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LA RIME

Ans : Va-t'eii voir s'ils viennent.

Quels cliarils n'avons-nous pas eus

A fêle pareille!

Mon cœur, (Mêle aux vieux us,

Me crie à l'oreille :

Cours après la rime, \

Cours, '/ Bis.

Cours après la riui '. )

Mais la rime sans pilié

Me devient rebelle, Elle luit...; lenilre amilié,

Cours vite après elle,

Cours après, etc.

Raison, qui la querellais,

Deviens plus ljcnig;ne ; Tu peux, faute de filets,

La prendre à la ligne.

Cours après, etc.

Fais-la se rendre à mes vœux Toi, peu timorée,

198 ÀPt>ENDICË.

Gailé, qui par les cheveux L'as cent fois lin'e.

Cours après, etc.

Gaudriole, à la cherclici' Prouve ton adresse.

Tartufe a pour la cacher Sou livre de messe.

Cours après, etc.

Philosophie, aux abois Mets celte doiizelle.

Qui souvent, avec mes doigts Moucha ta chandelle.

Cours après, etc.

Mais sans elle à ce repas Le pjaisir arrive.

Joyeux amis, n'allons pas Dire à ce convive :

Cours après la rime, Cours,

Ccurs après la rime.

Lorsque même le nom de la République eut été effacé, le chagrin de Béranger s'accrut encore. Il cessa de vivre dans le passé, et sa pensée se réfugia dans l'avenir.

C'est lorsqu'il eut quitté Beaujon, en 1855, que la santé de Béranger commença à s'altérer. Sa dernière habitation a été celle de la rue Vendôme ^

1 ^é et élevé rue Montorgueil, à l'ancien n" 50, Béranger habita ensuite le boulevard du Temple (rue Notre-Dame-de-Kazareth) avec sa mère. Il fut mis en pension rue des Boulets, dans le faubourg Saint-Antoine. A\i retour de Péronne, il lo"-ea avec son père au n° 14, puis au n" ib de la rue du Faubourg-Poissonnière ; en 1800, il demeurait rue Sainl-Nicaise (n» 486 d'alors); puis sur le boulevard Saint-Martin, près de lAmbigu, en enti-ant par la rue de Bondy, à un sixième éta"-e, où il trouva son grenier. Sous l'Empire, il logeait rue de Porî-Mahon, n» 12 1808), puis rue de Bellefonds, n° 20.

Voici quels ont été depuis les logements de Béranger : rue des Martyrs ^miison de Manuel, n° 25 ; — rue de La Tour-d'.^uvergne, n° 50; — (1855) rue Basse, n» 22. à Passij;— ll85o) rue des Petils-Ciiamps, à Fontainebleau;— (1830) à la

De nouvelles pertes d'argent et les premières fatigues de la maladie le contraignirent à renoncer aux petites réunions qu'il aimait; il devint plus triste, et ce fut avec un vrai chagrin qu'il dut renoncer à ses promenades.

C'est ce moment que choisirent des hommes inconsidérés pour calomnier, dans un journal étranger, l'homme qui appartenait dès lors à la mort. Ils l'ont accusé d'avoir accepté en cachette une pension de la cour.

Sa Majesté l'Impératrice avait, en effet, voulu que la vieillesse du poëte national fût mise à l'abri de toute espèce de gêne, même de celle qu'il éprouvait lorsqu'il ne pouvait donner assez au pauvre monde ; mais Béranger, qu'il fallut instruire de ces marques d'une si haute bienveillance, refusa de les accepter, tout en remerciant de sa grâce et de sa bonté la femme qui, du haut du trône, avait songé au chantre de la démocratie.

