‹ Ma captivité en Allemagne;Chapitre 10 sur 13 · LA FORTERESSE DE RASTATT. — LE RETOUR · texte numérisé non relu

LA FORTERESSE DE RASTATT. — LE RETOUR

Trois forteresses défendent la yille de Rastatt. Au levant, le Fort-Louis; au nord, le Fort-Léopold; à l'ouest, le Fort-Friedrichs. La ville, arrosée par une petite rivière — la Marg, — barre la vaste plaine qui s'étend du Rhin au pied de la Forêt-Noire.

C'est à Rastatt que Villars et le prince de Savoie discutèrent, à grand éclat, les conditions de la paix qui termina la longue guerre pour la Succession d'Espagne, entre la France et l'Empire. — Rastatt rappelle un souvenir tragique plus récent. A 800 mètres de la ville, les Commissaires français, venus au Congrès de 1797, pour signer la paix entre la France et l'Allemagne, furent assassinés par des hussards autrichiens. — Les mœurs n'ont pas sensiblement changé I

Les forteresses Louis et Léopold sont affeo-

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tées à rinternement ordinaire des otages et des prisonniers français. La troisième — Friedrichs-Feste — forme le camp de concentration des prisonniers échangés contre les prisonniers allemands, et destinés au rapatriement. Dans ces trois citadelles, le traitement est exactement le même, aussi dur, aussi déprimant, aussi mortel.

Nous espérions ne rester que quelques instants à Rastatt — (( le temps de remplir les formalités nécessaires au rapatriement », nous avait-on assuré. Nous avions compté sans la mauvaise foi ordinaire des Allemands. Une voiture d'ambulance nous enlève, traverse la ville, franchit la Murg, nous dépose dans la cour de la forteresse Friedrichs, aux murs sombres et massifs, à l'aspect glacial et menaçant; la lourde porte se referme sur nous. Ce n'est pas encore la liberté !

Le spectacle qui frappe d'abord nos yeux est navrant. Dans une cour, longue, étroite, coupée par de nombreuses constructions, 260 ieunes gens, de i4 à 18 ans, sont là, se traînant dans la boue, les vêlements misérables, insuffisants à les garantir du froid, les pieds dans de mauvaises chaussures, le corps flé-

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chissant, le teint hâve, cadavérique, les yeux yagues. Pas un cri, pas un chant à peine quelques paroles, à voix basse I Ils tombent de besoin, ils s'en vont de faim et de misère.

Je me sens glacé, mon cœur se serre, les larmes me montent aux yeux. Oh ! le crime, le crime allemand I On assassine notre malheureuse jeunesse française ! Car cet épuisement, c'est la mort, c'est le crime !

Nous voici installés au-dessus de la cantine — dix personnes, dont cinq prêtres de 63 à 70 ans, un médecin, un percepteur et ses jeunes enfants, un administrateur des forêts de Saint-Gobain. Notre chambre est vaste, bien chauffée, mais malpropre, envahie par les souris, et rien moins que confortable. Malgré nos réclamations, nous devrons nous y nourrir à nos frais; de l'Administration allemande il ne faut compter recevoir que de l'eau.

Derrière notre appartement, et séparée par quelques planches, une chambre plus petite oh nous entendrons agoniser des vieillards. Plus loin, l'infirmerie, oiî s'entassent des malades et des blessés, dans les conditions d'hygiène les plus déplorables.

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