P7vcês d'Arnim, p. 92 à
paraissent que simple rectification de conduite et instructions de principe sur la nécessaire subordination de l'agent aux idées dont son gouvernement s'inspire, sur l'étroite obligation pour lui de contrôler ses dires et de regarder juste *. L'ambassadeur parlait évidemment pour les adversaires du chancelier; il avait visisiblement pied chez eux : à cause de cela celui-ci garde envers lui, quoiqu'il en soit maintenant plus que détaché, l'apparence de la considération la plus correcte, même en le relevant au sujet de ses insinuations sur des relations avec Gambetta. Il ne lui fera plus répondre, toutefois, ou il ne lui répondra plus qu'avec sécheresse ou sur le ton d'ironie dont on se sert envers qui est subi faute de ne pouvoir encore être écarté *.
1. La dépêche se termine par ce paragraphe, dont chaque mot condamnait les procédés de Tambassadeur, mais dont le Ion ne pouvait, cependant, légitimer une critique : « Je suis persuadé « que cette dilTérence d'opinion disparaîtrait peu à peu, si vous « soumettiez toujours à un long et minutieux examen vos « impressions concernant les alTaires françaises et allemandes, « avant de rédiger vos rapports, que je suis forcé de soumettre « à Sa Majesté, et qui nous servent, suivant les circonstances,
* de pièces justificatives devant le Parlement et devant les cabi- « nets étrangers. De celte façon, vous donnerez à vos rapports « plus d'harmonie et de certitude, conditions sans lesquelles je « ne saurais y puiser d'impressions sûres et durables pour pré- « parer les rapports que je fais moi-même à Sa Maijeslé ». {Pî'ocès d Amim, p. 73 à 75.)
2. Le chancelier, on vient de le dire, ne laissait point passer sans les relever les insinuations renouvelées du comte d'Arnim sur de prétendus rapports complaisants avec Gambetta. A la fin de cette dépêche du 20 décembre 1872 il aborde acerbement ce point, mais sans s'écarter pourtant du ton diplomatique : « Pour
* des raisons purement de forme, je prends la liberté de vous « faire encore l'observation suivante. Vous dites dans votre rap- « port du 16 de ce mois, que l'on croit que le gouvernement « entretient des relations indirectes avec M. Gambetta. Si V. E. « se rappelait que le gouvernement allemand est dirigé en pre-
Le représentant de TAllemagne à Paris continuera ses thèmes, mais il ne sera plus employé que pour la règle aux affaires de l'évacuation de la France. Tout à l'heure x\I. de Bismarck va faire conduire en dessous par M. de Manteuffel la revision du traité du 29 juin, or ce sera sous la condition expresse que le comte n'en sache rien. Ce dernier y prendra part, mais uniquement parce qu'il est l'ambassadeur et que la règle oblige à se servir de l'ambassade.
Quoi qu'il en soit, la fin de l'année 1872 nous trouvait dans des conditions à espérer un plus prochain affranchissement de notre territoire que ne l'aurait permis le traité du 29 juin. De la part du gouvernement présidentiel l'obsession d'atteindre ce but final a été de toutes les heures, du premier jour jusqu'au dernier. Ce n'était assurément pas nous humilier, que de reconnaître au général de Manteuffel l'active et efficace participation qu'il y avait prise. Moins qu'à tout autre moment antérieur, le Président
« mière ligne par l'Empereur en personne, V. E. qui connaît la « manière de voir de Sa Majesté, sentirait que cette allégation « contient une offense personnellement pénible au souverain; « mais si vous croyiez néanmoins devoir la placer, dans l'intérêt « du service, dans un rapport officiel, il me paraît que vous « devriez être, plus explicite et ne pas parler d'un simple on; « vous devriez aussi mieux démontrer l'utilité de pareilles « insinuations que vous ne l'avez fait. V. E. trouverait certai- « nement déplacé, et cela avec raison, que je me permisse, dans « mes dépêches officielles, de me faire l'écho de bruits qui « pourraient courir d'une manière analogue, sous un simple « on, sur l'ambassade allemande à Paris, bruits pareils à celui « suivant lequel le gouvernement impérial allemand aurait des «« relations avec Gambetta. Si je faisais pour les besoins du « service de pareilles allusions dans mes dépêches officielles, « je me baserais certainement sur une autorité digne de foi, « que je pourrais au besoin nommer. »
aurait donc oublié maintenant les prévenances envers le commandant de l'occupation. La veille de Noël, autorisant M. de Saint- Vallier à s'absenter quelques jours, il le chargeait d'abord de présenter au général ses vœux de nouvel an, et ce dernier répondait aussitôt le pli suivant. Il y exprimait une fois de plus le prix attaché par lui aux témoignages de M. Thiers, et en outre, sans craindre de ne pas se montrer assez Allemand, il y montrait à la fois combien il eût souhaité de voir l'occupation moins longue et le gré qu'il savait au commissaire français d'avoir tant contribué à la rendre supportable, non pas uniquement pour la France : (( Monsieur le Président, j'ai une très a belle lettre en bon français à côté de moi, écrite par (( les plumes françaises qu'on a attachées à mon quar- « tier général; mais copier une lettre cela ne me va a pas. Je compte sur l'indulgence de Votre Excellence a et j'ose lui écrire dans mon français à moi. Le comte a de Saint- Vallier part pour Paris et je ne voudrais a pas le laisser partir sans profiter de cette occasion (( pour exprimer de nouveau à Votre Excellence mes « sincères remerciements d'avoir bien voulu le choisir « pour l'emploi qu'il occupe à Nancy. L'histoire nous ft apprend — et qui le saurait mieux que le grand « citoyen qui ne se contente pas de l'exemple de (( Salluste, mais qui après avoir fait de l'histoire et a après l'avoir écrite, en fait de nouveau! — Eh bien ! « l'histoire nous apprend que les difficultés augmen- (i tent avec la durée d'une occupation, que toutes les ce relations deviennent plus tendues. Le vaincu oublie a avec le temps sa défaite et en trouve des excuses, le (( vainqueur au contraire garde toutes ses prétentions a et demande la reconnaissance de son . triomphe.
