II
lift VOYAGES
trois voleurs de selles nous fournirent un bon approvisionnement de poudre et de balles, et, de plus, nous nous emparâmes de quatre couvertures vertes de Mackinaw et d'un sac de café moulu.
Nous remerciâmes la providence de nous avoir fait rencontrer ces coquins, et, après nous être reconfortés par un bon repas , nous continuâmes notre voyage en marchant vers le Sud. Les brigands , bâillonnés , et les mains solidement attachées derrière le dos, étaient conduits parles trois avocats, au moyen d'une forte corde. Voyant qu'ils n'avaient aucune chance d'évasion, ils marchèrent gaillardement à côté des chevaux. Tout le jour durant, le prédicateur s'amusa à leur prêcher la probité et la morale.
Sur le soir , nous campâmes dans une de ces plaines, d'un mille de circonférence qu'on rencontre si fréquemment dans l'ouest. Les vingt milles que nous venions de parcourir, joints à la course forcée que nos bêtes avaient faite dans la matinée, les avaient complètement épuisées; de plus, ayant alors quatre hommes à pied, nous ne pouvions pas voyager aussi vite qu'auparavant. Nous allumâmes du feu, et donnâmes à mangera nos prisonniers. Deux d'entre eux, pieds et poings liés , furent placés au centre de notre cercle, et les deux autres, qui étaient tout meurtris de leur chute du matin, se couchèrent auprès du feu, enveloppés dans une couverture.
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Bien que nous crussions n'avoir rien à craindre de ces drôles, qui étaient ou garrottés ou si faibles qu'ils pouvaient à peine se mouvoir, nous résolûmes de faire le guet, et, comme Gabriel et moi n'avions pas dormi la nuit précédente , Roche fut désigné pour la première faction.
Je me réveillai presque gelé , et, à ma grande surprise , je m'aperçus que notre feu était éteint. Je me levai pourvoir ce qu'il en était des prisonniers. Ceux que nous avions placés dans notre cercle ronflaient bruyamment; mais les deux autres, dont les pieds n'avaient pas été garrottés à cause de leurs contusions , avaient disparu. Le factionnaire , qui était un des avocats , avait bu trop de whisky , et s'était endormi. Les voleurs avaient laissé la couverture ; je la tàtai, et je m'aperçus qu'elle était encore chaude , et que par conséquent les coquins n'étaieut pas partis depuis longtemps.
Le jour commençait à poindre. J'éveillai mes compagnons. L'avocat , tout confus, s'excusa de la manière la plus humble, et, pour prouver son repentir, versa à terre toute la liqueur qui restait dans sa gourde. Dès que Gabriel et Roche furent levés, nous cherchâmes dans l'herbe les empreintes des pieds que nous ne tardâmes pas à trouver ; elles nous conduisirent droit à l'endroit où nous avions laissé nos chevaux paître en toute liberté. Nous nous aperçûmes alors , pour la pre-
mière fois, que les chevaux qui étaient ferrés, et qui appartenaient aux avocats, avaient été déferrés la veille, pendant qu'ils étaient au pouvoir des voleurs.
Il était facile de voir, aux empreintes nombreuses disséminées dans toutes les directions, que les fugitifs avaient tenté, mais en vain, d'attrapper quelques-uns de nos chevaux. En suivant les empreintes un peu plus loin, nous arrivâmes à un petit ruisseau sablonneux où la piste était perdue, et, sur l'autre rive, nous vîmes, à notre grand étonnement, que, selon toutes les apparences , les voleurs avaient trouvé assistance dans le voisinage , et qu'ils s'étaient échappés sur un grand cheval américain dont l'amble était si léger, que l'empreinte de ses quatre fers était à peine marquée sur le sol. Il semblait aussi que l'animal était blessé , car l'allure était irrégulière , tantôt plus longue, tantôt plus courte, et, de temps en temps , elle déviait de deux à trois pouces de la ligne du corps.
Je crus d'abord que nous avions été découverts par une autre bande de brigands, et qu'ils étaient allés chercher du renfort pour nous écraser ; mais en examinant la piste avec plus d'attention, j'arrivai à la solution du problème. Je remarquai que dans les empreintes laissées par les fers, la place de la tête des clous , au lieu d'être concave était convexe ; d'où je conclus que les fers
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n'étaient pas fixés avec des clous; et mes soupçons (•tant éveillés , je ne tardai pas à découvrir sur mi endroit mou et sablonneux, à travers lequel la piste passait, que quelque chose avait traîné après le pied gauche de derrière , et je me convainquis que cette trace légère étoit celle d'un bout de ficelle. Un peu plus loin, je remarquai que dans les parties les plus molles du terrain, il y avait, à deux ou trois pouces en avant et en arrière de l'empreinte des fers, deux empreintes circulaires, que je reconnus être la marque du talon et de l'orteil d'un mocassin.
