CHAPITRE XXX
Nous avions quitté les bisons depuis plusieurs jours, et nous cheminions alors vers l'est. Ayant laissé derrière nous les endroits fréquentés par les troupeaux sauvages, nous ne tardâmes pas à être exposés au tourment de la faim. De temps en temps nous rencontrions une poule de prairie, un dindon ou un serpent à sonnettes ; mais les daims et les antilopes étaient si timides qu'ils se tenaient toujours à plus d'un mille de nous , et que nous dûmes nous contenter de les voir folâtrer au loin.
Le sol était uni, et l'herbe, quoique courte, était excellente et richement émaillée d'une grande variété de fleurs. Le pays était superbe.
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Nous avions pendant le jour un temps magnifique; mais, la nuit, le froid était excessif, la rosée abondante, et nous Bouffirions cruellement de la perte de nos couvertures. Le combustible nous manquai! . el la fiente même des animaux était si rare que , durant sept jours, nous ne pûmes faire cuire que trois fois nos chétifs repas, et que quatre coqs de bruyère, produit de notre dernière chasse, furent mangés crus.
Vers le milieu du huitième jour, nous aperçûmes bien loin, au sud-est, une ligne sombre qui s'élevait au-dessus de l'horizon et s'étendait à perte de vue. Nous savions que c'était une foret, et que nous y trouverions des vivres en abondance; mais vingt milles nous en séparaient et nous étions complètement épuisés. Dans l'aprèsmidi , la faim nous réduisit presque au désespoir, et, pour comble de malheur, nous découvrîmes que l'approche de la forêt était défendue par un épais fourré de ronces et de poiriers épineux à travers lequel il faudrait s'ouvrir un passage. Cette forêt était , sans nul doute , le commencement de cette longue ligne de bois majestueux qui forment une barrière naturelle autour de la Louisiane, de l'Arkansas et du Missouri. En l'atteignant , nous nous rapprochions du terme de nos privations et de nos fatigues; en nous dirigeant vers le nord, au contraire , nous nous exposions à de nouvelles souffrances, attendu que la prairie unie et déserte
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sur laquelle nous étions s'étendait jusqu'aux bords de la Rivière Rouge. Nous résolûmes, en conséquence, de forcer le passage, et, s'il le fallait , de nous ouvrir un chemin avec l'aide de nos couteaux et de nos tomahawks.
Nous poussâmes en avant jusqu'au coucher du soleil, et, arrivés à l'extrême bord de la barrière de poiriers, campâmes pour la nuit au bord d'une profonde rigole desséchée. Aller plus loin sans manger était impossible : l'aspect sauvage et hagard de mes compagnons , leurs yeux ternes et enfoncés, leurs visages amaigris, ne montraient que trop combien il était indispensable de se procurer promptement une nourriture plus substantielle que les fruits verts et fortement acidulés dont nous étions entourés. Nous tirâmes au sort, et le cheval du prédicateur fut condamné ; au bout de quelques minutes , il était écorché et une partie de sa chair distribuée.
La viande de jeune mustang est excellente, mais il en est bien autrement de celle d'un vieux cheval ruiné. Elle était aussi coriace que la gomme élastique, et plus on la mâchait plus elle s'élargissait dans la bouche. Un homme ne saura jamais ce qu'il peut manger s'il n'a pas jeûné pendant sept jours. Le jovial prédicateur , qui avait juré de ne plus toucher même à la viande de veau , attaqua avec furie les restes coriaces de son fidèle coursier.
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Le matin suivant, nous nous dirigeAmes vers le sud, et, franchissant la rigole, entrâmes sur un sentier probablement pratiqué par les ours à travers les poiriers; mais, après avoir cheminé six à sept milles, notre marche fut arrêtée par une crevasse profonde et escarpée , bordée de ronces impraticables. Force nous fut de retourner en arrière,, et, à midi, nous nous retrouvâmes à l'endroit d'où nous étions partis le matin.
