CHAPITRE XXVII
Xous restâmes plusieurs jours à l'endroit où nous étions campés, pour reposer nos chevaux et les mettre en état de supporter les fatigues du
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voyage que nous étions sur le point de faire à travers les solitudes âpres et marécageuses de la partie nord-est du Texas.
Trois jours après l'exécution des prisonniers , quelques-uns de nos Indiens , en revenant de chasser le bison , nous apprirent que plusieurs compagnies texiennes, fortes de deux cents hommes, s'avançaient vers nous avec un grand nombre de chariots uniquement chargés de munitions de guerre et de bouche , et que par conséquent elles étaient, selon toutes les probabilités, en campagne contre les Indiens des Cross-timbers.
Nous étions campés sur une forte position et nous ne pensâmes nullement à battre en retraite. Loin de là, nous attendîmes l'armée texienne, bien résolus à lui donner une bonne frottée si elle osait tenter de nous molester. Nous fîmes bonne garde pendant la nuit, mais il n'y eut aucune alarme. Le matin suivant , deux heures avant le lever du soleil, nous vîmes la petite armée faire halte à une distance de deux milles de l'autre côté d'une rivière qu'elle devait nécessairement traverser pour venir à nous. Une troupe de Comanches se porta immédiatement en avant pour disputer le passage ; mais , quelques pavillons blancs ayant été déployés par les Texiens, on permit à cinq d'entre eux de passer à la nage sans être inquiétés.
Les personnages qu'on avaitlaissé passer étaient le capitaine Hunt , plus haut mentionné , un cer-
tain colonel Hookley, deux interprètes , et le général Smith , commandant en chef d<> l'armée texienne. Ce dernier, jadis boucher dans rindiana, y avait été condamné à être pendu pour avoir assassiné sa femme , et s'était réfugié dans le Texas après s'être échappé de prison. Comme les Indiens respectent toujours les parlementaires , les Comanches conduisirent ces messieurs au camp.
Le général Smith, dès qu'il fut en présence du chef comanche , commença une harangue ampoulée qui ne disait pas un mot du motif qui l'avait amené , mais dans laquelle il voulut bien nous apprendre qu'il était le plus grand général du pays; que tous les autres officiers étaient des imbéciles; qu'il avait avec lui une quantité innombrable de guerriers forts et courageux qui n'avaient pas d'égaux dans le monde, etc. , etc. , et il continua pendant une demi-heure, et ne cessa que lorsque , l'haleine lui manquant, il fut forcé de s'arrêter.
Après un silence de quelques minutes, il demanda au chef comanche ce qu'il avait à répondre à tout cela. Le chef le regarda en face et dit avec le plus ineffable mépris : « Que répondrais-je? Je n'ai entendu que les paroles d'un sot injuriant d'autres sots ; j'ai entendu le hurlement du loup bien longtemps avant que le bison ne fût blessé. 11 ne peut pas y avoir de réponse là où il n'y a pas
de demande. Parle , si tu le peux ; dis ce que tu désires, ou bien va-t-en d'où tu es venu, de peur que le plus grand guerrier du Texas ne soit fouetté par les squaws et par les enfants. »
L' ex-boucher fut grandement irrité du manque d'éducation et de bonnes manières du pauvre diable de sauvage ; toutefois , il daigna arriver au fait. » D'abord, ayant appris du capitaine Hunt ce qui s'était passé à Lewisbourg et que les Comanches avaient retenu les prisonniers, il désirait qu'on les lui rendît ; ensuite, il lui fallait les trois jeunes visages pâles qui étaient avec les Comanches (Gabriel, Roche et moi) ; c'étaient trois voleurs qui s'étaient échappés de prison et il voulait les avoir pour les châtier ; après tout, ce n'étaient que trois vagabonds, de damnés étrangers, et des étrangers n'avaient rien à faire dans le Texas; ainsi donc il les lui fallait. Troisièmement et finalement, il fallait lui livrer les cinq Américains qui avaient quitté le capitaine Hunt pour se joindre à nous; il les soupçonnait fort d'être des coquins et des traîtres ; autrement , ils ne seraient pas allés avec les Indiens ; il voulait faire une enquête sévère sur toute cette affaire ; ainsi donc les Comanches n'avaient qu'à se décider promptement, car il était très pressé.
