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CHAPITRE XXVI

Les Paunis-Pictes, qui résident sur les rives septentrionales de la rivière Rouge, descendent des Shoshones et des Comanches. Ils avaient toujours été en paix avec leurs ancêtres, mais cette année ils commirent quelques déprédations sur le territoire septentrional des Conianche^

Selon la coutume, les chefs attendirent plusieurs lunes qu'une réparation fût offerte; mais comme aucune ne vint, ils craignirent que les Pietés, influencés par des agents américains, n'eussent oublié leur ancienne amitié et ne fussent devenus leurs ennemis. On résolut, en conséquence d'entrer sur le sentier de guerre, et d'obtenir justice par la force si on ne pouvait pas l'avoir autrement.

La route que nous eûmes à parcourir pour arriver à la ville des Pietés était âpre, montagneuse et coupée de profondes rigoles: aussi nos chevau\ étaient-ils harassés quand au bout de dix jours nous atteignîmes une petite prairie située a six milles de la rivière, sur le bord opposé à celui où était le principal village pauni.

Le ciel se couvrit alors de nuages, et un orage mêlé de coups de tonnerre mit nos meilleurs guerriers dans l'impossibilité de voir leur chemin. I ne halte fut, en conséquence, ordonnée, et, malgré une pluie diluvienne, nous dormîmes profondément jusqu'au matin. En nous réveillant, nous aperçûmes sur notre gauche quelques centaines de chevaux qui semblaient être des chevaux domestiques, et sur lesquels beaucoup d'entre nous crurent voir des guerriers. Quatre hommes partirent immédiatement en reconnaissance, et nous fîmes nos préparatifs d'attaque ; mais, nous étant approchés peu à peu, il y eut un grand mouvement dans le troupeau, et nous vîmes distinctement qu'il n'avait aucun conducteur.

Nous continuâmes notre route, et , au lever du soleil , nous arrivâmes sur le bord de la rivière. 11 était couvert de centaines de canots, qui tous portaient des branches vertes à leurs proues et des drapeaux blancs à leurs poupes. Une députation traversa là rivière et vint inviter nos princi-

paux chefs à se rendre au village pour parler aux Paunis Pietés, qui désiraient rester les frères de leurs amis les Gomanches. Cette invitation fut acceptée , et Gabriel , Roche et moi en profitâmes. Le village est admirablement protégé contre toute attaque : en face, la rivière Rouge, qui là est limpide et transparente , roule ses eaux profondes ; derrière, des rochers s'élèvent perpendiculairement à une hauteur de 2,000 pieds, et on ne peut y monter qu'avec des échelles et des cordes, ou par les marches qui ont été taillées dans le roc.

Les wigwams, au nombre de mille, s'étendent dans un espace de quatre milles sur un terrain d'alluvion, fertile et bien cultivé. Les champs, défendus par des barrières , étaient couverts de potirons, de melons , de fèves, etc. Entre la montagne et la rivière, de chaque côté du village, des plantations épaisses de prunier épineux présentaient aux hommes et aux bêtes un obstacle infranchissable, de sorte que l'attaque n'était possible que de front, en forçant le passage de la rivière , opération très dangereuse en face d'un ennemi aussi brave que les Paunis , qui, bien qu'ils ne se servent dans leurs chasses que de la lance et de l'arc, possèdent un grand nombre de carabines.

Nous entrâmes dans la hutte du grand conseil et y fûmes reçus avec une urbanité parfaite par

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le grand chef Wetara-Sharoj , qui, après Q0U8 avoir assigné des places près de lui, donna le signal pour l'introduction des anciens de la tribu. Je fus très étonné de voir parmi eux deux hommes

blancs revêtus de brillants uniformes militaires: mais, comme les cérémonies étaient commencées, et qu'il est dans les habitudes indiennes de se montrer indifférent, quelque chose qu'on éprouve, je ne bougeai pas. Le vénérable chef pauni s'avança au milieu de la hutte, au moment où le porte-pipe allumait le calumet de paix , et adressa la parole aux Gomanches :

« Ma vue est vieille , car j'ai vu cent hivers , et cependant je puis reconnaître ceux qui ont été une fois des amis. Je vois parmi vous Opishka Koaki , et le chef d'une grande nation , Pemey- Katey (la Longue-Carabine) , et le sage Habnee (le vieux Castor).

«Vous êtes des amis; nous vous aurions tout d'abord offert le calumet de paix, mais vous êtes venus comme ennemis , et tant que vous croirez avoir des motifs de l'être, il serait bas et indigne d'un Pauni d'implorer et de mendier ce qu'il pourrait peut-être conquérir par son courage. Toutefois , les Comanches et les Paunis ont été trop longtemps amis pour tomber les uns sur les autres, comme le loup affamé tombe sur le bison blessé. 11 faudrait un motif bien grave pour qu'ils combattissent les uns contre les autres , et, si ce

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