Nous nous consultâmes alors pour savoir quelle direction nous devions suivre. Les avocats et Roche proposèrent de remonter Un peu plus vers le sud et de renouveler notre tentative ; mais Gabriel et moi , nous rappelant que dans la matinée du jour précédent nous avions passé un large cours d'eau, sablonneux et peu profond, pensâmes (pie le parti le plus sage serait d'y retourner. Ce cours d'eau était évidemment un des affluents de la Rivière Rouge, et, comme il coulait vers l'est, nous étions persuadés qu'il traversait la crevasse et entrait dans la foret.
Ce dernier avis prévalut, et, chacun de nous s'étant pourvu d'un morceau de viande de cheval , nous retournâmes immédiatement sur nos pas. Le prédicateur était à pied; je lui proposai à diverses reprises de monter alternativement mon cheval; mais il refusa toujours, disant qu'il était fatigué de chevaucher et qu'il préférait aller à pied. De fait , je n'ai jamais vu un meilleur mar-
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pheur. Cet homme s'était évidemment trompé clans le choix de sa profession; car il aurait certes gagné plus d'argent comme coureur indien ou comme éclaireur, qu'il n'avait de chance d'en acquérir dans la profession qu'il avait embrassée, et à laquelle il n'était nullement propre.
Le lendemain , à midi , nous campâmes sur le bord de la rivière, et, bien que je n'eusse pas grand espoir de succès, j'y jetai ma ligne , après avoir amorcé mes hameçons avec des mouches et des sauterelles. A peine mes hameçons s'étaient enfoncés qu'on mordit à l'amorce, et grandes furent ma surprise et ma joie en tirant de l'eau deux grosses truites. Mes compagnons, appelés par mes cris, accoururent, et, pensant qu'un ou deux bons repas nous donneraient des forces pour mieux continuer notre pénible voyage, nous résolûmes de passer la nuit dans cet endroit. Par surcroît de bonheur, nous découvrîmes , un peu au-dessus de nous, une grande quantité de bois flotté, qui avait été laissé à sec sur le sable , et , dans un moment, nous fûmes tous occupés à préparer un joyeux festin. Gabriel étant le meilleur tireur partit pour la chasse; je continuai à pêcher ; le docteur alluma du feu et se disposa à faire la cuisine ; le prédicateur parcourut la prairie pour attraper des mouches et des sauterelles; les trois avocats transportèrent le bois. En moins de trois heures, je péchai vingt grosses truites et une dou-
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zainc de poissom-chats. (Gabriel était revenu avec deux oies du Canada. Rcgaillardis par un repas abondant et un bon feu, nous reprîmes courage, et, pendant la nuit, nous dormîmes d'un profond sommeil et nous indemnisâmes de nos veilles et de notre froid passés.
Le matin suivant, après déjeuner, nous remplîmes nos sacoches du reste de nos provisions , et, comme les deux bords de la rivière étaient couverts de ronces, nous descendîmes le courant pendant dix milles ayant de l'eau jusqu'au poitrail de nos montures. Le prédicateur avait été obligé de monter derrière un des avocats, dont le cheval était grand et vigoureux, et bruyants étaient nos éclats de rire quand un de nos coursiers trébuchait dans un trou et entraînait son maître après lui. Nous continuâmes à cheminer dans le lit de la rivière pendant neuf autres milles, au bout desquels les ronces s'éloignèrent du bord et nous permirent de reprendre le terrain sec ; mais à peine avions-nous marché une heure sur le rivage , que nous trouvâmes devant nous une chaîne de collines escarpées qu'il nous fallut gravir avec une fatigue inouïe, à pied, et en portant nous-mêmes nos armes et nos sacoches. Arrivés au sommet , nous vîmes au-dessous de nous une paisible et romantique vallée au milieu de laquelle serpentait la rivière alimentée par d'innombrables ruisseau \ qui s'y jetaient de tous les côtés. Une frange d'ar-
bustes et de buissons du vert le plus foncé garnissait leurs extrêmes bord, tandis que ceux de la rivière étaient encadrés dans une étroite lisière d'arbres plus élevés et d'une pousse plus vigoureuse. La chaîne de collines que nous venions de gravir entourait la vallée et s'étendait jusqu'à la forêt.