Je dois ajouter ici que les cinq Américains, bien qu'à moitié ruinés par les vols des Texiens, avaient encore quatre à cinq cents dollars en bons billets
de banque et en espèces, et qu'outre cela, chacun d'eux possédait une montre en or, des sacoches bien garnies, une bonne selle et un excellent cheval de voyage.
Le chef répîiqna : « Maintenant je puis répondre, car j'ai entendu des paroles qui signifient quelque chose, bien que je sache que ce sont de gros mensonges. Je te dirai d'abord que tu n'auras pas les prisonniers qui ont assassiné les gens de ta couleur, car ils sont pendus là-bas aux grands arbres, et ils y resteront jusqu'à ce que les vautours et les corbeaux aient déchiqueté leur chair. Je te dirai secondement que les trois jeunes visapâles sont ici et répondront eux-mêmes s'ils veulent ou s'ils ne veulent pas te suivre; mais je vois que ta langue peut exprimer de gros mensonges, car je sais qu'ils ne se sont jamais mêlés avec les visages pâles du sud. Quant aux cinq Yankees , nous ne pouvons pas te les livrer, parce qu'ils sont nos hôtes et parce que notre hospitalité les protégera tant qu'ils ne nous auront pas quittés volontairement. J'ai dit. »
A peine ces paroles étaient-elles prononcées , que le général et ses quatre compagnons furent entourés par vingt Comanches , qui les reconduisirent vers la rivière un peu brusquement, je dois le dire. Le plus grand général du pays jurait vengeance ; mais comme ses guides ne le comprenaient pas, il eut le bonheur de conserver sa lan-
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gue pour mentir et jurer dans un temps plus opportun.
Ayant rejoint ses gens, il les fit rétrograder d'environ un mille , apparemment pour faire ses préparatifs d'attaque. Dans la soirée , Roche , accompagné de quatre Indiens, traversa la rivière à quelques milles au-dessus de notre camp, pour aller observer les mouvements des Texiens. Cette reconnaissance eut le malheur de rencontrer une dizaine d'ennemis qui étaient à la chasse. Une escarmouche s'engagea; le cheval de Roche fut tué d'un coup de carabine et roula sur son maître. Un Comanche sauta immédiatement à terre , dégagea mon ami de la position dangereuse dans laquelle il se trouvait, et bien, que les Texiens chargeassent dans ce moment , le fit monter sur son propre cheval en lui disant de fuir. Roche était tellement étourdi de sa chute que toute réflexion lui était impossible: autrement son naturel généreux ne lui aurait pas permis de se sauver aux dépens de la noble créature qui se sacrifiait ainsi pour lui. Quoi qu'il en fût, il partit au galop, et son libérateur, recevant le choc des assaillants, en tua deux et tomba criblé de balles (1)0 La détonation des carabines rappela Roche à lui-même ;
(1 ) Les lois de l'hospitalité sont si sacrées chez les Indiens que pour sauver la vie d'un hôte, ils sacrifieraient celles de douze des leurs. En se dévouant pour Roche , le Comanche pensait ne faire que son devoir.
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il rallia les trois Indiens qui lui restaienl . se précipita avec furie sur les chasseurs, se pril corps à
corps avec l'un d'eux et lYvenlra d'un coup de couteau, tandis que les Gomanches , ayant lancé heureusement leurs lassos, galoppaienl à travers la plaine, traînant après eux trois cadavres meurtris.
Les autres Texiens s'enfuirent à toute bride vers leur camp et y donnèrent l'alarme. Roche prit sa selle et ses fontes, rappela ses compagnons, et se retira, emportant le cadavre de son généreux sauveur. I ne heure après, ils étaient de retour. et, sur leur rapport, nous résolûmes d'attaquer les Texiens cette nuit même.
