‹ M. TringleChapitre 4 sur 12 · LA SOIRÉE DE MADAME BROU · texte numérisé non relu

LA SOIRÉE DE MADAME BROU

Plein d'iyresse , M. Tringle enfila le . corridor qui conduit au premier étage de la maison habitée par les Brou, se demandant de quelle façon il entrerait. De- Yait-il apparaître la tête en bas, les jambes en Fair, ou se présenter avec une exquise politesse, en galant chevalier français.^

M. Tringle s'abandonna à l'inspiration du moment; ayant modéré ses frénésies, qui faisaient un ennemi de chaque sonnette qu'il avait rencontrée sur son chemin, discrètement il tira le cordon.

Un bruit léger se fit entendre à l'intérieur, et Mlle Brou elle-même vint ouvrir la porte.

(( Mademoiselle..., » dit M. Tringle, se ployant en deux de telle sorte que sa queue en trompette, comme il se dit familièrement, se mit en frais de politesses frétillantes !

La physionomie de Mlle Brou ne laissait paraître

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crhalDitude que de rares impressions, el offrait quelque ressemblance avec les poupées des marchandes de modes, assistant dans leur yitrine au passage d'un bataillon de cavalerie. Aussi parut-elle démesurément étonnée.

(c Madame votre mère se porte bien.^ » reprit M. Tringle qui redoubla d affabilité.

En même temps, M. Tringle

entra dans le vestibule et se

trouva sur le seuil de la salle à manger, où Mme Brou,

entourée d'étoffes, était assise près dune table éclairée

par une lampe.

Non sans dépit M. Tringle se dit :

« Je suis arrivé trop tôt. »

Toutefois il n'en salua pas moins respectueusement Mme Brou qui, laissant couler un regard de côté sons ses conserves, regardait avec des lèvres pincées fctre bizarre qui sollicitait la faveur de déposer ses bommag(\s à ses pieds.

IMIIc r>ion s'élait assise près de sa mère, et les deux

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dames se conmumiquaient leurs muettes impressions ayec des regards si étonnés, que M. Tringle crut d'abord quun accroc avait détérioré le brillant costume de diable pendant ses folies à travers les rues.

Un certain silence succéda à cette fâcheuse arrivée, M. Tringle se gendarmant d'être arrivé sitôt.

(( Pardon, monsieur, dit Mme Brou, qui faisait de visibles efforts pour engager la conversation.

- — Madame.... ))

Embarrassé, M. Tringle n en dit pas davantage. Les yeux baissés, il sentait les regards de Mme Brou le parcourir des pieds à la tête, depuis les griffes jusqu'à la perrucjue. Inquiet comme un soldat devant un officier sévère, il se.

demandait:.

(( Suis -je irréprochable.^ ))

Mme Brou ayant encore une fois regardé sa fille, comme pour prendre conseil avant d'ouvrir le feu :

(( Je ne vous remets pas au premier coup d'œil, monsieur, )) dit-elle.

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Ce qui . entraîna M. Tringle à des éclats de rire considérables.

Son effet était obtenu!

Mais le célibataire s aperçut que Mme Brou ne goûtait pas cette gaie humeur.

Les lèvres des dames se pinçaient. D un signe plein de noblesse, Mme Brou fit signe à sa fille de se tenir droite.

On eut dit des juges allant rendre leur arrêt. (( Eh quoi ! mesdames , ne me reconnaissez - vous pas? )) demanda M. Tringle fier de son déguisement.

Encore une fois le célibataire passa sous la toise de regards perçants, et un nouveau silence succéda à cette singulière présentation, pendant laquelle les ciseaux de la mère et de la fille faisaient de grands craccrac dans les étoffes.

(c Ces dames sont en retard pour leurs costumes.'' » se hasarda à dire M. Tringle.

Mais comme on ne lui répondait pas, une pointe de mauvaise humeur s'empara du célibataire, qui pensa quen ces sortes de fêtes l'heure devait être mise au bas des lettres d'invitation.

