‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 76 sur 128 · Saint-Vallier à M. Thiers, 23 octobre · texte numérisé non relu

Saint-Vallier à M. Thiers, 23 octobre

les chercheurs de popularité qui la demandaient à des propos ou à des excitations contre l'Allemagne ou contre Tarmée occupante. Au moment de ses conversations avec le comte d'Arnim en vue des conditions de révacuation, un incident de ce genre avait été soulevé par quelqu'un à qui M. de Saint- Vallier eut à regretter d'avoir prêté d'abord quelque appui, et qui ne voulait qu'en abuser. M. Thiers écrivit tout de suite, en postscriptum à sa lettre sur l'entretien qu'avait eu l'ambassadeur avec lui * : (( Qu'est-ce donc que cette affaire Pisoc tollet? Si ce monsieur vient nous créer des embarras, ce menez-le rondement et ne lui laissez pas ignorer que (( nous sommes résolus à ne pas souffrir que le pays a soit compromis par des sots, des fous ou des charla- « tans de patriotisme ».

M. de Saint-Vallier se voyait débordé par le flot des imputations, il était naturel qu'il cherchât à y mettre obstacle. Le général personnellement en était lui-même atteint. Des correspondances d'Allemagne insérées dans la feuille ultramontaine française le Monde et répétées à Tenvi par les journaux de l'Est, avaient raconté que, durant la visite des Empereurs, les conversations à Berlin du commandant de l'occupation étaient particulièrement défavorables à l'état de la France et au gouvernenent du Président. Accusé ainsi tellement à l'opposé des faits et de ses sentiments, il accourut à la légation demander qu'un démenti s'élevât officiellement contre des assertions détruisant les assurances par lui spontanément données dès son retour. Il voulait au moins qu'avant tout M. Thiers personnellement sût que ces assertions étaient (( effrontément

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mensongères ». Toute trace du petit émoi des jours précédents s'effaçant en lui sous l'impression où le jetaient ces faussetés, c'est « sur son honneur », qu'il affirma de nouveau à M. de Saint-Vallier ce qu'il lui avait dit tout d'abord, à savoir que a durant son séjour à Berlin, son langage aux trois Empereurs, au prince de Bismarck, au prince Gortschakow, au comte Andrassy, ne s'était jamais écarté de l'affirmation nette et catégorique de la sympathie méritée par le gouvernement du Président, et de la nécessité pour les cours étrangères de le soutenir ». Avec l'animation qui était dans sa nature il s'étendit une fois de plus sur ses entretiens, et M. de Saint-Vallier savait cette animation trop sincère pour ne pas considérer à l'égal d'un (( devoir » d'en écrire ce résumé pour M. Thiers, en quelque sorte sous la dictée : a Depuis dix-huit a mois il n*a jamais cessé de parler dans ce sens, de <( représentera sa cour comme aux hommes politiques a étrangers auxquels il est uni par des liens d'amitié « que votre personne, vos talents, vos efforts sont le (( palladium de la France contre le désordre, la garantie a de l'Europe contre les effets de la propagande révolu- « tionnaire. Loin de rien modifier à son langage lors a des entretiens de Berlin, il y a insisté avec plus de a force encore en faisant remarquer combien l'œuvre « immense que vous avez déjà accomplie pour tirer la ce France de la fange révolutionnaire, pour lui donner a le calme, le repos, la sécurité devait rassurer l'Europe « sur l'avenir de ce grand pays tant qu'il restera placé a dans vos mains habiles et patriotes. C'est la Bestauf( ration, a-t-il ajouté, mais la Bestauration avec de bien a plus redoutables difficultés. M. Thiers a donné à ce l'Europe des gages de confiance et de sécurité aux-

(L quels il faut répondre en évitant de le décourager;^ a que Ton n'oublie pas surtout, c'est ma plus ferme a conviction, qu'il peut seul calmer et relever la a France, seul la tirer en ce moment du double danger ce qui la menace : la honte des aventures bonapartistes, a l'horreur des excès de la Révolution ; l'Europe y est a trop intéressée pour ne pas tenir compte de celte a situation ^ » Mais ce m'était pas la dernière fois que la politique des journaux tant Français qu'Allemands tiendrait une place dans les rapports du gouvernement de Versailles avec celui de Berlin.

On dirait volontiers que le personnage de Gambetta a fait peur à la cour impériale presque toute l'année 1872, s'il n'y avait pas lieu de supposer beaucoup d'affectation dans l'inquiétude montrée à son sujet. C'est comme un mot d'ordre d'appréhender son avènement. La plupart des informations politiques adressées par M. de Saint- Vallier à Versailles signalent la crainte où l'on est que le gouvernement de M. Thiers n'aboutisse à celui de l'agitateur républicain. C'est une objection stéréotypée, la diplomatie de Versailles a de principe à lutter contre elle. M. de Manteuffel, luttant pour nous avec constance sur un terrain plus réel, en vient lui-même à opposer ce fantôme du moment; à l'heure où il renouvelait à M. de Saint- Vallier ses entretiens de Berlin, M. Thiers ayant, dans un des plus vigoureux de ses discours et des mieux inspirés par la prévision politique qu'il ait prononcés à cette époque, exprimé à la commission de permanence de l'Assemblée nationale la réprobation de la campagne oratoire à laquelle se livrait le tribun, le

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