‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 10 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

« la foi. Cette doctrine est aussi ancienne que le « monde. Tu as espéré, que veux-tu encore? Tu « pouvais, lorsque tu étais sur la terre, consulter « les sages, ils t’auraient dit que ce que l’on refuse « dans le temps, T éternité ne peut le rendre. »

O déplorable, ô maudite doctrine ! ô sophisme désespérant qui doit mener au suicide !... Voilà ce que je lisais avec enthousiasme, et me laissant fasciner par le charme d’une menteuse poésie , et par l’idée d’indépendance qu’elle nourrissait en moi, je l’adoptais comme règle de conduite, sans y penser sérieusement, et me laissais entraîner par elle à la folie du nihilisme. O grand Dieu ! qu’étaisje alors ? croyais-je en vous, ou non ? Seigneur, je n’en sais rien, je ne m’arrêtais pas à cette idée. Jamais je ne m’en occupais. Et pourtant, ce n’était pas en suivant un plan arrêté d’avance que je devenais de jour en jour plus incrédule et plus mauvais. Cela se faisait naturellement ; mais le danger était d’autant plus grand que je ne voyais pas d’où venait en moi la perte de la foi ; je ne voyais pas que plus je tuais en moi le remords, plus votre bienveillante image s’effaçait de mon cœur. Certes, Rousseau avait deviné juste lorsque, dans un de ses bons moments, il disait « que le jeune homme « qui, jusqu’à l’âge de vingt ans, a conservé son « innocence, doit devenir un des hommes les plus « aimables et les meilleurs, tandis que celui qui se

ÉGAREMENT

« gâte de bonne heure doit devenir un monstre. * Cet aveu est remarquable. L’intelligence de Rousseau avait en partie deviné la vérité ; mais elle ne pouvait en tirer la conséquence, car elle se refusait à reconnaître la source de la vérité. Rousseau ignorait qu’en prenant l’habitude de traiter légèrement comme le fait le monde tout ce qui concerne les mœurs, surtout, dans sa jeunesse, on détruit infailliblement sa foi, ou au moins on la rend impuissante , et que c’est seulement parce que l’on n’a pas de foi que, plus tard, on devient un monstre. Ses Confessions et l’histoire de l’humanité tout entière sont là pour nous apprendre ce que sont les hommes privés de foi... Et s’ils ne sont pas toujours des monstres, Seigneur, ce n’est qu’à votre miséricorde qu’ils le doivent.

J’étais dans ma dix-septième année quand je perdis une sœur chérie, âgée de vingt ans. Vierge innocente et résignée, elle avait accepté avec joie de cruelles souffrances, car elle possédait à un haut degré ce qui donne la force de vaincre la douleur. Née comme moi dans l’Église gréco-russe, elle avaiteu le bonheur d’entrer, quelques années avant sa mort, dans le sein de l’unité catholique. Ce fut à une sœur de mon père, la princesse Dielrichstein, qui l’avait élevée à Rome et qui elle-même s’était convertie, qu’elle dut cette grâce. Vous le savez, Seigneur, vous savez aussi que, sur son lit

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