‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 67 sur 128 · septembre · texte numérisé non relu

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« amical, et jusqu'au comte de Moltke, qui paraît s'être « désarmé de son incurable défiance à votre égard ». La supposition qu'une monarchie, réinstituée alors, aurait eu tout d'un coup une telle autorité que l'Allemagne se serait ou plus retenue ou vue contraindre à se retenir davantage qu'elle ne s'y crut obligée en face du gouvernement de M. Thiers, ne saurait rester dans l'histoire de ce temps malheureux. Il sera indéniable que ce gouvernement conseilla la solution donnée au problème politique né du drame de 1870- 1871. Il la conseilla à tel point qu'il plaça son honneur, plutôt que de n'y pas persister, à résigner le pouvoir, même après s'être acquis le grand titre d'avoir libéré le pays. Assurément l'idée républicaine ne datait que du siècle, tandis que bien auparavant et encore dans ce siècle la tradition monarchique avait procuré à la France une grande existence. Un grand nombre pouvait penser que d'y revenir résoudrait plus efficacement les divisions, aurait sur l'ennemi une action plus sensible, et il attend à son tour que l'histoire lui donne raison. Mais dans la vie des peuples il se fait, à de certaines heures, des cassures produites par cette vie même. Celle qui eut lieu alors avait commencé depuis longtemps. L'idée était répandue d'ancienne date que, sans parler d'autres nations, la France avait connu de grands rois, mais encore plus de grands ministres ayant donné le bénéfice de leur supériorité à des rois insignifiants ou médiocres, et aussi encore plus d'hommes d'un ordre élevé concevant ses destinées mieux que beaucoup de rois inférieurs ou mauvais, ou faisant penser qu'ils les auraient mieux conduites. L'opinion s'était donc généralisée qu'il fallait en appeler désormais à

ces personnalités supérieures pour exercer le gouvernement, non plus à l'incertitude des descendances royales et aux considérations trop souvent personnelles ou de dynastie qui les inspirent. Des tentatives s'étaient produites pour transformer ainsi les choses soudainement, malgré tous les obstacles. En présence de la complète vacance de gouvernement, vacance par faillite monarchique, bien plus, et dans laquelle le pays avait sombré, il était inévitable qu'un grand effort se portât à opérer tout à fait l'évolution.

La future histoire de notre siècle n'inculpera pas le gouvernement de M. Thiers d'avoir contribué de ferme propos au courant de république qui a submergé celui de monarchie. La nation, désemparée, s'était remise en ses mains. Tout le passé contemporain se résumait pour ainsi dire en lui. Historien, il avait appris à tout le monde le travail mené par l'esprit de la Révolution française dans le sens de l'institution nouvelle; homme public, il y avait contribué plus que n'importe quel autre. Désigné pour conduire au premier moment, n'attendrait-on pas de lui qu'il guidât en réalité pour l'avenir? Lui-même, en se voyant confier comme d'acclamation ce qui subsistait des forces et des moyens de son pays, les restes de sa fortune, se refuserait-il à sa tradition propre jusqu'à ne point se prêter à asseoir l'avenir sur ces institutions qui semblaient le point d'arrivée attendu et le port assuré? La pensée de voir exercer par une monarchie, sur les autres monarchies du continent, l'action qu'eut la monarchie de 1814-1815 pour traiter avec l'ennemi, a fait reprocher au gouvernement de 1871 l'impulsion politique qu'il exerça; l'histoire ne verra dans cette pensée qu'une conception sans

vérité. Il lui sera trop évident que si une monarchie qu'on aurait réédifiée se fût vue à même de s'abriter sous les autres comme en 1814 ou 1815, ce n'aurait pas été celle qu'une longue suite d'années et de changements avait jetée dans l'oubli, mais naturellement la dernière en date. L'histoire future se demandera peutêtre si, pour celle-ci, telles ou telles des liaisons que la guerre venait de briser se seraient renouées et ce qui en fût advenu; mais encore mieux qu'aujourd'hui elle se rendra compte combien tout interdisait que cette monarchie-là fût refaite. Elle verra d'ailleurs que le vainqueur d'alors tenait dans ses mains la clef de toutes les liaisons ; elle verra que la part, toute morale, qui en restait abordable, le gouvernement de république dont M. Thiers fut le président et par suite l'initiateur se l'assura tout entière. Il importera donc peu pour elle de rechercher si dans l'état européen tellement changé au milieu duquel était née la guerre, et dans celui déjà plus différent encore qu'elle venait de créer, soit l'une soit l'autre des monarchies de 1814rl815 et de 1830, soit les deux fondues ensemble auraient vraiment trouvé des liaisons qui furent interdites à ce gouvernement.

Toujours est-il qu'à Berlin les points de vue s'étaient déplacés. La conversation du général de Manteuffel l'indiqua tout d'abord au comte de St-Vallier. Le général avait vu constamment M. de Bismarck; à cet égard il était bien fixé, a J'ai eu de longues conversations sur a la France avec le prince de Bismarck, avait-il con- « tinué; nos relations ont changé; elles sont devenues « amicales ; nous avons reconnu que nous étions a plutôt séparés par des malentendus que par des « griefs réels; je l'ai vu beaucoup, allant passer chez

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a lui la plupart de mes soirées ; je sais donc sa manière (( de voir et je puis vous dire en confidence que je le a crois disposé, si la situation ultérieure de la France « continue à se montrer telle qu'elle est aujourd'hui, a à vous donner dans la durée et les conditions de a l'occupation des témoignages de confiance plus satis- « faisants que ne le laisserait espérer le traité du « 29 juin. » M. de Bismarck avait en effet fourni un premier gage de ces dispositions, différentes de celles contre lesquelles nous étions à nous défendre depuis des mois. L'armement des douaniers et des agents forestiers dans tout le territoire de l'occupation était par lui consenti, a C'est un premier indice, ajoutait le « général; j'espère que d'autres suivront prochaine- « ment si vous continuez à payer régulièrement le (( complément de l'indemnité, si vous n'envoyez pas a dans la Marne après l'évacuation plus de troupes (( que n'en exige le maintien de la tranquillité, et sur- « tout si votre situation intérieure se maintient ce « qu'elle est, grâce à la sagesse et à la fermeté du (( Président*. y>

En effet, il n'y avait plus que cela à faire pour exécuter le traité du 29 juin. Le programme rempli, cet acte conçu dans les défiances ou l'inimitié ne paraîtrait pas moins évidemment inapplicable aux yeux du gouvernement de Berlin, que cela n'avait été visible aussitôt pour Versailles. Le cours des choses va s'agencer en conséquence, progressant jour par jour vers ce terme. Ce ne fut pas, toutefois, sans des incidents qui prolongèrent l'écho des impressions hostiles sous lesquelles il avait fallu nous plier. Dès que le quar-

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