‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 59 sur 128 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Les difflcultcs d'exécution.

Retentissement des mauvaises dispositions dans Tarmée occupante, obstacles qui en proviennent. — Mission donnée à M. de Saint-Vallier de faire établir des baraques pour le casernement des troupes. — Le plan de répartition de ces troupes et les généraux; la décision du roi. — M. de Manteuffel, invité par M. Thiers à venir le voir en allant à Gastein, est obligé de s'en abstenir. — L'intérim du général de Treskow dans le commandement de l'occupation. — Activité apportée dans la construction des baraques, soins déployés pour les faire accepter. — Nécessité de retarder l'évacuation des deux Marne et d'en convenir officiellement avec le gouvernement impérial; télégramme de M. Thiers à ce sujet, à celui aussi des jugements de la presse et en particulier de la presse allemande.

Le mouvement des mauvaises dispositions contre la France était parti de trop haut pour qu'il ne descendît pas jusqu'aux derniers échelons de l'armée occupante. On y aidait d'ailleurs de Berlin. Dans sa lettre du 6 juin, M. de Gontaut, d'après des indices recueillis par M. de Polignac, attaché militaire de l'ambassade, disait que ik l'opinion s'accréditait dans l'armée, à peu près comme par l'effet d'un mot d'ordre, que les provocations de la France devaient faire mal augurer de l'avenir, et que

LES DIFFICULTÉS D'EXÉCLTION 231

très probablement, dans deux ans, une fois l'évacuation effectuée, elle déclarerait de nouveau la guerre à l'Allemagne ». Sous d'autres mots, c'était l'avis transmis de Nancy quelques jours auparavant. Cette impulsion, toute factice fût-elle, se prolongerait inévitablement jusqu'à ce que l'inanité des motifs d'où elle dérivait apparût dans la suite des faits. Comme ces troubles de l'atmosphère qui vont finir au loin avec la même violence qu'à leur point de départ, elle mettrait du temps à s'éteindre, transportant successivement son intensité aux lieux éloignés en la perdant en arrière. Elle s'alimentait d'ailleurs des incommodités ou de l'ennui ressentis par les corps d'officiers de l'occupation, des déconvenues ou des froissements individuels, des mauvais propos entendus ou des mauvais accueils éprouvés, de l'attitude dédaigneuse, quand elle n'était pas blessante, que rencontraient un grand nombre dans les rapports avec les fonctionnaires français même de l'ordre élevé. Tout cela se colportait et commenté, grossi, formait, M. de Saint- Vallier l'expliquait peu après, un concert auquel le ton de la presse locale, surtout celle de Nancy, de la Meuse, de la Marne fournissait inconsidérément des prétextes *. Tout cela était répercuté jusqu'auprès du souverain par l'ambassade, à qui le bruit en arrivait, par des agents nombreux connus ou secrets qu'avait l'Allemagne autour de son armée occupante, par des chefs de corps qui, dans leurs garnisons distantes du quartier général, ne recevaient les inspirations de celui-ci qu'occasionnellement, sous forme d'ordres que tous ne se retenaient pas d'imputer à sa seule

Page 1