Procès d'Arnim f p. 50 à o
pour la garantie financière. L^évacuation graduée présentant Tunique plate-forme qui permettait au chancelier de s'engager, M. de Bismarck y avait aussitôt, de Varzin, dirigé ses seconds. C'est alors, peuton penser, que ceux-ci trouvèrent au silence qu'il avait dû garder les pauvres raisons données à M. de Gontaut par M. de Bleischrôder pour expliquer le rejet des autres propositions de Versailles. Cependant, arrivés à ce point des deux parts, le temps pressait. M. de Gontaut pensait prédire juste en écrivant le 6 juin : a On négociera, mais les négociations n'iront « pas toutes seules » ; il se méprenait, ainsi qu'aupa- ' ravant il s'était trompé sur l'état des choses. Comme à peu près tout était à prendre ou à laisser, avec Berlin, on allait naturellement vite. Ce que M. de Rémusat mandait le 23 juin à M. de Saint-Vallier montre qu'en une dizaine de jours on était déjà près de terminer. Dans le fait, l'Assemblée nationale sanctionna le traité le 29 juin. Il eût été difficilement plus rigoureux. L'ordre dans lequel s'effectuerait l'évacuation à mesure des acomptes versés resterait invariable, et ûxé de manière à tenir toujours assurée aux troupes allemandes la route de Paris par Lunéville, Nancy, Toul, la Meuse, avec Belfort pour point d'attache. Les départements de Marne et Haute-Marne passeraient les premiers : c'étaient les plus éloignés de ce point d'attache, conséquemment les moins essentiels aux prévisions militaires; les Ardennes et la Meuse ensuite; la Meurthe, les Vosges, Belfort les derniers. D'ailleurs le territoire libéré demeurerait neutre jusqu'à la fin, en telle sorte que nulle troupe française dépassant les nécessités d'ordre public n'y serait installée ni aucun ouvrage construit.
M. de Rémusat disait encore à M. de Saînt-Vallier, le 23 juin : « Le comte d'Arnim nous atteste que le ft prince de Bismarck n'a jamais été mieux disposé <c pour le Président et qu'il est dans ses bons jours, a quoique fort souffrant et plus renfermé, plus inac- (L cessible que jamais. y> Fut-ce une marque de ce mieux disposé, qu'au contraire de ce qui s'était fait auparavant chaque demi-milliard versé libérerait deux départements et non plus un seul? c'est possible. En tout cas, ces conditions acceptées, le Président de la République avait supposé que la même gradation irait de soi pour la diminution du contingent occupant que pour celle de l'étendue occupée. Les 50 000 hommes dont le traité de Francfort nous imposait le casernement et l'entretien auraient été par là réduits en nombre à proportion : autre illusion qu'il avait fallu perdre tout de suite. Les 50 000 hommes demeuraient pour l'Allemagne la compensation du gage territorial progressivement abandonné : leurs fractions reflueraient à mesure sur les parties non encore évacuées. Coûte que coûte, dussions-nous supporter jusqu'à l'entier payement l'occupation totale, le corps occupant au complet resterait sur notre sol. Si, d'ailleurs, le a mieux disposé » en faveur de M. Thiers se montra en quelque chose, ce ne fut sans doute point dans la concession de substituer des garanties financières à la garantie territoriale pour le troisième milliard, car elles n'iraient pas de droit, mais uniquement lorsque, à Berlin, on les jugerait suffisantes. Ni dans celle de proroger au besoin d'une année l'acquittement de ce troisième milliard, car la raison, aussi impérieuse pour l'Allemagne qu'elle pouvait le devenir pour nous d'éviter des troubles monétaires ou de change, dictait
cette Stipulation; TAllemagne y mettait en tout cas la condition que son occupation continuerait cette annéelà sur les mêmes bases qu'auparavant.
Ce qui fut peut-être accordé à la considération du Président, concerna les travaux de fortification qu'effectuaient chez nous les corps allemands. Les visées militaires avaient motivé un ordre de M. de Moltke prescrivant à l'armée occupante de rétablir en état de défense, avec du matériel allemand si les armements trouvés en France n'y suffisaient pas, les forts et les places existantes; compte exact de la dépense serait tenu pour la récupérer sur nous lors de l'évacuation. A cause de cela régnaient en ce moment de vives inquiétudes sur Belfort, réparé, réarmé même de pièces venues d'Allemagne et, par une coïncidence fortuite, juste au mois d'avril, où le public avait su que l'on s'occupait de pourparlers. Mettre fin à des ouvrages dont on se montrait si ému était du moins un avantage; M. Thiers y avait fait consentir. Toute œuvre de fortification cesserait incontinent de la part de l'armée allemande et cessa en effet.
La déception frappa d'abord tout le monde dans le traité du 29 juin. L'occupation continuerait, on ne voyait rien de changé. Les départements occupés, eux^ furent en effervescence. A la perspective non seulement de se trouver encore sous l'ennemi, mais en outre doublement, pour ainsi dire, par le refoulement des troupes des unes sur les autres à mesure de la libération, ils se répandirent en plaintes et ce devint, on le vit très vite, un grief allemand de plus. Circonstances gardées, c'était pourtant beaucoup que d'avoir si peu favorablement abouti. Dès l'heure même, d'autres conditions que les précédentes régnaient pour
nous, et des conditions plus praticables. Le traité donnait une clef, quand nous avions été sur le point de n'en plus avoir du tout. La souscription des 3 milliards, qui se fit le mois d'après, montra combien, passé le premier moment, le pays entier, et avec lui les pays voisins, se rendirent compte de ce qui était gagné.