‹ Ma biographie (volume 3)Chapitre 54 sur 89 · LE BON VIEILLARD · texte numérisé non relu

LE BON VIEILLARD

Note LXXH. — Au vers :

J*ai bu jadis avec lo bon Panard.

Panard est un des noms que les chansonniers ont dû répéter le plus souvent. Le premier peut-être il a soumis la dianson à une correction étudiée et à une grande richesse de rimes. Il a commencé à rendre ce genre difficile pour les simples amateurs. C'est cependant plutôt un coupletteur habile qu'un vrai poète. Panard se meut dans un cercle d'idées très-étroit et il ne fit jamais de la chanson ni un petit drame ni un tableau* Gallet, moins connu, moins cité, lui est peut-être supérieur sous ce rapport.

Les Mémoires de Marmontel contiennent différents passages sur Panard qui le font aimer, et donnent lieu de croire que, grâce à une douce indifTérence, ce chansonnier dut vivre heureux. (Noie de Béranger.)

Voici un extrait curieux du livre IV des Mémoires de Marmontel que cite Déranger {Note de l* Éditeur) :

« Ce \auricn (Gallct) était iin original assez curieux a connaître.

ff C'était un marchand épicier de la rue des Lombards, qui, plus assidu au théâtre de la foire qu'à sa boutique, s*était déjà ruiné lorsque je le connus. Il était hydropique, et n*cn buvait pas moins et n'en était pas moins joyeux : aussi peu soucieux de la mort que soigneux de la vie, et tel qu'enfin dans la misère, dans la captivité, sur im lit de douleur, el presque à l'agonie, il ne cessa de faire un jeu de tout cela.

« Après sa banqueroute, réfugié au Temple, lieu de franchise alors pour les débiteurs insolvables, comme il y recevait tous les jours des mémoires de créanciers : « Me voilà, disait-il, « logé au Temple des mémoires. » Quand son hydropisie fut sur le point de l'étouffer, là vicairç du Temple étant venu lui administrer l'extréme-onction : « Ah! monsieur l'abbé, lui « dit-il, vous venez me graisser les bottes; cela est inutile, i car je m'en vais par eau. » Le même jour il écrivit à son ami Collé , et, en lui souhaitant la bonne année par des couplets sur l'air : Accompagné de plusieurs autres, il terminait ainsi sa dernière gaieté :

De cc.'> couplcls soyez conlcnt :

Je TOUS en fenis bien auUntf Et plus qu'on ne compte d'apôlrc^; Mais, cher Collé, voici Tinstanl Où certain fo^s<)yeu^ m'attend.

Accompagné de phivieiire autres.

<( Le bon homme Panard, aussi insouciant que sou ami, aussi oublieux du passé et négligent de l'avenir, avait plutôt dans son infortune la tranqniUité d'un enfant que l'indifiërencc

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d'un philosophe. Le soin de se nouirir, de se loger, de se \ètii% ne le regardait point ; c'était Taibire de ses amis, et il en avait d'assez bons pour mériter cette confiance. Dans les nKeurs, comme dans Tesprit, il tenait beaucoup du naturel simple et naïf de la Fontaine. Jamais Textérieur n'annonça moins de délicatesse ; il en avait pourtant dans la pensée et dans l'expression. »

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