‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 11 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de mort, elle eut une joie, avant-coureur des joies du paradis, la joie de faire connaître à ma mère la vérité catholique et de la lui voir embrasser. Mon Dieu, que vous êtes grand dans vos œuvres, et quelle suite de grâces !... O Seigneur! serai-je donc le dernier anneau de cette chaîne ?... La mort de ma sœur me causa du chagrin, mais il fut de courte durée ; et pourtant j’aurais dû voir un avertissement dans ce malheur que daignait m’envoyer votre bonté ; car dans le mystérieux gouvernement de votre providence, tout doit contribuer au bien de tous ; et vous vouliez sans doute vous servir de cette mort pour me porter à la réflexion et me faire rentrer en moi-même. Hélas ! je ne vis, je ne compris rien.

A dix-huit ans, je connus un sentiment nouveau, et je m’estimai l’homme le plus heureux de la terre. O délire insensé ! j’aimais avec ardeur, bien plus avec un dévoûment qui eût été sublime si vous en aviez été l’objet , vous, Seigneur, vous, source du véritable amour, centre unique et fécond de tout ce qui est bien. Oh ! pourquoi n’ai-je

ÉGAREMENT

pas alors envoyé vers vous tous les élans de cette âme qui avait besoin de se donner? Pourquoi n’aije pas concentré sur votre adorable unité l’ardeur, le dévoûment, la jalousie... tout ce que je donnais avec tant de prodigalité? Gomme mes sentiments, ces rayons de mon âme eussent été purs, si, au lieu de se diriger vers la terre et de se souiller dans la fange, ils s’étaient élancés vers le ciel pour s’unir au foyer de la perfection ! Là , embellis en quelque sorte et divinisés par le contact de la Divinité, ils seraient revenus purifier l’âme de votre créature, qui aurait envoyé de nouveaux élans d’amour vers vous, ô mon Dieu ! Alors, entre mon âme et vous, il se serait formé, établi comme une mutuelle correspondance, comme un rayonnement amoureux. C’est là ce que vous désirez, ce que vous voulez de nous. Seigneur ; mais hélas ! l’âme humaine, dans son ingratitude et son aveuglement, se refuse à cette douce communion avec son Dieu, et, s’en éloignant toujours davantage, elle arrive à ne plus rien comprendre que ce qui est matériel, et n’agit plus dans l’homme abruti que comme un sens de plus.

Oh ! je le répète et je pleure, pourquoi n’est-ce pas vous que j’ai aimé ? Combien cette existence eût été plus belle ! ce passé, si plein de folie, ce

passé si plein de remords Seigneur, Seigneur,

pourquoi n’est-ce pas vous que j’ai aimé? Avec

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