‹ Ma biographie (volume 2)Chapitre 7 sur 25 · A BÉRANGER · texte numérisé non relu

A BÉRANGER

Al MOMENT OL IL \ A LRrXKIt ES PII [SOS (1821 1. Am d'Octavie.

Aux dieux des cours puisqu'on te sacritie Pour n'avoir cru qu'à des dieux indulgents,

A ton départ l'amitié le confie,

Pendant trois mois, au Dieu des lionnes gens.

Exempt de soin comme d’inquiétude.

Sur ton grabat, couché paisible et pur,

Tu dormiras mieux dans la solitude Due les tyrans sur foret sous l'azur.

Duand du repos les tranquilles délices Rafraîchiront tes membres fatigués,

L'n rêve affreux leur rendra les supplices Que la vengeance a toujours prodigués.

MA BIOGRAl'H IK HT.

aristocratiques. Cet ancien ami se repentit de s’être éloigné de moi ; mais en ainitié je n’ai jamais cru les raccommodements possibles, à moins de îfialentendu.

C’est à une longue maladie de cet artiste, pendant laquelle je ne cessai de le veiller, que je dus l’idée

Loin des llatteurs, leurs conseillers intimes, Tans l’insomnie, au sein des longues nuits, Un souvenir de leurs tristes victimes Ajoutera le remords aux ennuis.

Tu rêveras l’époque glorieuse

Où les partis oublieront leurs malheurs;

Le trône libre et la patrie heureuse, Te^décernarit des lauriers et des fleurs.

Honneur à loi ! La chanson, libre et fière, Sur le l’amasse a droit de se ranger.

La France encor ne compte qu'un Molière; La France aussi n’aura qu’un Béranger.

Tous deux, bravant une crainte servile,

Sans nul égard des couleurs ni des range.

Ont, à la cour, flétri, comme à la ville, l.e ridicule et les intolérants.

Mais on s'expose à dangereuse épreuve Lorsqu’à des fous on veut parler raison ;

Kl bienheureux, Socrate en est la preuve, D’en être quitte alors pour la prison.

Aux dieux des cours lorsqu’on te sacrifie Pour n’avoir cru qu'à des dieux indulgents.

A ton départ l’amitié te confie,

Pendant trois mois, au Dieu des bonnes gens.

Tu n’irais pas où Marchangy te loge.

Pour quelques traits malins ou graveleux,

Si des pouvoirs ta inuse eût lait l'éloge Dans vingt recueils brochés exprès pour eux.

Bon citoyen, de bassesse incapable,

Ou and l’étranger donnait chez nous le ton Tu ne vins pas, d’une rime coupable,

Diviniser Blücher et Wellington.

ma itior.it a

lit

décrire mes chansons pour la première fois. Je m’en rappelai plus de quarante, dans les nuits que je passai auprès de son lit, où il ne pouvait souffrir une garde, quoique sa fortune lui eut permis d’en avoir plusieurs. Kn les écrivant je les lui chantais pour le distraire dans ses douloureuses insomnies. Toute bonne qu’est ma mémoire, elle dut en laisser échapper beaucoup : j’en ai tant fait ! Aujourd’hui elle vient me fournir encore des couplets en réponse à une lettre où cet ingrat ami me disait, après le 20 mars, qu'il fallait attendre, pour nous revoir, le rétablissement des Bourbons. Je ne lui

Ah! l’on a dû calomnier ta vie.

Tu repoussais un régime sanglant,

Kt nul n’a droit, sans exciter l’envie.

D’être honnête homme avec un beau talent.

Tremblez, cafards! Son vers ridiculise L’hypocrisie et ses pieux excès.

Tremblez, ingrats! Son vers immortalise Les détracteurs du courage français.

Soit qu’il proclame, ou qu’il chante, ou qu'il peigne In Dieu de paix, nos plaisirs, nos travers;

\ C’est lotir à tour Collé, Itousseau, Montaigne;

\ C’est la nature : elle inspire ses vers.

D’un goût exquis, d'un commerce modeste, Toujours prodigue et de zèle et de. soin,

Quoique bien pauvre, il trouve encor du reste Pour obliger des amis au besoin.

Aux dieux des cours lorsqu'on te sacrifie Poftr n’avoir cru qu’à des dieux indulgents,

A Ion départ l’amitié le confie,

rendant trois mois, au Dieu des bonnes gens,

envoyai point ces vers, et, tant qu’il a vécu, j’ai cru ne pas devoir les publier.

