IX
quor nos auteurs, niais pour expliquer par ces auteurs, échos de leurs siècles, la marche de la langue, ses tâtonnements, ses déviations, ses repos et ses progrès ?
Puisque je suis en train de parler langue, je veux dire combien, sous ce rapport, le poème de Jocelyn, à part toutes ses autres beautés, ine parait une œuvre merveilleuse. Il y a sans doute un bien grand talent dans la Chute d’un Ange; mais je n’ai jamais vu, comme dans Jocelyn, le style que nous nommons racinien entrer profondément dans les détails de la vie intime, presque à tous ses degrés. Jamais le vers ne s’est, plié aux peintures et aux narrations les plus difficiles avec autant d’aisance et de vérité, tout, en conservant son élégance et son harmonie. C’est là un très-grand progrès pour notre poésie : désormais elle peut tout dire et tout peindre.
Je sais qu’il y a dans Jocelyn des négligences et des longueurs, mais il fourmille d’assez grandes beautés pour faire passer sur quelques taches qu’il serait d’ailleurs si facile de faire disparaître. Si un pareil poème eût pu nous venir d’outre-Rhin ou d’outre- Manche, nous n’aurions pas eu assez de voix pour crier au miracle.
Il est temps de reh urner en prison pour quelques heures encore.
La policé craignait que ma sortie de la Force ne fût l’occasion de manifestations bruyantes autour de cette maison : comme je lès redoutais au moins autant
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quelle, j’avais ou soin do tromper mes amis sur le jour de ma délivrance. Le directeur ne m’en réveilla pas moins de grand matin pour me mettre à la porte, comme, il me le dit en riant. Je me trouvai libre après neuf mois de captivité et me promenai sur les boulevards avec autant d’insouciance que si je venais de sortir de chez moi, ce qui peut donner une idée de la facilité avec, laquelle je puis changer de position. On doit voir que je n’ai pas la prétention de me faire plaindre. Je touchais pourtant à la vieillesse.
Cette dernière affaire jeta un nouveau lustre sur ma vit», et, comme la dynastie, par ses fautes, décourageait chaque jour ses serviteurs les plus dévoués et les plus capables, le nombre de ceux qui me témoignèrent de labienveillance dut augmenter d’autant. J’avais toujours rêvé de connu Ire Chateaubriand ; quelle fut ma joie, lorsqu’à son retour de l’ambassade de Home j’appris qu’il désirait me connaître! Le poète qui avait trouvé la chanson si humblement placée devait en effet s’enorgueillir de voir qu’elle avait fini par attirer l’attention de l’auteur des Martyrs et du Génie du Christianisme. C’est la plus haute récompense littéraire que je pusse obtenir. Dans les ouvrages que M. de Chateaubriand a publiés depuis le jour où, pour la première fois, je lui serrai la main, il a témoigné au public de toute sa bienveillance pour moi. Ce qu’il laissera ignorer, c’est qu’ayant su, il y a deux ans, que j’éprouvais quelque embarras d’argent qui me forçait à des réformes sur le nécessaire, il s’empressa de m’ouvrir sa
bourse , à l’instant où lui-même était contraint de vendre la retraite qu’il s’était créée rue d’Enfer. Je fus tenté d’accepter ses offres, non pour en faire usage, mais pour que nous nous eussions une mutuelle obligation. Je n’en fis rien, parce que j’habite à soixante lieues de Paris, que l’argent coûte cher à envoyer et à renvoyer, et que sans doute aujourd’hui les plaisirs coûteux lui sont défendus comme h moi, à qui ils n’ont guère été permis jamais.
En tête d’un exemplaire des ses Études historiques dont il me fit présent, l’auteur de Bené a écrit à l’auteur de la Bonne Vieille un couplet que je veux copier ici :
Ainsi que vous j'ai pleuré sur la France ;
Dites un jour aux lits des nouveaux preux Que je parlais de gloire et d’espérance A mon pays quand il fut malheureux.
Rappelez-lcur que l'aquilon terrible A ravagé mes dernières moissons ;
Faites revivre, au coin d’un feu paisible Mon souvenir dans vos nobles chansons.
À ce litre de gloire, que je tiens à conserver, que ne puis-je joindre quelques lettres de mon illustre e| excellent ami Lamennais *, qui, ainsi que moi, voudrait tant que nous pussions achever de vieillir ensemble !
’ Voir l’Appendice. {Note de l’Éditeur.)