‹ Ma biographie (volume 2)Chapitre 10 sur 25 · MA II 1 0 (1 R A P H I E · texte numérisé non relu

MA II 1 0 (1 R A P H I E

L’espérance guide nos pas Aux sons d’une Ilûte enchantée.

Qu’on aille en poste ou bien à pied,

Au même but l’on court sans doute.

Ueureux celui que l’amitié Attend aux deux bouts de la route!

Amis,, dans nos joyeux ébats

Que tout vain regret s’évapore ; , «

Puisque l’on voyage ici-bas,

Nous nous rencontrerons encore.

Autre départ.

Ain : Coinm’ va vient, coniin' ça passe.

Adieu donc, troupe folle,

A profit mettons ce jour.

Au départ le temps vole Pour avancer le retour.

Je quitte l'hôtellerie Où, quand j’étais las d’errer Sur le chemin de la vie,

L’amitié m’a fait entrer.

Adieu donc, etc.

« Le plaisir, douce chimère,

Fuit toujours, « dit le vieillard.

Rétorquons sa plainte amère :

Le plaisir reste, et l’on part.

Adieu donc, etc.

Au dîner qui nous rassemble, Quoi ! l'on brise un rouge-bord 1 C’est qu’ici l’amitié tremble En signant mon passe-port.

Adieu donc, etc.

En voyageant, si je passe La borne de nos douleurs, Puissiez-vous suivre ma trace Au parfum de quelques fleurs.

Adieu donc, troupe folle,

A profit mettons ce jour.

Au départ le temps vole Pour avancer le retour.

Je nie trouvais à Péronne pour une Saint-Jean-Porte- Latine, fête des imprimeurs : j’allai, avec les ouvriers, porter le bouquet au vieux père Laisnev, mon ancien maître, et, paré du bonnet et du tablier de papier, je lui chantai, ainsi qu’à sa femme :

Nos bourgeois, ma toilette est faite,

Avec bonnet et tablier ;

J’ai, pour chanter à celte fête,

Les droits d’un ancien ouvrier.

L’amitié m’anime.

Amis, c’est cela

Qu’il faut qu’on imprime,

Qu’on imprime là.

main sur le cœur.)

ko

Qu’à travailler chacun s’empresse;

Savants, prenez le composteur.

Nous autres, courons à la presse :

Tout ira bien sans correcteur.

L’amitié m’anime, etc.

Saint Jean, à qui nous allons boire,

Devrait me reprendre au cassier :

Que l'art qui fait vivre la gloire N’est-il mon père nourricier!

L’amitié m'anime, etc.

Ces chansonnettes me rendent d’heureux souvenirs el me parlent d’amis dont beaucoup, hélas! m’ont précédé dans la tombe. J’en fis alors de bien plus folles, qui eurent un grand retentissement dans le pays; mais l’une d’elles faillit m’attirer de fâcheuses affaires.

Péronne avait et a peut-être encore une compagnie de chevaliers de l’arc. J’étais dans celte ville, lorsq ue ces messieurs, tirant un geai, oiseau de bois peint perché au bout d’un mût de cinquante pieds de haut, s’y prirent à deux fois sans abattre l’oiseau. Je broche à la hâte une espèce de vaudeville, et le voilà qui court, gros d’une vingtaine d’épigrammes plus mordantes que spirituelles, à l’adresse de chacun des maladroits archers. Le scandale fu. grand, et Piron, à Beaune, n’en causa pas plus par une imprudence à peu près pareille. Si je n’avais quitté promptement le pays, il eût pu m’arriver mésaventure. Avec des ministres, même

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avec des rois, on en est quitte pour la prison et de fortes amendes; nos chevaliers n’avaient pas l’air de vouloir se contenter de si peu. Mais les bons Picards se calment aussi vite qu’ils s’emportent : ils me pardonnèrent une folie dont bientôt ils rirent eux-mêmes, et je pus retourner chanter dans cette ville, dont le souvenir m’est resté cher à tant de titres. Voici ma chanson de retour :

Am : l'an, pan, pan.

Dans ces lieux par mes bons mois.

J’ai des sots aigri la bile;

Puis-je chanter en repos Avant contre moi les sots?

Din, din, din, din, din, din, din, Ah ! sur moi dans notre ville»,

Din, din, din, din, din, din, din, On va sonner le tocsin.

Le corps de l’arc outragé A tirer sur moi s’apprête;

Vous sentez la peur que j’ai,

Car je suis plus gros qu'un geai.

Din, din, din, din, din, din, din.

Entendez-vous leur clochette*?

Din, din, din, din, din, din, din, Sur moi sonne le tocsin.

* Au jeu d’arc, une sonnette annonçait chaque coup. (Note de Béranger )

Pour guérir les imprudents,

De Piron l’histoire est bonne.

Bigots, fripons et pédants,

Sur les esprits trop mordants,

Din, din, din, diu, din, din, din,

Soit dans Beaune ou dans Péronne,

Din, din, din, din, din, din, din,

Sonnent toujours le tocsin.

Mais vous serez mes appuis,

Vous, mes amis, mes confrères ;

En revanche aussi je puis Vaincre avec vous les ennuis,

Din, din, din, din, din, din, din,

Et gaiement, au bruit des verres,

Din, din, din, din, din, din, din,

Sur eux sonner le tocsin.

Peut-être trouvera-t-on curieux de voir une autre face de celle vie de jeune homme. A côté de ces chansons inspirées par le plaisir, et donl je n’ose, sage cpie je suis devenu, rapporter les plus gaies, quelques accès de tristesse m’inspiraient des vers tels que ceux-ci.

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