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CHAPITRE XXXII

Nous étions alors entrés sur les établissements blancs de la rivière Sabine, et, à notre grand étonnement, nous découvrîmes que, loin d'arriver à la civilisation, nous nous en éloignions; les fermes des Wakoes , les champs bien cultivés des Paunis Pietés , leur nombreux bétail , et leurs confortables demeures indiquaient, certes, une société bien plus avancée que celle qui avait construit en troncs d'arbres et en boue les misérables chenils de douze pieds carrés , auprès desquels nous passions. Les habitants étaient en harmonie avec les habitations ; tous les hommes étaient la vivante image de la méchanceté et de la misère ; les femmes sales et couvertes de haillons qui cachaient à peine leur nudité ; les bestiaux maigres et affamés, et les chevaux si faibles qu'ils ne pouvaient presque pas se tenir sur leurs jambes.

Où donc était la supériorité si vantée desTexiens sur la race indienne? Les individus dont nous étions entourés appartenaient-ils à cette classe d'êtres qui , n'osant résider sous la juridiction des lois, sont forcés de mener la vie des frontières, exposés à la famine et à toutes les horreurs de la guerre indienne? Nullement. Informations prises, nous sûmes que ces hommes des frontières étaient tous des mem lires plus ou moins éminents de la république texienne. L'un était général, l'autre colonel, plusieurs étaient orateurs de la chambre des représentants ; parmi eux se trouvaient beaucoup de membres du congrès, des magistrats et des juges. Malgré leurs hautes dignités, nous ne pensâmes pas qu'il fût prudent de nous arrêter au milieu d'eux, et nous hâtâmes le pas, la carabine en travers du pommeau de nos selles. Dans le fait, ces magistrats et ces grands personnages jetaient des regards si avides sur nos chevaux et sur nos sacoches, que nous nous attendions à chaque instant à être attaqués.

Après une course rapide de deux heures , nous arrivâmes à un second établissement, qui contrastait de la manière la plus singulière avec le premier. Ici , toutes les maisons étaient propres et spacieuses , les granges et les étables vastes et commodes, et, dans les champs, bien clos et couverts d'un tapis vert de trèfle, paissaient des chevaux et des bestiaux magnifiques.

En voyant ce confort et cette abondance, nous sentîmes renaître notre confiance dans la civilisation ; et remarquant , entre autres , une habitation entourée de jardins arrangés avec un certain goût, nous nous arrêtâmes et demandâmes l'hospitalité pour nous et nos bêtes. Trois à quatre jeunes garçons, vêtus très proprement, s'empressèrent de tenir nos chevaux , et un vénérable vieillard nous invita à lui faire l'honneur de nous asseoir à son foyer. C'était un Mormon , et il nous apprit que des centaines de fermiers appartenant à cette secte s'étaient établis dans le Texas oriental, à une courte distance les uns des autres , et que , si nous voyagions à travers les Arkansas, nous pourrions, si cela nous convenait, loger tous les deux jours à une ferme mormon jusqu'à notre arrivée sur la frontière méridionale de l'État de Missouri.

Nous résolûmes de profiter de ce renseignement, pensant que toutes les habitations mormons seraient aussi propres et aussi confortables que celle où nous étions ; mais nous découvrîmes plus tard que nous avions été dans une grande erreur, car, pendant les quinze jours de marche que nous fîmes entre la Sabine et un endroit appelé Boston, nous nous arrêtâmes pour coucher ou pour dîner à six fermes mormons, et nous trouvâmes que, bien différentes de la première que nous avions

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