Berlin, 23 décembre 1872 {Procès d'Atmirn, p
2. Ibid., p. 85 à 96. — M. d'Arnim, dans ce rapport du 22 janvier, allait jusqu'à cette naïveté d'infaluation : « En un mot, de « quelque classe de la société que soit l'allemand qui vit en « France, jamais il n'arrivera à jouir du sentiment agréable que « l'on éprouve à appartenir à une nation victorieuse. Le désir « de se venger dans les petites choses d'un grand malheur - respecte dans certains cercles étroits ma personne, mais ne « désarme que devant elle. »
l'interprétation qu'il faut donner à cette dépêche, car en tout autres termes, dans ce même moment, M. de Bismarck parlait de nous avec M. de Manteuffel, le chargeait de nous parler, et l'Empereur Guillaume parlait de M. Thiers et de son gouvernement.
La correspondance antérieure du comte d'Arnim autorise à dire que s'il se livrait à ce renouvellement d'acrimonies, c'était avant tout parce que le gouvernement du Président se consoliderait peut-être par un vote. Retarder l'entente avec son gouvernement à lui, devait naturellement s'indiquer à son esprit comme un moyen utile de faire échec à M. Thiers, dans le différend visiblement sérieux qui régnait à Versailles. Il avait à sa disposition le procédé facile, trop certain si M. de Bismarck ne s'était pas adressé ailleurs en même temps qu'à lui, de présenter autrement qu'elles n'étaient les propositions qu'il avait entendues. On ne supposerait sans doute point qu'il les avait comprises à rebours : rien n'était donc simple comme de paraître répondre à son mandat en envoyant néanmoins tout autre chose que ce qui lui aurait été dit. C'est exactement ce qu'il fit. Le général de Manteuffel met sous les yeux de M. de Saint- Val lier, le 20 février, une lettre de M. de Bismarck qui attesterait trop évidemment l'inaptitude de l'ambassadeur, pour qu'elle ne montre pas, plutôt, sa volonté préconçue d'être un traducteur infidèle. M. Thiers l'avait entretenu le 4. A ces dates, presque toutes les heures étaient dépensées avec a les Trente », de sorte que le Président n'avait pu, avant le 10, informer Nancy de ses pourparlers. Ce jour-là, ayant le temps et étant parfaitement renseigné par M. de Gontaut sur la situation à Berlin, il écrivait à M. de Saint-Vallier : « Je sais que M. de Bismarck
((incline vers Tévacuation, mais que le Roi, quoique (( se montrant très bienveillant à mon égard, a besoin a d'être rassuré sur l'aspect des choses en France, ce Une fois les choses arrangées, par les Trente eux- « mêmes ou par la Chambre, on nous dit que la négo- (( dation marchera. En attendant nos versements mar- (i chent et il faudra bien que Texécutibn du traité marche ce aussi ». Après cela, il précisait catégoriquement les offres par lui détaillées à l'ambassadeur, et elles étaient nettes et positives : ce J'ai vu M. d'Arnim (( le 4 février, et j'ai commencé les pourparlers; il a (( été attentif, plus aimable que de coutume, et, sans (( le dire, paraissant être de notre avis. Ce que je lui ce ai proposé à titre d'avant -projet susceptible de (( discussion, c'est de prendre un terme moyen comme « celui-ci par exemple : le deuxième milliard payé en ce mai, on n'évacuerait pas les deux départements a qu'on nous devrait, mais en retour on devancerait ce l'évacuation des deux autres départements d'un temps ce égal à celui dont nous aurions prolongé l'occupation ce des Vosges et des Ardennes. L'évacuation s opérerait (( alors d'un seul coup pendant que s'accomplirait le a versement du troisième milliard. Ainsi par exemple? a si le deuxième milliard était payé au l*"" mai et le ce troisième au l^"" septembre, on évacuerait totalement ce au l^'- août. Si on pouvait mieux faire, nous le préci férerions, mais voilà à peu près ce que j'ai présenté ce comme objet de discussion. M. d'Arnim m'a promis ce de faire son rapport, et de me donner la réponse dès ce qu'il l'aurait. »
C'étaient donc les propositions les plus simples et les moins hors de propos, que l'ambassadeur avait été à même de faire connaître le 5 février. Notre état
politique, bien qu'on y regardât, à Berlin, ne donnait pas d'inquiétude réelle, car le 12 M. de Saint- Vallier pouvait adresser au Président ce résumé d'une lettre écrite l'avant-veille à M. de Manteuffel par le général de Treskow, à l'issue d'une conversation du Roi : « Sa Majesté s'est exprimée dans les termes les plus ce hautement sympathiques pour votre personne, votre « politique et votre gouvernement. M. de Treskow dit a dans sa lettre qu'il a été frappé de la vivacité des « éloges de son souverain. Le Roi a dit qu'il professait ce une véritable admiration pour votre caractère et « qu'elle lui était surtout inspirée par la ferme et si ce courageuse loyauté avec laquelle il vous voyait pource suivre depuis deux ans la grande œuvre du rachat ce de notre pays, à travers des obstacles et des diffice cultes que tout le monde avait cru insolubles au ce début. Sa Majesté a ajouté qu'elle voyait approcher ce avec plaisir le terme d'une de vos plus dures épreuves ce et qu'elle était satisfaite de la conduite du général ce de Manteuffel, qui avait bien compris ses intentions ce en évitant de donner à l'occupation un caractère ce pénible qui aurait accru vos embarras. Le Roi a ce enfin exprimé son désir de vous voir, dans l'intérêt ce de la paix de l'Europe, garder longtemps la direction ce des affaires de notre pays et sortir heureusement (( des crises parlementaires. M. de Treskow termine ce sa lettre en disant qu'il a eu un entretien avec M. de ce Bismarck, qu'il a trouvé animé des mêmes dispoce sitions que le Roi. » Or l'ambassadeur n'avait pas transmis le moindre mot de 1' ce avant-projet » de M. Thiers, mais absolument tout le contraire. Sa manière avait toujours été de prendre un détail de conversation, même insignifiant, un hors-d'œuvre peut-
être mal compris, et de partir de là comme du thème de l'entretien; il pratiqua maintenant cette manière plus que jamais. C'est par le chancelier que l'on apprend ce qu'il avait envoyé. Quand celui-ci met en regard des informations du comte d'Amim les indications si précises arrivées de Versailles par l'entremise de M. de Saint- Vallier, il ne revient pas de la différence, et non seulement il en témoigne son mécontentement au général de Manteuffel, mais qui plus est, au dire du plénipotentiaire, il ne dissimule pas l'intention de demander prochainement au Roi le déplacement du comte d'Amim *. En tout cas il n'entend point que la négociation soit déviée par ce dernier ou qu*il l'encombre de ses conceptions diffuses ou louches, dont mieux que personne il est à même de deviner qu'elles cachent un calcul. Il adresse donc au général de Manteuffel, outre ses plaintes sur l'ambassadeur, une autre lettre dans laquelle, sous le bénéfice de la mention « très confidentielle » placée en marge, il expose ce qu'avait mandé le comte. Signalant après cela la différence avec ce qui venait de Versailles, il fait appel à M. de Saint- Vallier pour savoir par lui les vues véritables du Président et éclairer celui-ci d'avance sur celles du gouvernement impérial. Il faut ici transcrire entièrement la traduction que le plénipotentiaire français adresse à Versailles, traduction littérale, a-t il soin de dire ' :
(( Berlin, 18 février 1873.
(( Votre Excellence, « Je m'empresse de vous remercier de votre lettre