Nous partîmes vers dix heures, divisés en trois bandes de soixante -dix hommes chacune, en nombre par conséquent à peu près égal à celui des Texiens. Roche, qui était hors d'état de combattre , resta au camp avec quinze Indiens et les cinq Américains; deux des bandes descendirent vers la rivière pour la traverser à la sourdine, et la troisième, commandée par Gabriel et moi, alla opérer son passage deux milles plus haut. Le passage effectué, chaque bande laissa, à tout événement, ses chevaux sous la garde de cinq hommes, et s'avança silencieusement. Notre plan était de surprendre l'ennemi et de l'attaquer en même temps en tète et en queue. Nous réussîmes audelà de notre attente. Les Texiens étant, con.
d'habitude, tous plus ou moins ivres, se gardaient si mal que nous atteignîmes leurs bivouacs sans qu'on donnât F alarme. Nous poussâmes le cri de guerre, et nous précipitâmes au milieu des dormeurs. Maints et maints d'entre eux furent égorgés dans leur lourd sommeil d'ivresse. Ceux qui se réveillèrent et qui eurent le temps de saisir leurs armes combattirent avec un courage que, certes, Bs n'auraient pas eu s'ils n'eussent pas encore été à moitié ivres. Le vaillant général Smith, le brave des braves, s'enfuit au commencement même de la bagarre. Le capitaine Hunt tomba sous le tomahowk du chef comanche. Cent Texiens furent tués et scalpés; les autres prirent la fuite. Le reste de la nuit se passa à poursuivre les fuyards, qui ne s'arrêtèrent qu'à un coude de la rivière dans une position tellement forte qu'il eût été imprudent de les y attaquer. \ous les y laissâmes, et, après avoir rassemblé tous les chevaux , et recueilli le butin qui valait la peine d'être emporté, nous mimes le feu aux chariots ennemis et retournâmes à notre camp. En m' éloignant, je ne pus m'empêcher de jeter de temps à autre un regard en arrière. Le spectacle était vraiment magnifique; des centaines de barils pleins de graisse , de porc salé , de genièvre et de whisky étaient en flammes et avaient déjà mis le feu à l'herbe et aux buissons environnants.
A peine avions-nous traversé la rtfière dfat la brise du mâtin tfèl&nt. La ctmflagr&tiofl alors s'étendit do Imites parts or gagna rapidement l'endroit où tes Tetiett88rétaÉiefot réfugiée; les flammes >Ylaneorcnt vers ou\ avec tant de furie et si brusquement que tous simultanément •, hommes et chevaux, se précipitèrent dans l'eau pour échapper au dévorant élémont. IWueoup d'entre eux furent noyés dans les tourbillons, et reu\ qui parvinrent à atteindre la rive opposée étaient trop faibles et trop misérables pour pouvoir penser à autre chose qu'à regagner, si cela était possible . les établissements méridionaux.
Bien que nous fussions protégés contre l'atteinte immédiate des flammes par les eaux de la rivière sur les bords de laquelle nous étions campés, la chaleur était devenue si intense que nous fûmes obligés de nous éloigner vers l'ouest. Arrivés à notre nouvelle station , nous examinâmes notre butin. Les munitions et les armes exceptées, il se réduisait à bien peu de chose. L'expédition tcxienne était, à ce qu'il paraît, composée de bien pauvres hères , car on ne trouva pas, dans tous leurs sacs et dans tous leurs coffres, une seule aime de toile, une seule chemise, un seul pantalon.
Parmi les chevaux pris, trente à quarante furent immédiatement reconnus par les Comanches pour être leur propriété, découverte qui ne tes étonna nul! jfltëftl , vu que l'année précédente les
Texiens, qui les avaient invités à un conseil, leur avaient volé un grand nombre de ces animaux.
Gabriel, Roche et moi refusâmes naturellement toute part dans le butin, et, comme le temps m'était devenu précieux, nous dîmes adieu a nos amis Gomanches , et continuâmes notre voyage en compagnie des cinq américains.
