‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 71 sur 128 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Retour de défiance ; toujours Gambetta.

Nouvelle alefLe due au comte de Moltke. — Émoi de M. de Manteuffel sur une conversation de M. Thiers. — Difficultés créées par l'échéance du droit d'option de nationalité, de la part des conscrits d'Alsace-Lorraine; appui donné à ce sujet au commissaire français par le Président. — M. Thiers et les pouvoirs de l'état de siège. — Le général conduit à renouveler ses assurances en faveur de la France. — La peur que Gambetta faisait à Berlin.

Le général de Manteuffel avait dit : « Si vous n'en- (( voyez pas dans la Marne après Tévacuation plus de (( troupes que n'en exige le maintien de la tranquillité, « et surtout si votre état intérieur se maintient ce a qu'il est »; l'esprit militaire s'était-il ménagé ce moyen de retour, quand l'esprit politique avait prévalu à Berlin? Le journalisme de Paris, habitué à aller plus vite que les choses sans s'inquiéter de leur détriment, n'y manqua pas une fois de plus. L'idée de reconstituer dans les plaines de la Marne le rassemblement de troupes qui paraissait être notre avant-garde en face du continent, devait naturellement plaire à l'opinion; la presse même qui soutenait le Président la

reprit aussitôt et l'annonça comme la pensée actuelle du gouvernement. Il était inévitable qu'en Allemagne on s'en émût. Le 18 septembre, M. de Saint-Vallier dut prévenir le Président que cet effet s'était produit. Ce dernier lui télégraphia incontinent, de Trouville, de rassurer le général * : « Tout sera fait uniquement « au point de vue de la tranquillité intérieure dans les (( départements où se trouvent des villes très popu- (( leuses et ordinairement très animées. Nous nous a entendrons sur tous ces points avec le général en (( chef; il peut compter que, avec ses excellentes dis- « positions et les nôtres, la fin de l'occupation ne sera « pas plus troublée que le commencement ». Mais les bruits de presse se répercutent. Les susceptibilités qui avaient récemment régné dans l'armée occupante ne s'étaient pas assez éteintes pour qu'on ne les vît pas se raviver par suite. Elles tenaient le baraquement pour imposé par le quartier général, plutôt qu'en réalité elles ne l'acceptaient, et sa perspective fournissait un aliment nouveau d'excitation aux troupes qui allaient se déplacer. Les informations de Berlin s'y ajoutant, le cours fut redonné aux malveillances contre le commandement général. Plus que jamais l'état-major de Nancy s'entendit accuser de s'être mis sous la dépendance de la légation française ^ Du reste, pouvait-il échapper à l'ennemi que même en exécutant le traité de juin au plus près de sa lettre, notre administration militaire combinerait la reprise de possession du terri-

Page 1