Le mystère était dévoilé. Nous n'avions pas visité nos prisonniers , et l'un d'eux avait, sans nul doute, conservé les fers enlevés aux chevaux. Ces fers sont très estimés dans ces districts, parce qu'on ne peut pas les remplacer. Ayant vainement tenté d'attraper quelques-uns de nos chevaux , les fugitifs avaient fait disparaître les traces qu'ils avaient laissées en passant le ruisseau , et avaient attaché les fers à leurs pieds avec de la ficelle ; puis , s'étant mis en ligne, à la distance requise , ils étaient partis du même pied, imitant ainsi l'allure d'un cheval rapide.
Le tour n'était pas maladroit, et prouvait que les drôles n'étaient pas des novices; mais ils n'avaient pas encore acquis suffisamment le tact particulier que la vie sauvage peut seule donner. Des Indiens , à leur place, auraient mis des petits
morceaux de bois dans les trous des fers pour imiter les clous , et se seraient évades.
Nous retournâmes au camp pour nous armer, et les avocats , désirant regagner notre confiance, demandèrent avec instance qu'on leur permît de poursuivre et de rattraper les fugitifs. Ils revinrent à midi, accablés de fatigue, mais ayant réussi. Les prisonniers furent alors attachés par la ceinture , pieds et poings liés , à un jeune pin que nous abattîmes à cet effet. Gomme les chevaux des avocats étaient tout à fait rendus, nous résolûmes de prolonger notre halte jusqu'au lendemain. Plusieurs d'entre nous allèrent à la chasse des dindons et des faisans pour se procurer un ou deux jours de vivres. Je tentai, mais vainement, d'obtenir quelques renseignements des prisonniers ; jamais ils ne voulurent répondre aux demandes, que je leur fis , pour savoir de quel côté se trouvaient les établissements.
Vers le soir, pendant que nous étions à souper, nous reçûmes la visite d'une troupe de chiens , qui, s'arrêtant à dix mètres de nous, se mirent à aboyer avec fureur. Pensant d'abord qu'ils appartenaient à des brigands qui les avaient dressés à suivre les voyageurs, nous saisîmes rapidement nos armes , et nous préparâmes à combattre. Mais Gabriel ayant affirmé que ces animaux étaient d'une race particulière appartenant aux Cherokees, aux Choctaws, aux Greeks et à d'autres
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tribus indiennes à demi-civilisées , établies sur la rivière Rouge, nous nous mîmes a crier et à tirer nos carabines pour guider \< rs nous les Indiens < pie nous présumions n'être pas loin de leurs chiens. Nous ne nous trompions pas, car peu de minutes après, quatre-vingt Cherokees s'élancèrent à travers le couvert et arrêtèrent leurs chevaux de\ant nous. Tout fut expliqué dans un moment.
Depuis longtemps, de nombreuses bandes de brigands ravageaient avec impunité les plantations situées au-dessus du grand coude de la rivière Rouge. Les habitants de l'Arkansas accusaient les Texiens qui, de leur côté, prétendaient que les pillards étaient des indiens; H. Yellt, gouverneur de l'Arkansas , s'étant plaint à Ross, chef des Cherokees; celui-ci avait répondu que les brigands étaient des Texiens et des hommes de l'Arkansas, et pour prouver son assertion, il avait ordonné à une bande de ses guerriers de courir le pays jusqu'à ce qu'elle eut pris les déprédateurs. Cette bande, après avoir suivi quelques pistes, avait rencontré celles des avocats et de leurs prisonniers, et, guidée par ses chiens, était arrivée à notre camp.
Nous lui livrâmes tous nos prisonniers , dont nous fûmes heureux de pouvoir nous débarrasser. Le chef ordonna généreusement à un de ses hommes de donner son cheval et sa selle au prédiea-
tcur ; mais nous ne voulûmes y consentir qu'à condition que ce ne serait pas un don gratuit , et chacun de nous ayant versé dix dollars, nous payâmes l'indien qui, assurément , ne fit pas un mauvais marché.
Le lendemain matin, le chef Cherokee nous conseilla de nous diriger vers le sud, jusqu'à ce que nous fussions arrivés aux sources de la rivière Sabine. Marchant de là vers le nord ou vers l'est, nous étions sûrs d'atteindre, en peu de jours, la rivière Rouge, en traversant les établissements des nouveaux colons. Avant de nous quitter, les Indiens nous donnèrent des pipes et du tabac , dont nous avions le plus grand besoin , et, après avoir bien déjeuné, nous continuâmes notre voyage,