Cependant la maladie de Béranger s'aggravait. Sa mémoire s'égarait par instants. M. Charles Bernard, son médecin le plus dévoué, le fils de son ancien ami, M. Joseph Bernard, étudiait déjà avec inquiétude sa physionomie. M. Trousseau, l'élève de M. Bretonneau, de Tours, que Béranger a tant aimé pendant ses vingt dernières années, appelé dès lors pour conjurer le mal inconnu, déclara que ce mal ne se conjurait pas : c'était une hypertrophie du cœur, compliquée d'une maladie de foie. Il promit de faire tous ses efforts pour lutter le pluslongtemps possible contre la maladie, et il a tenu sa promesse. Au milieu de ses travaux continuels il a toujours trouvé le temps de visiter et de soigner le malade qu'il avait condamné. Dans les derniers jours

Grcnadiùre, à Tours; — (1838'i rue Clinnoineau et rue Saiiit-Èloi, à Tours: — (1840) chez madame Lacroix, à Fonfenay-sous-Bois ; ~[\SiO) maison particulière, à F ontenay-sous-Bois ; — (1841) rue Vineuse, à Passy ; — rue des Moulins, à Passy : — (1845) rue de l'Orangerie, n" 10, à Versailles; — (1846) avenue Sainte- Marie, à Paris; — (1847) encore à Passy ; — (1850) rue d'Enfer, n'ilô; — (1851) avenue Chateaubriand, u° 5; — (1855) rue de Vendôme, n" 5.

400 APPF.NDICE.

de la maladie, il vint le voir régulièrement deux fois par jour.

Bcranger ne vivait plus que par une espèce de miracle; on craignit de le perdre au commencement de l'hiver 1856. Son excellente constitution résistait et il retrouvait même par momenis sa vivacité. Son âme généreuse ne l'abandonna jamais. Déjà retenu chez lui et presque alité, il ne se plaignait que de ses bonnes œuvres suspendues, et il n'écrivait, d'une écriture souvent obscurcie, que pour venir encore en aide à ses amis et à ses protégés.

Mademoiselle Judith, qui s'était bien soutenue jusqu'à la fin de l'année 1856, devint tout à coup gravement malade : un cancer à l'estomac l'abattit ; elle ne pouvait plus prendre de nourriture, mais son œil résigné et sa douce voix attestaient la force et la sérénité de son esprit. Elle est morte le 8 avril 1857, presque sans agonie, avec un courage et une fermeté dont il y a peu d'exemples. On vit, à son lit de mort, qu'elle avait été digne de partager la vie de son ami. Son nom mérite de rester inscrit à côté du nom de Béranger.

Elle avait environ deux ans de plus que lui. C'est elle qui semblait toutefois devoir lui survivre, et il l'avait d'abord désignée pour son héritière.

Nous voilà arrivés au milieu des images funèbres; tout parle maintenant de cette grande mort du poète.

Béranger avait, dès 1844, nommé M. Perrotin son exécuteur testamentaire.

« Après de mûres réflexions, et malgré l'intérêt que mon éditeur, M. Perrotin, aura à ma succession par suite des arrangements que j'ai faits avec lui, sûr comme je le suis de sa haute probité et de son dévouement sans bornes, je nomme ledit Perrotin mon exécuteur testamentaire.

« Fait à Passy, le sept juin mil huit cent quarante-quatre. « Pieiu!i>Jean de Béiia^geh. »

Trois ans après il remettait à M. Perrotin la copie de son testament, récrit en 1851 S et accompagnait cette copie d'une lettre que voici :

« A monsieur Perrotin,

« Voici, mon cher Perrotin, la copie de mon testament, ainsi qu'un codicille qui vous nomme mon exécuteur testamentaire. Aussitôt mon décès, je vous autorise à décacheter le tout et à agir dans l'intérêt de Judith, que j'institue ma légataire universelle, et aussi dans votre intérêt, en vous emparant de mes brouillons, de mes chansons, des cahiers que je pourrais ne vous avoir pas encore remis, de la préface pour le volume posthume et de ma Biographie, qui sera dans le grand tiroir de mon secrétaire.

« Il se trouvera dans mes papiers beaucoup de lettres que je n'aurai pas brûlées ; il faut les anéantir, à moins d'un besoin impérieux ; surtout, il n'en faut donner aucune aux quê-

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