Nous descendîmes en conduisant nos chevaux, et, en moins d'une heure, arrivâmes en bas sains et saufs; puis, trottant gaillardement pendant trois à quatre milles à travers la vallée , nous atteignîmes la lisière de la forêt, où nous campâmes près d'un petit ruisseau. Après une autre bonne nuit de repos , nous poussâmes en avant , au milieu d'une multitude de pins et d'érables les plus beaux que j'eusse jamais vus. Le gibier était devenu abondant: des dindons, des ours et des daims se faisaient voir à chaque minute, et, en nous avançant, nous aperçûmes des pistes d'ânes et de mulets et des empreintes de pieds d'hommes qui paraissaient toutes récentes. Cette vue nous fit oublier nos fatigues, et nous accélérâmes notre marche dans le doux espoir d'arriver promptement au terme de nos souffrances.
Tard dans l'après-midi, je tuai un daim trèsgras. Nos chevaux étaient alors si fatigués et nos appétits si aiguisés que, malgré notre vif désir de suivre les pis Les pour connaître quels étaient les voyageurs qui nous précédaient , nous résolu-
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mes dé nous arrêter pour la nuit. Je profitai de ee(t<i occasion pour me faire une paire de mocassins avec les sacoches, désormais inutiles, du prédicateur. Ce soir-là , nous fûmes d'une gaîté folle. Nous savions qu'on n'employait jamais les ânes dans de longs voyages, et les pistes de ces animaux nous faisaient penser que nous étions arrivés à un des nouveaux établissements de l'émigration occidentale. Nous comptions trouver le matin suivant, dix ou quinze milles plus loin, quelques loghouses (1) où nous pourrions nous procurer un autre cheval pour le prédicateur et renouveler nos munitions, car il nous restait à peine une demi-livre de balles entre nous tous. L'avocat jouissait d'avance du bonheur de remplir encore une fois sa gourde, et le docteur promettait de nous régaler de plats de son invention, dès qu'il aurait une poêle à frire. Nous avions la tête tellement montée qu'il était très-tard lorsque nous nous couchâmes pour dormir.
A environ deux heures du matin, je sentis comme un poids sur ma poitrine et j'ouvris les yeux. Je vis Gabriel, le doigt sur les lèvres pour m'enjoindre le silence. Il m'apprit à voix basse qu'une bande de brigands était dans le voisinage et avait déjà découvert nos chevaux.
N'emportant que nos couteaux et nos tomahawks , nous rampâmes silencieusement jusqu'à
( l) Maisons construite on troncs d'arbre.