Les moustaches gommées^ commençant à tirer la peau des joues et des lèvres, donnaient à M. Tringle de furieuses envies de se gratter; en même temps des gouttes de sueur produites par l'épaisseur de la perru-

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que descendaient sur Faccent circonflexe des sourcils, s arrêtaient au bord des cils, tombaient sur le fard des joues et inquiétaient M. Tringle, qui n osait se regarder dans la glace, craignant que rharmonie de sa physionomie ne fût détruite.

(( Il fait bien bon chez vous, mesdames, » se hasarda-t-il à dire.

Intérieurement le célibataire espérait goûter aux rafraîchissements de la soirée, car les exercices de la route Favaient altéré outre mesure.

Les dames Brou ne parurent pas comprendre cette

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demande, laissant M. Tringle étonné de la tranquillité de la maîtresse de la maison qui, à celte heure, aurait du préparer les gâteaux, le sirop et le punch.

Aucune odeur n'arrivait de Textérieur. Certainement le punch ne chaulait pas à l'office dans la bouilloire.

(( Si encore quelque masque entrait I se disait

li'"'^

M. Tringle. Un costume nouveau détournerait de moi ces terribles regards. ))

Mais les invités ne se pressaient pas !

Lentement, lentement, le balancier de la pendule annoncail l'insaisissable destruction d'une minute par une autre.

M. Tringle tenta de ranimer la conversation.

(( On dit partout, madame, c[ue votre ])al sera on ne peut |)lus brillai il. »

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Encore une fois les ciseaux s'arrêtèrent, et Mme Brou jeta de nouveau un long regard sur M. Tringle, des pieds à la tête.

«Certainement, pensa le célibataire, quelque accroc malséant se fait remarquer sur ma personne. »

De ses griffes, car le maillot se prolongeait jusqu au bout des doigts, M. Tringle se palpa, désespéré de navoir pas un plus yif sentiment du toucher.

(( Ces dames terminent leur costume, sans doute? )) dit-il.

Malgré les morsin^es des ciseaux qui se jetaient sur l'étoffe avec l'avidité d'un brochet, le célibataire se demandait à quelle heure avancée de la nuit ces étoffes seraient cousues. Et comme il manifestait son regret de ne pouvoir déjà admirer les dames dans tout le déploiement de leur costume :

(( A quoi bon nous habiller huit jours avant le bal, dit Mlle Brou.

— Huit jours avant le bal? s'écria M. Tringle, grand Dieu!

— Nous ne sommes pas invitées à la soirée où vous vous rendez, monsieur, dit Mme Brou qui alluma une bougie et se leva pour indiquer au mauvais plaisant que sa visite s'était déjà trop longtemps prolongée.

— Le bal n'a-t-il pas lieu aujourd'hui? reprit le célibataire d'une voix atterrée.

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Jai eu rhonneur de vous dire, monsieur, que

notre salon ouvrira le 18 de ce mois. )^ M. Trinsle bondit sur sa chaise.

(( Le 18? s'écria-t-il. La lettre d'invitation portait le 8 -février. Ah! pauvre

'ringle !

— Comment, demanda Mme Brou y vous seriez monsieur Tringle? »

Mais c'était au tour du célibataire de ne plus répondre. ]^a perruque plongée dans les mains, il pensait à la sotte entrée quil avait i'aite dans la maison.

(( Fâcheux contre - temps , monsieur Tringle I disait Mme Brou. Je me demandais aussi quelle étrange idée poussait un inconnu à nous rendre visite dans ce costume.... »

M. Tringle n écoutait plus ; son front ruisselait de sueur. De quel ridicule ne se couvrait-il pas vis-cà-vis de Mlle Brou dont la physionomie si calme d'habitude, prenait des leintes de raillerie !

S'habiller en diable huit jours avant un bal, cela

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ne s'était jamais yu. Un dégnisement si bizarre ponvait-il se porter denx l'ois?

Et cette queue sur les agaceries de laquelle M. Tringle comptait, il faisait maintenant mille efTorts pour la dissimuler derrière le fauteuil; mais il n'y parvenait quavec peine, tant le ressort était souple. Au moindre mouvement, la houpette qui la terminait apparaissait sur les bras du fauteuil, tantôt d'un coté, tantôt dun autre.

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