Dans le combat que je viens de raconter , les Comanches avaient eu neuf hommes tués et quarante blessés. Deux mois après , je lus dans un journal américain un récit bien singulier de cette même affaire. C'était un rapport du général Smith, commandant des forces centrales du Texas, où il rendait compte d'une expédition contre les sauvages , dans laquelle les vaillants soldats de la jeune république avaient fait des prouesses merveilleuses. Ce rapport disait : Que le général Smith, ayant appris par l'infortuné capitaine Hunt que cinq cents sauvages avaient détruit la ville naissante de Lewisbourg et massacré tous ses habitants, s'était rendu en toute hâte, avec ses braves compagnons , dans le voisinage du théâtre de la catastrophe ; que là, durant la nuit , et lorsque les Texiens , accablés de fatigue , étaient sur le point de se livrer au repos, ils avaient été attaqués par toute l'armée indienne, qui avait avec elle une vingtaine de métis , de trappeurs français et de trafiquants anglais ; que, malgré les désavantages de leur position, les Texiens avaient repoussé les
attaques réitérées des Confranchës, et leur avaient fait éprouver de si grandes pertes que, lorsque le jour parut, les cadavres de deux mille sauva couvraient la prairie , et que les Texiens étaient Littéralement fatigués de tuer. Que les Texiens n'avaient perdu que trente à quarante hommes, qui , étant presque tous des émigrés récemment arrivés des États-Unis , étaient des gens de peu d'importance; que, dans la journée, la puanteur était devenue tellement insupportable que le général Smith avait fait mettre le feu à la prairie, traversé la rivière, et s'était retiré à petites marches, sachant qu'il serait inutile de poursuivre les Comanches dans les prairies sauvages du nord. Un seul Texien notable avait péri: c'était le brave et infortuné capitaine Hunt; de sorte qu'en résumé , si on prenait en considération le nombre des ennemis, la république pouvait regarder cette affaire comme le plus glorieux fait d'armes qui eût lieu depuis la déclaration d'indépendance.
Le rapport remplissait trois colonnes compactes, et, pour finale, l'ex-boucher faisait un appel aux généreux enfants des États-Unis et du Texas, si connus par leur amour pour la liberté, et se plaignait amèrement des cabinets de Saint- James et des Tuileries qui, jaloux de la prospérité et de la gloire du Texas, avaient évidemment envoyé des agents (des trappeurs et desmétis} pour exciter les sauvages, le tout par jalousie,
envie et haine du nom sans tache et de l'honneur de la grande république américaine du \ord.
Trois de nos compagnons américains étaient nés en Virginie et les deux autres dans le Marvland. Leur histoire était celle d'un grand nombre de leurs compatriotes. Trois d'entre eux avaient étudié le droit, un la théologie et l'autre la médecine. \e trouvant pas à exercer leur profession chez eux, ils étaient partis pour l'Ouest afin de chercher fortune dans les nouveaux États; mais là, tout était dans une telle anarchie qu'ils n'avaient pas même pu y gagner de quoi vivre. Ils s'étaient avancés plus loin vers l'ouest et avaient fini par arriver au Texas, pays, leur disait-on, né d'hier, mais où l'on pouvait acquérir des richesses immenses. Arrivés dans ce paradis si vanté, leurs chances de succès s'y trouvèrent moindres que celles qu'ils auraient eues dans leur pays. Les avocats découvrirent qu'en calculant au plus bas, dix milie hommes de loi des États de l'est avaient émigré dans le Texas. Le président, les secrétaires d'État , les constables , les aubergistes, les généraux, les simples soldats, les matelots, les porte-faix , les voleurs de chevaux, avaient tous commencé par être hommes de loi ou avaient fait leurs études pour le barreau.
Le doc te lu- ne tarda pas à se convaincre que l'apologue de la cigogne et du loup avait été expressément écrit pour ceux qui pratiquaient
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la médecine dans le Texas; car, dès qu'il avait guéri un malade, ou, en d'autres ternies, <1 i qu'il lui avait enlevé l'os du gosier, on refusait de le payer, et il devait s'estimer très heureux de ne pas recevoir dans le corps, en guise d'honoraires, cinq à six pouces de la lame d'un cou teau bowie. Outre cela, chaque visite lui coulai! un mouchoir de poche et sa boite à tabac quand il en avait une. Je dois faire remarquer ici que le vol du mouchoir est une plaisanterie très fréquente dans le Texas, et j'en suis d'autant plus étonné qu'aucun habitant maie de cette terre promise n'emploie jamais ce meuble à son vrai usage, préférant se servir de la paire de mouchettes que la nature lui a fournie.
Quant au théologien, il s'aperçut bientùL que la religion était une marchandise fort peu recherchée dans le pays , et qu'au lieu de songer à l'y introduire, il aurait tout aussi bien fait d'envoyer une cargaison de patins aux Indes occidentales ou un approvisionnement de cochons aux musulmans. Les mérites du système volontaire n'avaient pas encore été appréciés dans le Texas, et, quand il prêchait, il prêchait dans une solitude complète, vu qu'il n'avait pas même un clerc pour lui donner les réponses.