une petite clairière de la forêt , et vîmes une vingtaine d'hommes campés sans lumière et sans feu, mais armés jusqu'aux dents. Trois à quatre d'entre eux semblaient parler avec chaleur. Favorisés par l'obscurité , nous approchâmes plus près et pûmes entendre toutes leurs paroles. «Ils dorment tous profondément, disait l'un, mais ils paraissent diablement raffalés; je suis sûr qu'ils n'ont pas un cent entre eux tous , et , à en juger par leurs vêtements, il y a parmi eux trois métis. — Et les chevaux? dit une autre voix. — Il n'y en a que sept, répliqua le premier interlocuteur, et, quoique harassées , ce sont de belles bêtes ; on pourra en tirer un bon prix après les avoir mises au verd pendant trois semaines. — Eh! bien, il faut les prendre; sontils attachés? — Deux seulement. — Coupe leurs licous, et fais-les partir au grand galop, comme si quelque chose les avait épouvantés ; de cette manière leurs maîtres n'auront aucun soupçon. — Pourquoi ne pas en finir avec eux tout d'un coup? nous aurions leurs selles. — Imbécille ! et si c'était l' avantgarde du général Rusk , et si l'un d'eux s'échappait? Non. Demain, au lever du soleil, ils courront sur les pistes de leurs chevaux et laisseront derrière eux leurs selles et leurs sacoches ; trois hommes resteront ici pour s'en emparer, et les canards (les voyageurs), une fois bien engagés dans la forêt , étant à pied seront complètement en notre pouvoir. »
La conversation devint alors générale, el Gabriel et moi revînmes Vers nos amis aussi silencieusement que nous les avions quittés. Une demi-heure après, nous entendîmes nos chevaux galoper vers le sud , et Gabriel , étant allé de nouveau en reconnaissance , vit les brigands se diriger vers l'est , laissant en arrière , comme ils l'avaient projeté, trois de leurs hommes. Ceux-ci, après avoir discuté pendant quelques minutes sur la meilleure manière de s'emparer des selles et avoir bu copieusement dans un grand pot de grès, s'étaient enveloppés dans leurs couvertures et s'étaient glissés en rampant dans une espèce de terrier , creusé probablement par les brigands pour y cacher leurs provisions et le butin qu'ils ne pouvaient pas emporter.
D'après la conversation des trois drôles qui étaient restés, Gabriel conjecturait que le gros de la bande était allé à un lieu de rendez-vous sur le bord de quelque rivière, et que ceux qui avaient emmené nos chevaux n'iraient vers le sud que jusqu'à une distance d'environ six milles; arrivés là, ils traverseraient un petit courant d'eau pour nous faire perdre toute piste, et attendraient-crue nous nous fussions éloignés de notre camp pour venir rejoindre, par une autre route, leurs trois camarades restés en arrière. Gabriel pensait qu'il n'y avait que quatre hommes avec les chevaux.
Après nous être un peu consultés , nous réveillâmes nos compagnons, et, leur ayant expliqué l'état des choses, délibérâmes sur les moyens de déjouer le complot des brigands.
Nous débarrasser de nos trois voisins en les tuant à coups de carabine fut notre première idée ; mais ayant réfléchi qu'ils connaissaient les localités mieux que nous, et que le bruit de nos armes à feu donnerait l'éveil à ceux qui avaient emmené les chevaux, nous adoptâmes un autre plan. Avant l'aube, je pris mon arc et mes flèches et parvins à gagner une position sûre à quelques mètres du terrier. Gabriel se cacha aussi derrière un buisson à mi-chemin entre le terrier et notre camp, et Roche et les cinq Américains , jouant admirablement leur rôle, jurèrent, de manière à être entendus, que leurs chevaux avaient été épouvantés par quelque bête fauve et s'étaient enfuis ; puis, laissant leurs carabines, pour mieux tromper les voleurs , partirent sur les pistes en faisant le plus de tapage possible.
Dès qu'ils se furent éloignés, nos trois coquins sortirent de leur trou , et l'un d'eux s' armant de sa carabine alla , comme il le dit, voir si la côte était libre. Il revint bientôt avec deux de nos ca= rabines et un tison enflammé, et les drôles, riant du succès de leur ruse , allumèrent du feu et burent un autre petit verre , après quoi, l'un d'eux se mit à préparer du café et les deux autres, ar-
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niés seulement de leurs couteaux, allèrent clx tcher les selles et les sacoches.
Il n'y avait pas cinq minutes qu'ils étaient partis quand j'aperçus à moins de deux pieds de moi un énorme serpent à sonnettes. Depuis mon aventure chez les Comanches , cet animal m'inspirait une grande terreur. Mon alarme fut telle que je me précipitai hors de ma cachette, et que d'un seul bond je me trouvai à dix mètres du coquin qui souillait tranquillement son feu et remuait son café. Il se leva imméditaement, fit deux pas en arrière, et, surpris d'une apparition aussi soudaine , étendit le bras vers un arbre contre lequel les carabines avaient été placées.
