociations, mais l'Empereur se montre difficile, exigeant dans les conditions. D'où l)eaucoup de lenteurs , et l'on prétend que le prince, mécontent, a pris une fois de plus le prétexte de sa sarfté pour s'éloigner et aller attendre à Varzin la fin >de ces tiraillements ».

L'ambassadeur anglais, qui ne s'était pas retenu d'exprimer précédemment à M. de Gontaut son ce admiration » de la vitalité dont témoignait la France, avait des rapports intimes avec M. de Bismarck. Il ne faudrait peut-être pas s'étonner en apprenant, quelque jour, qu'il était chargé d'instruire l'ambassadeur de France. Ils se retrouvent deux jours après, il est encore plus communicatif. M. de Gontaut ayant remis la conversation sur les menaces de guerre qui courent les états-majors, ce la guerre, lui répond son collègue, (( mais personne n'en veut ici, ni la nation, ni l'armée, «ni le gouvernement! N'ayez pas l'ombre d'un doute (( sur cela. Ce que vous dites du désaccord entre le <( parti politique et le parti militaire est vrai, mais les <( vues de l'un comme de l'autre n'ont qu'un objet

<( commun : assurer la paix. Le roi partage les idées « du parti militaire, mais il n'a qu'une pensée, c'est a de sauvegarder la paix aussi longtemps que possible. « Il est vieux, il sait qu'il ne lui reste pas probable- (( ment de longues années à vivre : à tout prix il désire « que son règne s'achève sans nouvelle guerre. Il croit « au désir de la revanche de votre part : il veut la <( rendre impossible en prenant toutes les précautions <( militaires qui lui paraissent nécessaires, Tagrandis- (( sèment et l'armement des places fortes de TAlsacecc Lorraine, le maintien de l'occupation sur votre terce ritoirc, etc. Qu'il ait raison ou qu'il ait tort, je ne « le discute pas, mais soyez certain qu'il veut une ce seule chose, rendre la guerre impossible * ».

Selon toute probabilité, M. de Bismarck avait enfin fait comprendre l'opportunité de compter avec les préoccupations du dehors, et décidé par là l'Empereur contre M. de Moltke et les militaires. Ce travail intérieur devait dater déjà d'une semaine. Quand le comte d'Arnim avait laissé prendre à M. Thiers le pressentiment que du moins sa proposition de libération graduelle serait accueillie, ainsi que le Président le mandait à Nancy, c'est que l'ambassadeur avait reçu l'avis de faire entrevoir à Versailles l'accessibilité du terrain par ce côté. M. Thiers, au moment où il terminait sa lettre du l*"" juin à M. de Gontaut, connaissait le premier télégramme de l'ambassadeur. Il assurait celui-ci que la suite en était impatiemment attendue. N'ayant d'ailleurs jamais été que bienveillant pour ceux qu'il employait, il ne lui marquait nulle surprise du temps mis à pénétrer la situation, ni de

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