‹ Ma captivité en Allemagne;Chapitre 2 sur 13 · LE CHEMIN DE L'EXIL · texte numérisé non relu

LE CHEMIN DE L'EXIL

Je donne un dernier regard à cette cathédrale de Noyon, l'un des joyaux les plus purs de l'architecture romane; derrière ses tours, le soleil couchant s'épanouit en auréole d'or; c'est comme une transfiguration. Mes yeux humides lui jettent un adieu poignant ; et, le cœur déchiré, je m'installe au milieu de mes compagnons d'infortune.

Nous nous entassons sur les bancs étroits et serrés du wagon à bestiaux, oh, sous la garde de quatre soldats haineux et grossiers, va s'accomplir notre lamentable odyssée. A leur tour, mes deux malheureux infirmes sont hissés, mais si brutalement que l'un d'eux reçoit à la jambe une sérieuse blessure. Un troisième — vieillard de 70 ans, déjà épuisé par huit jours de privations et de

souffrances — reçoit, dans les reins, un formidable coup de crosse dont il gardera longtemps la cuisante douleur — manière bien allemande de l'inviter kjaire plus vite 1

Vers six heures, le signal du départ; le train s'ébranle ; en route pour l'exil ! Quatre jours et quatre nuits sans sommeil possible, sans nourriture que les fonds de gamelle des soldats, les croûtes dures qu'ils nous jettent comme à des chiens; dévorés de fièvre et de soif; heureux si nos geôliers, ricanants et gouailleurs, veulent bien nous abandonner quelques rares gorgées de leurs gourde, les restes de leur répugnante gamelle!

Nos geôliers? Ils sont quatre aux ordres d'un sergent — grand gaillard, très maigre, bien qu'il mange sans discontinuer ; d'une souplesse de singe, contrairement au type trop connu du sous-officier allemand. Son air retors, astucieux, voyou, son persiflage grossier, son génie inventif, sauront, quatre jours et quatre nuits durant, nous tenir en haleine, de tracasseries basses, de vexations inédites.

D'abord, la confiscation des couteaux ; et, à ma barbe, il est tout fier de s'adjuger mon

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