‹ M. TringleChapitre 5 sur 12 · AMÉNITÉS DES DAMES BROU · texte numérisé non relu

AMÉNITÉS DES DAMES BROU

Le sentiment qu'un être possède de sa situation ridicule est de ceux qui paralysent les plus heureuses facultés. M. Tringle en était arrivé à s'asseoir comme

un solliciteur, tout à fait sur le bord du fauteuil.

(( Le perruquier aurait au moins dû vous prévenir, monsieur Tringle, qu'il n'y avait pas de soirée aujourd'hui chez moi, et c[ue je n'avais pas pour habitude de recevoir un vendredi. ))

M. Tringle, quoique accablé, sentit que Mme Brou lui reprochait son indiscrète visite; mais la honte le clouait sur le fauteuil et l'empêchait de prendre congé des dames.

(( En effet, dit M. Tringle, M. Chabre m'avait annoncé que personne ne s'était fourni de costumes dans son magasin.

MONSIEUrx TRINGLE.

— Loue-t-oii des costumes chez ce peniiquiei ? ajouta Mlle Brou d'un ton dédaigneux.

— Chabre yous a joué ini mauvais tour, monsieur Tringle, reprit Mme Brou. ))

(( Il voulait enfin placer un costume accroché depuis tant d'années à sa fenêtre, répliqua Mlle Brou.

Ainsi Mlle Brou méprisait le costume de diable!

— l\ji\ bien trente ans que je vois ce diable pendu au premier étage de Chabre, dit Mme Brou.

— L'a-t-on décroché pour vous.^ demanda malicieusement Mlle Brou.

— Cest une indignité que cFaffubler un honnèlc homme d'un pareil nid à poussière! dit la mère.

— J'ai yu un jour des -hirondelles s'envoler du fond du pantalon, continua Mlle Brou; certainement elles y faisaient leur nid.

— S'il n'y avait rien que des hirondelles, ajouta Mme Brou; mais des moisissures et d'horribles toiles d'araignée! ))

M. Tringle tressauta ; il sentait des fourmillements par tout le corps et les blessures faites à son amour -propre étaient tellement considérables qu'il eût pris en haine les deux dames , si les six mille livres de rente de Mlle Brou n'eussent pallié ces sarcasmes.

(( Pourquoi ne pas nous avoir consultées, monsieur Tringle, sur le choix de votre travestissement?

— Je croyais,' madame, que ce costume de diaJ)le obtiendrait quelque succès.

— Oh! fit dédaigneusement Mlle Brou.

— Vous avez encore huit jours devant vous, reprit Mmelirou... Nous organisons un bal Louis XIII... Tenez, voici du jaconas dans lequel ma tille et moi taillons des costumes de marquise... Ce sera très-disliiigné... L'époque Louis XIII est féconde en costumes... A votre place, monsieur Tringle, je chercherais dans les costumes Louis XIII.

MONSIEUR TRINGLE

— Un diable Louis XIIII s'écria M. Tringle.

— Ne

[on, non, plus de diable... Vous seriez beaucoup

mieux en seigneur. »

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