‹ M. VioletteChapitre 12 sur 33 · II · texte numérisé non relu

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rencontrée , elles n'étaient rien moins que confortables et prospères. Une particularité , toutefois, attira notre attention, c'était que, pauvres ou riches , les planteurs mormons avaient tous de superbes chevaux et un bétail magnifique, et qu'ils avaient emmagasiné , dans leurs greniers et dans leurs granges, toute la récolte de la dernière année. J'appris plus tard que ces fermiers n'étaient que des agents à gages des chefs mormons , et que leur mission était de préparer les chevaux et les vivresnécessaires à une armée en campagne, au cas que Joe Smith et ses gens voulussent tenter une invasion en attaquant par l'ouest.

Un matin, nous rencontrâmes un constable texien qui allait arrêter un assassin. Il nous demanda l'heure qu'il était , attendu qu'il n'avait pas de montre, et nous dit que nous n'étions plus qu'à quelques minutes de distance d'une nouvelle ville nommée Boston. Nous regardâmes de tous les côtés, et ne vîmes aucun indice qui annonçât la proximité même d'un village. Ce ne fut qu'en sortant d'un marécage, que nous avions mis une heure à traverser, que nous découvrîmes entre les arbres un long bâtiment construit en troncs bruts de pin noir. En nous avançant, nous nous aperçûmes que l'espace entre les troncs (environ six pouces), n'avait pas été bouché, probablement pour que l'air circulât avec plus de liberté. In

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nr^re, nu comme un ver, nous apprit que ce bâtiment était ÂtnBctssàkàr's Jlull, le principal et unique hôtel du Boston texien.

DtMiv cents métrer, pins loin, nous vîmes une foule de gens qui se pressaient autour d'une autre construction du même genre, mais sans toit, et, pensant que nous étions arrhes à temps pour assistera un combat de coqs ou à une rencontre de boxeurs, j'allais éperonner mon cheval, quand mes camarades américains, plus au fait des manières et coutumes des naturels, me dirent que c'était la cour de justice. Gomme nous n'avions rien à y faire, nous tournâmes la tête de nos chevaux vers la taverne, où les aboiements d'une meute de chiens affamés eurent bientôt attiré autour de nous toute une armée de Bostoniens. Il est étrange que l'on donne le nom de ville à une maison en troncs d'arbre inachevée , mais telle est la coutume dans le Texas.

Tout individu possédant trois cents acres de terre appelle son lot une ville, et sa maison devient à la fois, la taverne, le bureau de poste, la cour de justice , la prison, la banque, etc., etc. J'ai connu un homme, près delà Rivière Honge, qui avait obtenu du gouvernement un brevet de maître de poste et qui , durant les cinq aimées qu'il resta en place, n'eut pas une seule lettre entre les mains.

Cette manie d'appeler ville une seule habi-

tation est une maladie très commune dans les États-Unis, et cause bien des désappointements au voyageur.

Étant sur le territoire d'Iowa , je demandai une fois à un fermier le chemin de Dubugue.

«Vous êtes étranger, je calcule, répondit-il, mais n'importe , le chemin est bien facile ; écoutez-moi bien : après avoir traversé la rivière, vous prendrez la route militaire et la suivrez jusqu'à la prairie ; puis vous cheminerez vers l'est pendant vingt milles , et vous arriverez à la ville de Caledonia ; là, on vous donnera tous les renseignements nécessaires. »

Je traversai la rivière, et, ayant cherché la route militaire pendant une demi-heure sans pouvoir la trouver, je revins vers mon hôte. « Eh ! bon Dieu ! répondit-il , la route militaire est facile à reconnaître : les arbres sont flambés des deux côtés.

S'il me l'eût dit tout d'abord, je n'eusse pas été dans l'embarras, car j'avais vu un petit sentier tracé par le feu ; mais comme il m'avait annoncé une route militaire, je m'attendais naturellement à trouver une route qui méritât ce nom. Je poursuivis mon chemin , et entrai dans la prairie. Les rayons du soleil étaient très ardents, et je désirais abreuver mon cheval ; ce fut donc avec une vive satisfaction que j'aperçus li environ un demi-mille du sentier une misérable

hutte de seize pieds carrés. Au bout de quelques minutes, je fus devant la porte et attachai mon cheval à un poteau, sur lequel était une planche carrée ornée des deux côtés d'une espèce d'hiéroglyphes. En les examinant avec attention , je lus d'un coté : lce (glace), et de l'autre, Posioff. Ce sera un Russe, un Suédois ou un Norvégien, pensai-je ; sachant qu'il y avait dans l'Iowa neuf à dix mille émigrants de ces nations. Ice ! de la glace! vraiment, c'est un régal qu'un voyageur trouve rarement dans la prairie , il doit coûter cher; mais n'importe, j'en aurai à tout prix.

J'entrai dans la hutte, et vis au coin de la cheminée une femme malpropre et demi-nue , assoupie sur un escabeau. — « Avez-vous du lait? demandai-je en la réveillant. »

Elle me regarda et secoua la tête. 11 était facile de voir qu'elle ne me comprenait pas. Elle m'apporta, toutefois, un pot de grès plein de whisky, un gobelet en corne et une cruche d'eau. — « Pouvez-vous donner un seau d'eau à mon cheval? demandai-je encore. »

Elle se baissa, et , tirant de dessous le lit une jeune fille de quatorze ans, entièrement nue et dont la peau était aussi rude que celle d'un alligator, lui ordonna d'aller au puits avec un grand seau. Ayant ainsi pourvu aux besoins de mon cheval , j'adressai de nouveau la parole à mon

\'6li VOYAGES

liùtesse « : Maintenant, ma bonne femme, donnezmoi de Vice. — De quoi? répondit-elle. »

Comme il me fut impossible de lui faire comprendre ce que je désirais, force me fut de boire mon whisky avec de l'eau presque tiède, et mon cheval s'étant rafraîchi, je payai et partis. Je cheminai durant trois autres heures, et, bien que je fusse sûr d'avoir, parcouru deux fois la distance indiquée par mon hôte du matin, la prairie continuait à s'étendre à perte de vue et je n'apercevais pas la ville de Caledonia. Heureusement , je découvris au loin un homme qui chevauchait vers moi, et nous ne tardâmes pas à nous rencontrer. — « Combien y a-t-il d'ici à la ville de Caledonia ? dis-je. — Dix-huit milles , répondit le voyageur.

— » Est-ce qu'il n'y a pas une ferme sur la route? repliquai-je ; mon cheval est bien fatigué. »

Le cavalier me regarda avec étonnement. — «Eh mais! monsieur, vous lui tournez le dos ; vous l'avez passée depuis dix-huit milles. «Impossible, m'écriai-je , je n'ai quitté le sentier que po.r abreuver mon cheval à une petite hutte. — En ! bien , c'était chez le générnl Hiram Washington ïippet ; c'est lui qui tient le post-office (le bureau de poste), et cette hutte est la ville de Caledonia, Je remerciai le voyageur, dessellai mon cheval, et bivouaquai à l'endroit où j'étais, riant de tout

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