Télégrammes ou lettres des 17, 20, 24, 28 septembre
de désagrément pour rennemi (c'était le patriotisme à leur manière) en se refusant ou en opposant l'inertie. De cette façon on ne fût venu à bout de rien, si M. Thiers, lui, n'eût à chaque fois fait acte d'autorité. C'est lui encore qui prescrivit les mesures au moyen desquelles la légation de Nancy parvint à sortir sans désordre d'un encombre soudain qui, outre ses incommodités propres, avait l'apparence d'une protestation concertée contre l'annexion allemande et n'eût offert en conséquence que trop de prétextes aux mauvaises dispositions *.
Les journaux, au reste, étaient des auxiliaires aux embarras, par leurs récits de brutalités de la part des troupes prussiennes contre ces émigrants ou contre des citoyens, de difficultés prétendues élevées par elles à l'évacuation. Récits inventés d'ailleurs de toutes pièces. La presse de Paris prenait les devants et la presse locale suivait. Ce n'est ni d'après l'une ni d'après l'autre qu'il faudra écrire l'histoire de ce moment, sauf pour dire qu'elles jetaient ensemble des préoccupations de plus dans la multitude d'incidents de détail auxquels le commissaire français avait à pourvoir. Par le cabinet de la Présidence, par celui de M. de Rémusat, il obtenait de faire rectifier les dires; mais c'était une sorte de campagne menée non seu-
1. M. Thiers répond au télégramme de M. de Saint-Vallier du 28 septembre par celui-ci, du même jour : « J'ai reçu votre « dépêche; ordre est donné à tous les préfets des départements « occupés de faire partir les jeunes gens qui se présentent pour « s'engager et de les diriger sur les départements voisins non « occupés. Toutes les autorités civiles et militaires concourront « à l'exécution de cet ordre. Les plus nécessiteux de ces jeunes • gens recevront des secours s'ils en ont indispensablement « besoin. — A. Thiers ».
lement en France envers les Allemands, en Allemagne aussi contre le gouvernement de Versailles. Obligé d'adresser officiellement au général en chef une note qui désavouait le langage insultant de nos journaux et dont celui-ci dut faire un ordre du jour à son armée % M. de Saint-Vallier en vint à demander à M. Thiers d'agir en vertu de Tétat de siège à rencontre de cette presse patriotique à rebours, et le Président ne jugea pas pouvoir se dispenser d'y accéder dans une mesure. Malgré sa répugnance à se servir de ce moyen, il le trouva nécessaire dans les conditions où nous plaçait Taide si attestée du quartier général, a Je viens », télégraphie-t-il à M. de Saint-Vallier le 26 octobre, ce je viens de faire dire à divers jour- « naux, à ceux particulièrement qui avaient écrit des « choses inconvenantes sur l'armée prussienne et ses « généraux, que s'ils continuaient j'userais des pouce voirs de l'état de siège pour les empêcher de coma promettre par leurs imputations les intérêts du pays. <( Vous comprendrez cependant que je ne puis pas (( user souvent de moyens pareils et qu'il faut, pour y c( recourir, les grands intérêts que j'ai à sauvegarder. « M. de Manteuffel verra que je l'aide tant que je peux « en compensation des services qu'il nous rend de son (( côté. »
Ce n'était pas la première fois que le Président avait montré à son plénipotentiaire, pour des cas analogues, la volonté de n'envisager les pouvoirs de l'état de siège que comme des moyens d'intimidation, non comme une arme d'usage. Du moins était-il constamment prêt à tenir pour ennemis du pays et à traiter à ce titre