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travailler à notre constitution, s’il ne parvient à se procurer, avant toute chose, les lois île Minos. Du mélange fjue nous avons fait de l’ancien et du moderne, du paganisme et du christianisme, est née une civilisation de pièces et de morceaux, habit d* Arlequin qui, heureusement, commence à tomber en loques. Ma colère, à ce sujet, faisait rire alors, et fera rire peut-être encore aujourd’hui. Cela ne m’a pas empêché, malgré mon amour pour les Grecs, de prendre à guignon les grands hommes de Plutarque et Plutarque lui-même, ce Grec qui n’ose apprécier ni la grandeur politique de Démosthènes, ni le génie d’Aristophane. Étudions l’antiquité, respectons la tradition, mais ne leur empruntons que ce dont nous ne pouvons nous passer. Mon admiration pour Bonaparte ne m’a pas empêché de le traiter souvent d’homme de collège. Paoli l’avait bien deviné : c’était sous beaucoup de rapports un héros de Plutarque; aussi restera-t-il, je l’espère, le dernier ' et peut-être le plus grand des hommes de l’ancien monde, qu’il aimait à refaire, A sa manière toutefois. Hélas ! rien ne porte malheur comme de lutter contre un monde nouveau ! Napoléon a succombé à la tâche. En 1815, justifiant le mot de Paoli, il écrivait au régent d’Angleterre qu’il venait, comme Théinistocle, s’asseoir au foyer britannique \ Le peuple anglais et
Eu 1840, nous avons traité Napoléon à son goût. Après la publication du procès-verbal d'exhumation qui constatait que ses restes étaient dans un état de conservation à faire crier miracle, les journaux et les proclamations des autorités nous ont parlé
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son prince ont été bien sensibles à ce souvenir de Plntarque.
Dans les premiers temps du Consulat, pour échapper à ma pénible position, je tentai de me faire envoyer en Égypte, où notre armée semblait pouvoir résister longtemps encore. Parceval-Grandmaison, que je connaissais et qui en était revenu avec Bonaparte, consulté par moi sur ce projet, m'en démontra tous les inconvénients. .le dns céder à ses avis. Que de fois depuis ne m’a-t-il pas dit : « N’avais-je pas raison? » Moi non pins je n’avais pas tort ; car le problème i\ résoudre était de n’ètre pas à charge à mon père et de trouver le moyen de vivre, n’importe en quel lieu du monde.
Il y avait pourtant quelque douceur dans ma pauvreté. J’habitais une mansarde, au sixième étage, sur le boulevard Saint-Martin. De quelle belle vue je jouissais là ! Que j’aimais, le soir, à planer sur l’immense ville, lorsqu’aux bruits qui s’en élèvent sans cesse venait se mêler le bruit de quelque grand orage ! Je m’étais installé dans ce grenier avec une satisfaction indicible, sans argent, sans certitude d’avenir, mais heureux d’être enfin délivré de tant de mauvaises affaires qui, depuis mon retour à Paris, n’avaient cessé de froisser mes sentiments et mes goûts. Vivre seul, faire des vers tout à mon aise, me parut une félicité.
des cendres de Napoléon. Les poêles, bien entendu, n’ont pas été les derniers à se servir du mot cendres. Aussi raconta-t-on c|u’un vieux soldat, en l'entendant répéter, s'écria : «Voyoz! ces produis d'AnpIais l’avaient brûlé! » ' Note de Béranger.)
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Kt puis, ma sagesse en herbe n’était pas de celles qui bannissent toutes les joies: il s’en fallait bien. Peut-être n’ai-je jamais parfaitement connu ce que nos romanciers anciens et nouveaux appellent l'amour; car je n’ai jamais regardé la femme comme une épouse ou comme une maîtresse, ce qui n'est trop souvent qu’en taire une esclave ou un tyran, et j« n’ai jamais vu eu elle qu’une amie que Dieu nous a donnée. La tendresse pleine d’estime que ce sexe m’a inspirée dés ma jeunesse n’a cessé d’être la source de nies plus douces consolations. Ainsi j’ai triomphé d’une secrète disposition à l'humeur noire, dont les retours devinrent de moins en moins fréquents, grâce aux femmes et à la poésie. 11 me suffirait de dire grâce aux femmes, car i la poésie me vient d’elles.
