‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 65 sur 128 · Saint- Vallier à M. Thiers, 20 juillet · texte numérisé non relu

Saint- Vallier à M. Thiers, 20 juillet

placeraient les siennes; autant valait dire des « précautions y> que Ton parlait de prendre à notre sujet, M. Thiers était à Trouville. M. de Saint- Vallier le saisit néanmoins immédiatement de ces objets. Le premier préoccupait avant tout le commissaire extraordinaire. Celui-ci ne sollicitait donc pas la décision du Président sans dire une fois de plus combien il importait de tenir aux populations de TP^st la promesse de baraquer les nouvelles troupes, par laquelle on avait calmé leur émoi, conséquemment de ne pas accepter que ces troupes vinssent, même très passagèrement, s'établir chez les particuliers; c'eût été, d'ailleurs, un embarras inextricable, de les faire sortir ensuite de cette installation pour laquelle étaient tellement leurs préférences*. Il fallait donc satisfaire le formalisme allemand et, par cela même, apprendre officiellement à la Marne et à la Haute-Marne la résolution du gouvernement, restée encore incertaine, d'y prolonger l'occupation afin de ne pas accabler les départements destinés, eux, à la subir longtemps encore. M. Thiers n'hésita pas une seconde. Il revenait de Paris. Il y avait lu, en même temps que le pli qui lui était personnel, des indications plus détaillées données par le plénipotentiaire au ministre des Affaires étrangères. Il répondit aussitôt par le télégramme « urgent et confidentiel » que voici, officiel pourtant dans la forme % et dans lequel, sortant de l'objet immédiat qui appelait sa réponse, il ne laissait pas passer cette occasion de

1. Saint-Vallier à M. Thiers à Trouville, 12 août. Dans sa lettre à M. de Rémusat, le lendemain, il donnait copie de celle-là au ministre.

2. « Le Président de la République à M. de Sl-Vallier, commis^ « saire extraordinaire près le général commandant Voccupalion « allemande f à Nancy. Trouville, 15 août, 12''"* 35™ soir ».

revenir sur le terrain politique, pour faire dire à Berlin combien étaient loin de la pensée de son gouvernement soit rivresse soit les intentions qu'on lui supposait : « Obligé de me rendre hier à Paris pour présider « le Conseil et vaquer à diverses affaires, je n'ai pu ce recevoir vos lettres du 12 et du 13 et y répondre « tout de suite. Je le fais aujourd'hui et très nettement, a selon mon usage. Nous avons annoncé au gouver- « nement impérial allemand que nous commencea rions le 7 septembre le payement des premiers (L 500 millions; mais d'abord ce payement exige du a temps, car bien que les 500 millions soient déjà (L matériellement dans les mains de nos correspona dants par l'échéance du papier qui leur avait été ce remis, il faut du temps pour verser une somme ce aussi considérable ; de plus, nous tenons compte de ce la nécessité de faire concorder l'évacuation de la ce Marne et de la Haute-Marne avec l'achèvement ce des baraques en construction dans les quatre autres « départements occupés. Vous pouvez donc déclarer ce au général de Treskow que, d'avance, nous consence tons à nous entendre avec les autorités allemandes ce de manière que leurs troupes n'aillent que de barace quements abandonnés en baraquements achevés ce et habitables. Tout cela se réglera amiablement et ce sans réclamation de notre part contre des retards ce d'évacuation qui seraient amenés par des retards (( d'achèvement des nouvelles baraques. Que cela soit ce bien entendu entre vous, et d'ailleurs vous pouvez ce communiquer cette dépêche si vous le jugez utile, ce Quant à notre politique, elle est la même, c'est-à-dire ce pleinement pacifique et nullement modifiée par le ce succès de l'emprunt. Le gouvernement est composé

a de gens sensés qui ne se grisent pas, comme on le (( dit, et les Français pris en masse ne se grisent pas (L davantage. Nous connaissons la force de la France « et nous n'avions pas à l'apprendre. Mais cette force, a nous ne voulons en faire ni un moyen de guerre ni a un moyen de perturbation en Europe. Nous voulons « seulement que la France reprenne son rang et son « poids dans le monde. Les efforts que nous faisons « pour reconstituer ses finances et son armée n'ont a pas d'autre but. Je l'affirme et je n'ai jamais man- « que à ma parole.... Recevez mes sincères amitiés. « A. Thiers. »

Le général de Treskow avait trop de préoccupation de sa responsabilité pour se contenter de ce document, même si formel et à tous égards si explicite. Personnellement il n'eut plus de doutes, mais il voulut un ordre. de son souverain, qui remplaçât celui dont avait été précédemment nanti le quartier général. Il fallut que Berlin fût avisé diplomatiquement par nous de notre assentiment au prolongement d'occupation des deux Marne, et répondît de même. C'est M. de Manteuffel, qui un mois plus tard, en rentrant à Nancy, fut en mesure de donner, au nom de son gouvernement, acte à M. de Saint-Vallier du changement des conditions écrites dans le traité du 29 juin. De la part du gouvernement de Berlin, ce n'était pas une bien grande preuve de condescendance; mais le général en rapportait d'autres plus positives. Les idées changeaient à la cour impériale. La lettre dont M. Thiers avait muni M. de Saint-Vallier, le 15 juillet, pour le commandant de l'occupation, n'avait pas été sans aider à faire éclore une atmosphère nouvelle.

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