Procès d^Arnim y p
Tencourager. On s'est appuyé en cela de Tune des dépêches suivantes du chancelier. Si l'idée était juste, c'est de toute la correspondance du moment qu'il faudrait faire argument, de celle qui eut lieu avec l'ambassadeur d'Allemagne à Paris, et de celle qui s'échangea dorénavant avec Nancy. M. de Bismarck, l'évidence en est positive, n'a désormais confiance que dans le gouvernement de M. Thiers. Tout, de sa part, justifie ce qu'il a télégraphié de Varzin : « Nous déplorerions le triomphe d'un parti quelce conque, monarchique ou autre ». 11 veut ramener officiellement l'agent impérial à ces vues, à défaut de quoi annuler officiellement ses dires. Il fait écrire, c'est très vrai, et il écrit lui-même « qu'une France constituée monarchiquement offrirait à l'Allemagne des dangers plus grands que ceux à attendre d'une constitution républicaine; que la République française trouvera très difficilement un allié parmi les États monarchiques et que tant qu'elle n'aura pas d'allié l'Allemagne n'a rien à craindre d'elle ». Quoiqu'il n'y ait plus d'intérêt à discuter la portée de ces paroles, il sera dit un peu plus loin ce qu'elles signifiaient. Mais il reste utile de retracer comment elles furent amenées et d'indiquer la direction que prirent les choses en conséquence.
Le comte d'Arnim a répondu le même 12 novembre, par un pli particulier, à la mise en demeure de s'expliquer. Il a cherché à affaiblir ou à nier le sens donné» à ses entretiens par M. de Manteuffel, ne ménageant pas, d'ailleurs, les propos aigres au général, moins encore à M. de Saint- Vallier, allant qui plus est, à l'égard de ce dernier, jusqu'à des insinuations blessantes si soigneusement distillées qu'elles laissent
presque reconnaître l'aveu *. Il avait fait précéder son pli, Tavant-veille, par une allusion à des rapports qu'il assurait exister entre la presse de France et celle d'Autriche, en se plaignant d'ailleurs que la presse allemande, inspirée par la chancellerie, « dépréciait les éléments monarchiques en France ». Au ton de ces réponses, à la dissidence persistante qu'elles affectaient, il ne pouvait être douteux que l'ambassadeur obéissait décidément à d'autres inspirations que celles de son gouvernement, et qu'il entendait élever les siennes contre ces dernières. M., de Saint-Val lier, quelques jours auparavant, en transmettant à M. Thiers, le texte du télégramme du chancelier reçu au quartier général, regrettait que les ce informations moins rassurantes » dont celui-ci parlait vinssent probablement du comte d'Arnim; mais il affirmait que la personne de l'ambassadeur était « un mal nécessaire avec lequel il fallait tâcher de vivre le mieux possible ». C'est-àdire que le chancelier pouvait bien reprendre hiérarchiquement son subordonné, voire le désavouer, non toutefois faire cesser ses services. Or, à le désavouer ce n'était évidemment pas à lui qu'il y avait lieu de parler, mais en réalité à un parti, un parti de cour dont était l'ambassadeur, parti inquiet, surveillant la politique, devant lequel il faudrait peut-être lire ultérieurement les dépêches et les faire approuver. Il s'agissait d'abord de ramener l'ambassadeur à la subordination d'idées et d'attitude que commandait son rôle, après quoi, le cas échéant, de le mettre pour ainsi dire à l'écart des affaires de France. Le ministre
1. Procès d'Arnim, p. 64-66; lettre confidentielle au prince de Bismarck.
des Affaires étrangères remplit le premier soin, tandis que la veille M. de Bismarck, écrivant privément au général de Manteuffel, lui mandait : ce Vous pouvez « dire au comte de Saint-Vallier, dans vos conversa- (( tions confidentielles avec lui, que Sa Majesté le roi a et que moi-même nous demeurons favorables au c( gouvernement actuel de la France et que nous n'ap- « puyons ni ne partageons aucune expression d'opi- (( nion, quelle qu'en soit V origine^ qui serait hostile « à la personne du Président ou au gouvernement « qu'il dirige* )>. Rarement direction fut donnée avec une précision plus catégorique que par la dépêche des Affaires étrangères, et plus de raideur mise à informer un agent que ni les dépréciations auxquelles il se livre sur le gouvernement auprès duquel il se trouve accrédité, ni la peine qu'il se donne d'attirer d'un autre côté la considération du sien, ne conviennent au souverain et au chancelier de l'Empire. « Des « vues très divergentes peuvent exister sur les dan- « gers à provenir du gouvernement de M. Thiers, <( écrit M. de Balan. Nous pouvons favoriser les élé- « ments dont l'action répond à notre intérêt, mais « pour cela nous devons attendre qu'ils entrent en « scène et non pas vouloir les utiliser à la façon d'un c( conspirateur ». C'est après cela que pour mieux spécifier, et ayant en vue entre les partis qui agitaient Versailles celui dont la presse allemande avait déjà souvent dénoncé les menées comme un danger allemand, il écrivait ce qui a été cité dans un chapitre précédent, qu'en aucun cas le gouvernement impérial ne pouvait « marcher avec les légitimistes », parce