CHAPITRE IX
Morfondu, trempé jusqu'aux os, craignant d'être recouvert d'une enveloppe de glace s'il restait immobile, M. Tringle traversa la ville comme un cheval échappé.
Sans savoir où il allait, le célibataire bientôt se trouva en pleine campagne, sur une route blanche, sèche et sonore, bordée de maigres buisons qui n'offraient aucim asile.
La lune envoyait de pales baisers aux cristallisations des brindilles des arbres et les glaçons craquaient sous les pieds de M. Tringle ,
(( Faut-il ainsi périr! ))
Cependant, tout au loin, une petite lueur lui sembla la réponse de la Providence, qui ne voulait pas encore la mort d'un pécheur.
qui
s'écria
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M. Tringle prit sa course dans les environs de la lumière.
(( Le plus inhumain des mortels, pensait-il, ne me refusera pas assistance à cette heure ! ))
En avançant, M. Tringle s'aperçut que cette lumière s'échappait d'une fenêtre d'un- hauieau, éloigné d'une
lieue de la ville. Comme il comiaissait les fermiers qui venaient vendre leurs produits au marché:
(( Au moins, se dit-il, pourrai-je emprunter quelque chaude limousine et revenir aux Ilettes sans trop de ridicule. )) .
Arrivé devant la première maison du hameau, M. Tringle fut reçu par un gros chien enchaîné dont les aboiements considérables ne déplurent pas au célibataire, car les bruits réveilleraient nécessairement les gens de la ferme, auprès desquels il pourrait demander asile.
M. Tringle s'étant approché de la porte charretière.
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le dogue poussa des hurlements menaçants, qui eussent fliit peur à tout autre qu'à un homme nourrissant la pensée c[ue ces aboiements inaccoutumés feraient lever un garçon de ferma
Le dogue se meurtrissait le cou à tirer la chaîne qui rattachait à sa niche. La douleur autant que Fcmoi
quil éprouvait de se trouver en face d'un diable possédant une queue comme lui, donnait à ses aboiements une extrême violence.
Jusque-là, M. Tringle considérait cette rage sans inquiétude. Pourtant le bruit de la chaîne, que vint à casser le dogue par un effort suprême, causa au célibataire une certaine émotion ; mais la porte charretière
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et les murailles étaient si hautes que le chien ne pouvait passer par-dessus.
Cette illusion ne fut pas de longue durée. Les ahoiemcnts qui un instant s'étaient perdus dans le lointain, se firent entendre peu à peu avec plus de so-^ norité. Le dogue revenait sur 'ses pas par un autre côté de la ferme. Alors seulement M. Tringle craignit qu après avoir fait le tour de la propriété, le chien
n'eût troué quelque haie ou franchi quelque muraille basse.
Les aboiements redoublaient.
A cinquante pas, M. Tringle aperçut le dogue menaçant qui accourait vers lui.
Eperdu, M. Tringle s'élauca après les branches d'un arbre.
Son émotion était telle qu'il grimpa jusqu'au sommet sans se rendre compte comment il y était parvenu.
Lui qui n'avait aucune agilité, était arrivé, par l'effroi du danger, à se hisser au haut d'un arbre au pied duquel le dogue aboyait, roulant des yeux sanglants, ouvrant une large gueule, garnie de crocs, tournant autour du tronc, comme s'il eût cherché le chemin qu'avait pris son ermemi.
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Cramponné aux branches, M. Tringle se sentit momentanément hors de danger; mais, la première émotion passée, le célibataire, roidi par le froid, se demanda avec terreur connnent il pourrait échapper à la gueule du terrible chien dont les tournoiements avaient quelque chose de vertigineux.
L'arbre longeait le nuir de la ferme; au mur était
adossée une cabane dont la cheminée laissait passer un maigre filet de fumée. M. Tringle n'hésita pas à quitter cet arbre dont le contact le glaçait. Avec une extrême prudence, il sauta sur le mur de la ferme, malgré les aboiements du chien. Là, s'étant appuyé sur le rebord de la large cheminée, M. Tringle entendit une voix de femme qui lui parut dune douceur angélique.
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Descendre par la cheminée fut un voyage plus rapide que M. Tringle ne se Tétait imaginé ; s'il en résulta quelques écorniflures pour le nez et les genoux, M. Tringle tomba sans trop de mal sur un lit de cendres.
Seulemenl deux cris d'effroi accueillirent son arrivée.
La fermière et le fermier, tirés brusquement de leur ])remier sommeil, poussèrent de tels cris, que M. Tringle, effrayé, ne fit que traverser la chandjre, ayant aperçu un escalier qui couduil à la cour de la
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l'eiine; mais les aboiements du dogue continuant de Fautre côté du mur, M. Tringle, pour dérouter lanimal, ouvrit une petite porte et, après une course à travers champs, se trouva au cœur du hameau, où il commença à respirer.