Alors même que cette fâcheuse humeur me tourmentait le plus, je n’en étais pas moins, dans nos réunions d’amis, le plus fou et le plus gai de tous. Quelle douce chose que des amis ! Mes méditations littéraires ne m'empêchaient pas d’avoir des chansons pour tous les joyeux dîners que notre bourse nous permettait. Pas un carnaval ne se passait sans mascarades ; jouer la comédie fut un de mes grands divertissements, et je composais de petits vaudevilles pour nos fêtes particulières, ce qui rend plus extraordinaire le peu de plaisir que par la suite j’ai trouvé à aller au spectacle \
' L'éditeur de Béranger a été assez heureux pounycquérir ré* cumulent un manuscrit qui n’a |>as moins de cent liages iu-lblio, et date de Une lettre y est jointe, qui expié M^ommeul
A cet Age, j'ai formé d’aimables liaisons qui me restent encore : Antier, qui a donné beaucoup d’ouvrages à nos théâtres secondaires et qui a fait tant de jolies chansons restées inédites, car il n’a jamais visé sérieusement à se faire une réputation, ce qui lui eût été facile ; Lebrun, homme d’un caractère si pur et si bon, devenu académicien, mais que de beaux et légitimes succès littéraires n’ont pas empêché de se décourager • trop tôt ; Wilhem Bocquillon, inventeur d’une admirable méthode musicale, qui, en popularisant son art, a rendu un grand service à la France et surtout aux classes ouvrières, pour lesquelles la musique est un moyen d’amélioration.
Béranger avait entrepris, à celle époque, un travail historique sur les héros de l'antiquité grecque, lies études lui avaient été, selon toute apparence, commandées par un libraire ; mais, s’il écrivit une centaine de pages pour commencer cette « galerie mythologique, » il est à croire qu'il ne l’a pas achevée et qu’il se dégoûta d’une tâche qu’on ne le laissait pas libre de distribuer et de traiter à sa manière. Il demande 'dans sa lettre un collaborateur. a Je suis un mauvais manœuvre, dit-il, je conviens peu aux travaux de ce genre, et je serais toujours loin d’v trouver mon compte. » Si l’on ne trouve personne pour l’aider, « soyez persuadé, ajoute-t-il, que pour la fin d’octobre, dussé-je passer les nuits, vous aurez l’ouvrage en entier »
La lettre est datée du 28 juillet. Il est assurément très-curieux de voir à quels travaux Béranger s’exerçait dans un temps où l’on serait tenté de croire qu’il ne songeait qu’à ses amis et à des chansons légères. Les morceaux que 1 on a conservés sont de véritables articles d'érudition sur Achille, Diomède, Thésée, Hercule et d'autres personnages de l'histoire fabuleuse. On y trouve la trace des fréquentes lectures que Béranger faisait alors des traductions des poètes anciens. (Sole de l'Éditeur .)
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En parlant de Wilhem, qui a fait de si charmants airs pour quelques-unes de nies chansons et que le temps donné à sa méthode a empêché d’arriver à une liante réputation de compositeur, il me prend envie de rapporter une lettre en couplets, comme j’en ai écrit beaucoup, et que je lui adressai à l’occasion d’un Te Deum chanté à Notre-Dame, devant tous les rois courtisans de Napoléon. J’avais un billet d’entrée.
Dimanche, nous verrons cinq rois Faire oublier Dieu dans l’église.
Ils m’y chercheront, je le crois,
El j'ai fait blanchir ma chemise.
J’ai le chapeau, j'ai l'habit noir,
J’ai des bas fort bons pour la crolle.
J’aurais tout ce qu’il faut avoir.
S’il ne fallait pas de culotte.
Vive la femme de bon sens Qui culottait l’Académie!
Des neuf sœurs, et je m’en ressens,
Bien différente est la manie.
Entre nous, ami, je crois peu A leur vertu qui nous assotte,
Car ces dames se font un jeu De voir leurs amis sans culotte.
Toi dont le cœur est généreux,
Toi que j’ai toujours vu sensible,
Toi qui jamais d’un malheureux N’as trouvé la plainte risible ;
Toi qui vis comme un Robinson,
Tandis que le sort me ballotte;
Toi qui peux garder la maison,
Veux-tu me prêter ta culotte ' ?
lin seul de. mes anciens amis a rompu avec moi, en 1815, par humeur politique. C’était un artiste célèbre, homme d’un caractère ordinairement aimable et doux, mais dont la vanité sans doute s’éprit des sociétés
Béranger vient de parler tout à l'heure de son ami Antier et de son talent pour la chanson.
Nous trouvons ici même, dans le manuscrit, des couplets que M. Antier adressa à Béranger, en 1821, au moment où il allait aller en prison , à la suite de son premier procès. Sans doute Bérangqr a désiré qu’ils soient imprimés à cette place : il voulait consacrer le souvenir d’une vieille amitié qui le chantait et l’encourageait ainsi longtemps avant que sa réputation commençât. {Noie de l'Éditeur.)