Ce mouvement lui coûta la vie , car, nullement désireux de recevoir sa balle ou de me prendre corps à corps avec un gaillard si vigoureux qu'il aurait pu aisément m' écraser la tète en la pressant entre ses doigts, je tirai sur lui; ma flèche, quoique rapidement lancée , lui perça le cœur , et il tomba raide mort. Je m'approchai en rampant de Gabriel , lui dit ce qui venait de se passer, et le quittai pour prendre position auprès des deux autres brigands que je trouvai occupés à v isiter les sacoches et à mettre de côté ce qu'ils voulaient cacher pour leur propre usage.
Après avoir employé une demi-heure à cette visite, l'un d'eux mit trois selles sur sa tête, et ainsi chargé, s'éloigna à grands pas pour aller prendre
son café pendant qu'il était chaud. Cinq minutes ne s'étaient pas écoulées qu'on entendit le bruit d'une lourde chute ; c'était celle du voleur qui venait de partir et que Gabriel avait tué d'un coup de tomahawk. Le dernier brigand, en se chargeant des sacoches, jura contre son camarade qui avait des yeux pour ne pas voir et qui brisait les pommeaux des selles.
J'avais bandé mon arc et étais sur le point de viser , quand Gabriel passa près de moi , me fit signe de m' arrêter, se précipita sur le voleur et lui donna un coup de pied dans le dos au moment où il équilibrait les sacoches sur sa tête. Le coquin tomba, puis, se relevant, tenta de lutter, mais il dut céder à la prodigieuse force musculaire de Gabriel ; en un clin-d'œil, il fut étendu sur le dos, immobile et à moitié étranglé. Après lui avoir garotté solidement les pieds et les mains, nous le transportâmes à son terrier, mîmes à côté de lui les deux cadavres et notre bagage, et fîmes disparaître toutes les traces du conflit ; puis nous nous préparâmes, à bien accueillir les voleurs de chevaux.
Le hasard nous favorisa. Pendant que nous buvions le café que nous avions conquis , nous entendîmes au loin le galop de plusieurs chevaux. Je saisis une carabine, et Gabriel, ayant préparé son lasso , se glissa derrière les buissons. Bientôt je vis mon cheval, qui, probablement, s'était dé-
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barrasse de son cavalier , galoper vers le camp ; après lui venait le cheval de Gabriel, monté par un des coquins qui , appelant les trois brigands, criait : « Arrète-le , Russy; Cartlon , arrête-le. » Dans ce moment , le lasso de Gabriel lui tomba sur les épaules, et il roula à terre comme frappé de la foudre. Il avait le cou brisé.
Ayant attrappé nos chevaux, nous les sellâmes, et prîmes nos carabines. Nos deux coursiers étant plus vîtes que les autres , nous espérions pouvoir nous emparer facilement des trois brigands qui restaient. Après une course rapide d'une demiheure, nous rencontrâmes Rocheetles Américains, qui avaient été aussi heureux que nous. Mon cheval avait rudement jeté contre un arbre le coquin qui le montait, et il s'était enfui ; un des voleurs s'était mis à sa poursuite, et les deux autres, après avoir attaché leurs chevaux , étaient allés au secours de leur camarade. Nos gens les avaient alors surpris et garrottés.
Nous emmenâmes nos prisonniers, et, arrivés au terrier, découvrîmes que , loin d'avoir perdu par notre rencontre avec les brigands, nous avions, au contraire, acquis beaucoup d'objets dont nous avions le plus grand besoin. Un des avocats trouva dans lé pot de grès assez de whisky pour remplir sa gourde; le prédicateur eut une autre carabine pour remplacer celle qu'il avait oubliée dans la prairie ; les sacs à plomb et les poudrières des