Suspendons nos rapports intimes,

M’écris-tu, jusqu’à l'heureux jour Qui de tes princes légitimes T’entendra bénir le retour.

Ah ! garde ton indifférence,

De ton espoir, moi, j'ai frémi.

C'est trop que les pleurs de la France Tour me rendre un pareil ami.

Je t'aimais, et tu crois qu'on chasse

L’amitié comme un mendiant

Qui, le soir, au foyer prend place

Pour partir quand luit l'orient. * •

Non ; du toit qui lui sert d’asile

A charge {le joie et de deuil.

Si l'ingratitude l'exile,

Rlle meurt en passant le seuil.

Elle meurt! je sens qu’elle expire;

Fière, elle subit ton arrêt,

Dont seul tout bas mon cœur soupire,

Mais qu’en vain le tien casserait .

Crois-moi, si ton parti l’emporte,

Eussé-je à courir des dangers, .

Je n’irai point chercher ta porte :

Tu peux l’ouvrir aux étrangers,

Mais revenons à 1801, dansmçn grenier du boulevard Sftint-Martin . La misère augmentait, et la conscription était venue jeter une nouvelle inquiétude dans nia

vie. If était facile de se nourrir de pain et de fromage, malgré la violence de mon appétit. Mais comment échapper à la levée militaire et à ses exécuteurs?

Ma frôle constitution, et surtout la faiblesse de ma vue, qui eussent fait de moi un soldat d’hôpital, me plaçaient dans le cas d’exemption certaine. On ne croyait pas, tant j’étais pôle et maigre, que je pusse atteindre trente ans : ma poitrine semblait fort mauvaise, et mon père me répétait sans fin : « Tu n’as pas longtemps à vivre. Je t’enterrerai bientôt. » Nous ne nous en affligions ni l’un ni l’autre. Malheureusement la position que semblait lui donner son cabinet dé lecture l’obligeait, si ma réforme n’était pas prononcée, à payer un remplaçant, ce qui lui était réellement impossible.

Ma conscience bien rassurée sur mon incapacité militaire, je ne trouvai qu’un moyen de sauver à mon père la dépense qui en fût résultée pour lui. Je ne me fis pas inscrire sur les contrôles, ce qui alors était encore possible. Mais je me plaçais ainsi sous le coup d’une arrestation presque inévitable. Cruel tourment ajouté à tant d’autres ! Beaucoup de jeunes gens se découragent à moins. Je tins bon contre l’adversité, et le ciel me vint en aide. Chauve à vingt-trois ans, sans ••-aiise appréciable que mes maux de tête, je pus, gràee à l’apparente maturité que donne la calvitie, braver gendarmes et officiers de police, toujours à l'affût des conscrits réfractaires. Il me suffisait de mettre chapeau bas devant eux pour que mon front, qui bien*avant trente ans en marquait quarante-cinq, leur ôtai l’idée

de nie demander mes papiers. J’ai eu longtemps à saluer ces messieurs, car les réfractaires de ma classe ne furent amnistiés qu’au mariage de Napoléon avec Marie-Louise. Ce qui prouve que les petits ne pâtissent pas toujours des sottises des grands.

Quant à la fortune, elle parut aussi se laisser toucher. J avais usé trois ans ;i chercher un petit emploi et surtout à rimer, passant de la satire politique aux odes et aux idylles, de la comédie au poème épique. Pressé par des besoins sans cesse renaissants, un jour je m’avise d'écrire à M. I Aicien Bonaparte : c’était au commencement de 1804. J’ai dit ailleurs combien fut heureuse pour moi cette démarche désespérée; mais j’aime à me rappeler dans quelle misérable situation et sous quel avenir menaçant j’étais placé quand tomba sur moi ce rayon de soleil.

Depuis longtemps la montre d’or et quelques autres débris de notre passagère opulence servaient d'hypothèque au Mont-de-Piété; ma garde-rôhe se composait de trois mauvaises chemises qu’une main amie se fatiguait à raccommoder, d’une mince redingote bien râpée, d'un pantalon percé au genou et d’une paire do bottes qui faisait mon désespoir, parce qu’en les décrottant chaque matin j'y découvrais toujours quelque blessure nouvelle. Je venais de jeter à la poste quatre ou cinq cents vers dans une lettre d’envoi à M. Lucien, ne révélant à personne cette tentative faite après tant d’autres tentatives. Deux jours passés sans réponse, un soir, la meilleure amie que j'aie eue, la bonne

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