‹ Ma captivité en Allemagne;Chapitre 3 sur 13 · LA CHEMLN DE L'EXIL · texte numérisé non relu

LA CHEMLN DE L'EXIL

canif. De ses poches — et le soldat allemand en a partout — il tire successivement, pour nous les faire admirer, des bracelets, des chaînes d'argent, des montres, des boîtes armoriées — tout un butin destiné, évidemment, à quelque gracieuse greichen 1

Comme tout Allemand qui se respecte, mon sous-offîcier — originaire du Sleswig- Holstein — gratifie le prêtre catholique de railleries bien allemandes, de propos qui n'ont rien d'obligeant, de gestes plus quo suggestifs, — en un mot toutes les délikatesses que peut enfanter un cerveau teuton 1

Sur un mot d'ordre, partout le même, et par un raffinement infernal, nous devions être, sur tout notre parcours, abreuvés d'un nouvel outrage, d'une injure particulièrement sanglante, surtout pour ma conscience de prêtre. Tout à l'heure, nous étions des otages, de simples prisonniers ; voici que, dès la prochaine station, nous devenons des francstireurs, des assassins. A tout instant, le train stoppe, la foule des soldats, qui encombre jusqu'aux moindres gares, se précipite.

— Venez voir des francs-tireurs, un chej de Jrancs-tireurs ! crie notre sous-officier.

Et je suis tiré de mon banc; on m'exhibe dans la baie du wagon.

— Assassin l chef d'assassins! chien de Français! peau de schweinl

Et mille autres aménités que ma plume se refuse à traduire.

Partout, sur leur passage, les prisonniers civils se sont vu traiter de francs-tireurs, d'assassins. — L'État-Major allemand sait bien qu'en France il n'y a pas un franc-tireur. Mais c'est le înot d'ordre ; et cette pure calomnie, un moyen facile de pousser à l'exaspération la haine des populations allemandes.

J'essuie, debout, impassible, ironique, cette bordée d'injures intraduisibles — tout le répertoire, compliqué, savant et grossier, du Teuton. Ici, comme dans toute l'Allemagne, je l'ai constaté cent fois, c'est au prêtre que celte race, j'allais dire cette vermine de Luther, s'attaque avec passion, avec rage; elle y met une sorte de sadisme impie. On a nié la guerre religieuse — on nie tant de choses, en France, chez nos soi-disant intellectuels de haut et bas étage î Mais la guerre entreprise par Guillaume le barbare est, avant tout, une guerre religieuse ; c'est la re-

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vanche du vieux Luther, vaincu par le Centre Catholique Allemand, c'est la ruine préméditée de cette France, le meilleur soutien de la Papauté.

INous avons fait à peine cinquante kilomètres ; aux environs de Saint-Quentin, le train stoppe; nous allons passer là le reste de la nuit, appelant en vain le sommeil. Vers le lever du soleil, nous poursuivons notre route, laissant, à Busigny, la grande ligne de Maubeuge, pour remonter vers Cambrai. Une seconde nuit en wagon, et nous gagnons Valenciennes. Là, comme dans toutes nos villes du Nord, la population nous apporte du pain, des fruits, des provisions; mais, à coups de crosse, les soldats la repoussent, et s'approprient ce qui nous est jeté à travers les barrières.

A Douai, notre effectif se complète. Au mépris des lois de la guerre, on a ramassé, dans les hôpitaux, infirmiers, soldats blessés ou malades, pour les entasser dans nos wagons déjà trop chargés. Et c'est ainsi, dans une atmosphère devenue irrespirable, que nous nous acheminons lentement, très lentement, vers la Belgique.

Dans les plaines que nous traversons, peu de traces de la guerre ; partout, une campagne riante, une riche culture, des pâturages verdoyants, un air de bien-être et de prospérité. Il nous faut arriver à Louvain, après une troisième nuit de wagon, pour nous retrouver en face de cette affreuse réalité : la guerre !

Ici, les Allemands se sont surpassés ; ici apparaît, dans sa gigantesque sauvagerie, le génie de la dévastation : la ville entièrement détruite, le désert, la mort. Mon imagination, stupéfiée, évoque le souvenir de Pompeï. A Louvain, comme dans l'antique cité romaine, un cyclone de feu a passé, déchaîné par des hommes du XX* siècle, en pleine civilisation ; et ces hommes prétendent au sentiment, ces hommes se disent chrétiens ; et leur empereur, leur hypocrite chef de horde, revient aux excès monstrueux de Luther, son inspirateur et son père dans le crime ; et il a l'impudence de prendre à témoin le Dieu des armées. Quelle aberration dans l'orgie 1 quelle impudence dans le crime !

Sur cette route interminable de la captivité, dans toutes les villes que nous traver-

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