‹ Ma biographie: ouvrage posthumeChapitre 50 sur 71 · LE BON VIEILLARD · texte numérisé non relu

LE BON VIEILLARD

Note LXXII. —-Au ven :

JVi bu jadis avec le bon Panard.

Panard est un des noms que les chansonniers ont dû répéter le plus souvent. Le premier peut-être il a soumis la clianson à une correction étudiée et à une grande richesse de rimes. Il a conunencé à rendre ce genre difficile pour les simples amateurs. C'est cependant plutôt un coupletteur habile qu'un vrai poète. Panard se meut dans un cercle d'idées très-étroit et il ne fit jamais de la chanson ni un petit drame ni un tableau. Gallet, moins connu, moins cité, lui ost peut-être supérieur sous ce rapport.

Les Mémoires de Marmontel contiennent différents passages sur Panard qui le font aimer, et donnent Ueu de croire que, grâce à une douce indifférence, ce chansonnier dut vivre heureux. (NoU de Béranger.)

Voici un extrait curieux du Bvrc IV des Mémoires de Marmontel que cite Béranger [Note de P Éditeur) :

« Ce vaurien (Gtnllet) était un original assez curieux ù coiv naître.

« Cêtail un marchand épicier de la rue des Lombards, qui, plus assidu au UiéAtrc de la foire qu*à sa bouti<iue, s* était déj& ruiné lorsque je le connus. Il était hydropîque, et nVn buvait pas moins et nVn était pas moins joyeux : aussi pou soucieux de la mort que soigneux de la vie, cl tel qu'enfin dans la miscTC, dans la captivité, sur un lit de douleur, et presque a Tagonie, il ne cessa de faire un jeu de toul cela.

« Après sa banqueroute, réfugié au Temple, lieu de fraDchi^<' alors pour les débiteurs insolvables, comme il y recevait tous h's jours des mémoires de créanciers : « Me voilà, disait-il, a logé au Temple des mémoires. » Quand son hydropisic fut hur le point de TétoulTer, le vicaire du Temple étant venu lui administrer Textréme-onction : « Ah! monsieur l'abbé, lui « dit-il, vous venez me graisser les bottes; cela est inutile, « car je m'en vais par eau. » Le même jour il écrivit à son ami Collé , et, en lui souhaitant la bonne année par des couplets sur Tair : Accompagné de plusieurs autres, il terminait ainsi sa dernière gaieté :

De (c^ couple! s soyi^z renient :

Jo vous en ferais bien autant, Kt plus qu'on ne compte «l'apùtri*.*- Mai«<. cher Colk*, vj.ici l'imlant Ol\ certain rosoycur m'attenil.

Accompagna de plnsieitr» autre<*.

(( Le bon homme Panard, aussi insouciant que son ami, au^si oublieux du passé et négligent de Tavenir, avait plutôt dans son infortune la tranquillité d'un enfant que rindiflërenri*

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d*un philosophe. Le soin de se nourrir, de se loger, de so vêtir, ne le regardait point ; c'éL'ut Taffaire de ses amis, et il en avait d'assez bons pour mériter cette confiance. Dans les mœurs, comme dans Tesprit, il tenait beaucoup du naturel simple et naïf de la Fontaine. Jamais Textérieur n'annonça moins de délicatesse ; il en avait pourtant dans la pensée et d«'ins l'expression. »

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