‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 93 sur 128 · Saint- Vallier à M. Thiers, 30 janvier · texte numérisé non relu

Saint- Vallier à M. Thiers, 30 janvier

ft cieuses et elles vont nous servir de guide dans la a conduite que nous avons à tenir dans la grande « et patriotique affaire de Tévacuation ». La veille de ce billet, au reste, M. de Gontaut, écrivant à Versailles, confirmait les intentions du prince de Bismarck, et M. d'Arnim venait en donner la preuve par une première conversation. Comme ressources, nous étions à l'opposé de Thypothèse dont avait parlé M. de Manteuffel. M. Thiers le disait à la fin de sa lettre : « Quant à notre situation financière, la voici : Nous « aurons le 1®' mai le quatrième milliard (1" au 5), nous « aurons à cette époque une grande partie du cin- « quième et dernier milliard, sans recourir aux garante ties financières. Pour le restant de ce cinquième a milliard, la plus facile opération de trésorerie, nous « regardant seuls, nous permettra de nous acquitter « en entier. Restera à fixer les époques précises et « le mode de l'évacuation totale. Je vous tiendrai au « courant de tout et je vous prie d'assurer M. de Mana teuffel de ma gratitude patriotique et personnelle. « Secret absolu sur le tout. A vous de cœur » .

La joie bien légitime de voir la négociation s'ouvrir et de se trouver si bien à même de la suivre, s'atteste dans ce pli du Président. M. de Bismarck, en même temps, va être pressé d'aboutir, impatient même. Gomme, en politique, on cherche la raison de tout et que ce n'est pas toujours à tort, il fut supposé alors par quelques-uns que le chancelier savait M. Gladstone fort ébranlé en Angleterre, le retour prochain de M. d'Israëli au gouvernement, et qu'il tint à en avoir fini avant ce changement afin d'éviter, de la part du nouveau ministre, des démarches en notre faveur qui n'eussent peut-être pas cadré avec les données

allemandes. La chose n'est pas impossible, tout au moins dans une mesure, quoique aucun document n'en présente Tindice. En fait, le ministère Gladstone s'affaissait visiblement lorsque le chancelier prescrivit au comte d'Arnim de questionner le Président de la République. Le 12 février ce ministère démissionna, mais le 17 il reprit le pouvoir à titre intérimaire jusqu'à ce que M. d'Israëli fût prêt ; or M. de Bismarck avait terminé avec Versailles avant que cela eût lieu. D'autres considérations expliquent d'ailleurs cette hâte, sans parler de la nature personnelle du chancelier, de sa brusquerie parfois fantasque, toujours impérieuse, qu'il lui aurait plu d'exercer, cette fois, comme une revanche des lenteurs tiraillées et impolitiques auxquelles il avait été obligé d'assister et de présider en apparence l'année précédente. Il était sans doute dans l'état présent des choses, en Allemagne, de ne pas laisser traîner les pourparlers. Le chancelier venait de soutenir, près d'une année durant, une lutte remplie d'âpreté, dans la politique intérieure qu'il avait crue nécessaire à l'Empire nouveau. Il sortait de la crise ce plus puissant que jamais », mandait M. de Saint- Vallier à cette heure même * ; cependant, était-il tellement maître qu'il ne jugeât pas à propos d'éviter de donner prise aux retours, et ne trouvât utile en conséquence de mettre le fait accompli entre les éventualités et lui? N'y aurait-il pas d'ailleurs, vis-à-vis de l'Europe comme pour la liberté d'action du gouvernement impérial, un réel avantage à avoir assuré à court délai la rentrée complète de la rançon de la France, rendu la liberté à celle-ci, ouvert par là le

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