« Grâce aux sages instructions qu'a données Votre (k Excellence, grâce à sa haute politique qui a pour oc but Tapaisement des esprits et le maintien de la paix, « mes relations dans le terrain occupé ne s'empirent « pas. Je le dis avec conviction, que la part du lion en « appartient au comte de Saint-Vallier. Le zèle infati- (( gable, la consciencieuse activité, les efforts dévoués, « la prudence et le tact sûr du comte de Saint-Vallier, « le patriotisme dont il fait preuve dans sa position ce difficile et souvent pénible — toutes ces qualités lui a ont fait gagner mon estime et ma confiance. Le a comte a rendu et rend journellement de grands a services à la France et à l'Allemagne, car l'intérêt « que nous passons par cette période si difficile de « l'occupation militaire sans secousses ni graves agi- « tations, est le même pour les deux pays. Je tiens à « cœur d'exprimer tout cela à Votre Excellence et de c recommander de nouveau le comte de Saint-Vallier « à son illustre chef.
(( Votre Excellence a eu la bonté de me faire expri- « mer ses vœux de bonne année par le comte de Saintci Vallier et je l'ai prié d'être l'interprète de mes « remerciements respectueux, mais je ne rends pas « encore aujourd'hui ces vœux; je suis superstitieux, a je tiens à les exprimer à Votre Excellence le jour « même de l'année et je le ferai malgré toute la presse <îc européenne, car jamais je ne cacherai la haute con- « sidération que je porte à Votre Excellence et l'admi- « ration que j'ai pour Elle.
a Je prie Votre Excellence d'agréer les assurances a de ma très haute considération et de mon profond a respect. E. Manteuffel. — Nancy, ce 26 décemd bre 1872. »
M. Thiers, sorti momentanément, par une modification ministérielle, ides difficultés qu'avaient ouvertes les propositions de son gouvernement à l'Assemblée nationale, était avide de détails sur le changement qui s'opérait à Berlin. C'est de vive voix que M. de Saint- Vallier les lui apporta, il n'en reste pas trace. Mais en attendant que le commissaire extraordinaire vint remplir l'impatience du Président, celui-ci avait répondu sur les premiers avis. Sa lettre n'atteste pas uniquement la satisfaction dont le comblaient le langage de la Gazette de V Allemagne du Nord et le commentaire que le chancelier en avait donné à M. de Manteufi'el; à qui n'a pas connu les péripéties du drame politique d'alors, elle apprend dans quels sentiments M. Thiers envisageait le conflit qu'il venait de soulever.
a Versailles, 10 décembre 72.
c Mon cher monsieur de Saint-Vallier,
a J'ai reçu vos dernières dépêches et je me hâte de vous en remercier. Je vous prie d'en remercier et très vivement M. de Manteuffel, et de lui dire que je suis toujours bien touché de son amitié qui n'est pas une amitié passive, mais très active au contraire et très efficace. L'article en question a été ici d'un très bon effet et a fait contraste avec l'attitude de M. d'Arnim qui a, pendant la dernière crise, affecté de ne point paraître à Versailles, sous le prétexte que son gouvernement devait se montrer soigneusement étranger à nos divisions. Du reste, je vous dis cela pour vous seul, car je n'attache pas à ces détails plus d'importance qu'il ne faut. D'ailleurs la crise est apaisée, du moins pour le moment. Mais ce moment était le plus
difficile à passer et une fois franchi il ne se reproduira pas aussi grave s'il vient à se reproduire. Quant à moi, j'ai fait une concession qui ne m'a pas coûté, parce que j'ai fait des choix qui étaient depuis longtemps dans ma. pensée, mais j'ai cédé dans une certaine mesure, pour que les graves suites d'une rupture ne soient pas à mon compte, mais au compte des brouillons ambitieux qui ne se font aucun souci de troubler le pays, et de le jeter dans les aventures. Être déchargé du fardeau que je porte me serait un grand soulagement, mais voir mon pays, qui s'avançait dans la voie de l'évacuation, qui reprenait sa considération en se montrant capable de tenue et de conduite, le voir replongé dans l'incertitude, dans l'anxiété, dans cette déconsidération suite de l'instabilité, m'est très douloureux et je ne me raidis contre les difficultés que pour écarter ces nouveaux malheurs. Du reste, en ce moment l'apaisement se produit de toutes parts ; les vacances de la fin de Tannée écartant les gens agités contribueront à maintenir le calme et donneront à tout le monde le temps de réfléchir. J'espère donc que la transition de Tannée qui finit à Tannée qui commence sera paisible et nous conduira à un temps meilleur. Je ne vois aucun obstacle à votre voyage ici, si vous n'y voyez aucun inconvénient en ce qui concerne Nancy ; choisissez donc le moment qui vous conviendra et ne quittez pas Nancy sans porter à M. de Mauteuffel l'assurance de mes sentiments dévoués.
(( Recevez mes sincères amitiés,
((A. Thiers. »