Chemin faisant , ces cinq chercheurs d'Eldorado se montrèrent de joyeux compagnons. Us avaient tous une élasticité de caractère qui ne
leur permettait pas d'engendrer la mélancolie. Le prédicateur s'était mis en têted'aller à Rome pour convertir le pape qui , après tout , était un vieux bon vivant; le docteur voulait aller à Edimbourg, où ses talents transcendants devaient nécessairement le faire nommer président du collège de chirurgie. Un des avocats avait résolu de concourir pour la législature ou de tenir un cabaret. Le second avait l'intention de se joindre aux Mormons qui étaient, suivant lui, une réunion d'adroits coquins, et le troisième pensait à aller en Chine pour enseigner au céleste frère du soleil à manier la carabine kentuckienne et à rosser les Anglais. Quelques personnes m'ont reproché de trop m'abandonner à des idées chimériques, mais bien certainement mes projets comparés à ceux d'un Yankee, courant après la fortune, sembleraient conçus par la raison même.
Nos nouveaux compagnons avaient chacun quelque historiette texienne à raconter, qu'ils déclaraient être le tour le plus infâme et le plus piquant du monde. Un des avocats, assigné devant un magistrat, s'était vu présenter un faux billet de banque de 50 dollars, qu'on l'accusait d'avoir donné en paiement de son compte hebdomadaire au commis de Tremont-House (le principal hôtel de (ialveston). Or, il avait souvent rêvé de cinquantaines, de centaines et mêmes de milliers de dollars; mais son guignon avait été tel qu'il n'a
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\ait jamais possédé un billet de banque d'une gommé au-dessus dediv dollars, sauf un seul billet de 20 dollars de laglorieuse banque de Cairo,doul son père lui avait fait présent lorsqu'il lui avait paternellement conseillé d'aller chercher fortune dans les États de l'ouest.
Soit dit en passant, les aventures de ce billet devraient être écrites en lettres d'or; car, grâce à lui, le voyageur mangea, dormit et but gratis, depuis Louisville jusqu'à St-Louis; tous les aubergistes ayant préféré perdre le loyer d'un lit et le prix d'un repas , plutôt que de courir la chance de donner de la bonne monnaie pour du mauvais papier.
Il va sans dire que l'avocat jura en toute sûreté de conscience que le billet de 50 dollars ne lui avait jamais appartenu ; mais l'aubergiste et deux témoins jurèrent que c'était lui qui l'avait donné, et il fut condamné à en restituer le montant et à payer les frais. Toutefois , on lui permit de s'en aller, parce que, toute vérification faite, on reconnut qu'il était insolvable. Or, la prison n'avait pas été construite pour de tels vagabonds , mais bien pour les employés du gouvernement, qui y avaient fixé leur domicile , circonstance qui fit dire au très petit nombre d'honnêtes gens restés dans Galveston que , si les portes de la prison étaient fermées la nuit , ce serait un grand avantage pour la ville.
Trois jours après, un pauvre capitaine bostonien fut assigné pour ce môme billet, et il fut obligé de payer, bien qu'il n'eût jamais mis le pied dans l'hôtel Tremont.
On a inventé à Galveston un nouveau commerce très lucratif, appelé le commerce de chiffons. Il consiste dans la vente et dans l'achat de faux billets de banque dont on attribue la mise en circulation à tout étranger soupçonné d'avoir de l'argent. Le magistrat et le demandeur partagent le butin. Je rapporterai , à ce sujet, un fait bien connu en France et aux États-Unis : huit jours après son arrivée à Houston, le marquis de Saligny, chargé d'affaires de France , fut assigné devant un magistrat, et, sur les serments des parties réclamantes, fut déclaré coupable d'avoir passé pour 700 dollars de faux billets de banque à un spéculateur en terre. 11 paya ; mais comme il n'avait jamais eu en sa possession que de l'or 'français et des billets de la banque de France, il se plaignit à son gouvernement, et cet échantillon de la probité texienne fut la pr:ncipale cause de la brusque rupture des négociations qui avaient été entamées , pour un emprunt de sept millions de dollars, entre M. Lafitte et le général Hamilton, chargé d'affaires du Texas en France et en Angleterre.
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