‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 86 sur 128 · Versailles, 5 juillet · texte numérisé non relu

Versailles, 5 juillet

ce fiance et notre sympathie n'ont pu que raccroître... (( Il est dans l'intérêt du gouvernement allemand et <( dans ses vues d'encourager M. Thiers à continuer « son œuvre, de l'appuyer moralement, de contribuer « dans la mesure voulue à son succès. Nous souhaicc tons sincèrement la consolidation de son pouvoir, a nous voulons sa durée; nous déplorerions le triomphe a d'un parti quelconque, monarchique ou autre. J'ai « peine à comprendre le langage qui vous a été tenu ce par la personne dont vous me parlez. Ce langage « n'est nullement conforme à nos idées. Persistez « dans votre politique; c'est la mienne et elle est ce sanctionné par Sa Majesté l'Empereur*. » Le 8, un courrier de cabinet portait au comte d'Arnim la demande d'explication, le chancelier ayant voulu qu'elle fût positivement reçue. Elle est parmi les pièces de l'instruction suivie deux ans après contre l'ambassadeur : la désapprobation s'y voit aussi indubitable que la faisait augurer le télégramme de l'avant-veille. M. de Bismarck précise nettement : a Un rapport confidentiel du général de Manteuffel a fait connaître que le comte de Saint-Yallier a eu avec l'ambassadeur un entretien privé dans lequel celui-ci exprima les opinions suivantes »; vient alors l'énumération que voici : ce V^ous considéreriez le gouvernement français actuel ce comme dépourvu de toute solidité; à M. Thiers succe céderait Gambetta, à Gambetta la Commune, et à la ce Commune un régime militaire, si la France ne se ce donnait pas à temps une constitution monarchique.

1. C'est dans une lettre du 6 novembre que M. de Saint- Vallier donnait à M. Thiers la traduction de ce télégramme, d'après le déchiffrement du quartier général.

(( A ce propos V. E. aurait parlé du comte de Paris et (L du fils de Tempereur Napoléon ». Ce ne sont pas ces assertions en elles-mêmes qui motivent l'interrogation, c^est le fait de les avoir émises au commissaire français. Le chancelier se place soigneusement sur le terrain de la discipline et de la convenance diplomatiques; il est visible par les dépêches postérieures que de sa part c'est avec une intention et un but. « Malgré a tout ce qui pourrait être allégué en faveur de « l'opinion attribuée à V. E. sur la marche ulté- « rieure des affaires de France, écrit-il en finissant, il (L m'est difficile de croire que vous l'ayez manifestée « vis-à-vis d'un représentant officiel du gouvernece ment auprès duquel vous êtes accrédité. J'invite a donc V . E . à me donner des explications à ce a sujet *. »

C'est quatre jours après, le 12 novembre, que le Président, entrant avec résolution sur le ce terrain » qu'il avait appelé le « bon y> contre le radicalisme et Gambetta, portait à l'Assemblée nationale la proposition d'établir définitivement la France sous le régime républicain et d'en constituer dès maintenant les rouages. Le soulèvement qui s'ensuivit dans le camp dont la perspective de cette solution menaçait les espérances, n'est pas encore oublié; il gardera d'ailleurs sa place dans les annales d'alors, car de ce jour a commencé notre existence politique actuelle. Du côté opposé on a mis en avant, depuis, l'idée que Berlin vit dans ce projet de solution la création d'un gouvernement français débile par nature, exclusif d'alliances, en conséquence trouva son avantage à

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