‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 100 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

sent le besoin d’aimer, et on aime d’un amour pur et platonique; alors, on donnerait sa vie pour son ami. Plus tard, les sens s’allument, et si le cœur est mal guidé, la raison se pervertit et établit que le vrai principe de l’existence est la matière; et comme on a besoin de s’approuver, de se flatter soi-même, on se crée bientôt un système philosophique absurde. On nie l’esprit, on devient matérialiste.... on finit par nier Dieu et l’éternité î ! !

« Mon esprit se formait des images propor-

« tionnées aux seuls , objets de mes yeux, et je ne « m’apercevais pas que cette action de mon esprit te par laquelle je me formais des images corpo- « relies, n’était pas corporelle comme elles, et que « néanmoins elle n’eût pu les former si elle n’eût « été elle -même quelque chose de fort grand. » (Saint Augustin.)

« C’est un grand progrès quand nous savons, par expérience, que notre esprit peut errer.

« Il est très-difficile de se figurer une volonté sans un corps; mais en y pensant, on doit convenir que notre âme, qui est, et qui possède une volonté, n’a pas de corps. Depuis des siècles, les systèmes philosophiques changent de nom, mais ils roulent toujours dans un même cercle.

« Je sens en moi-même une certaine tiédeur funeste; je voudrais pouvoir conserver cette chaleur, ce zèle, ce feu sacré, cette espèce d’inspiration, qui

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m’animaient naguère. Je veux pleurer mes fautes, je veux les détester. O mon Dieu ! je m’adresse à vous, parce que je sens que la prière me donne, de la force. et m’élève! N’ai-je pas clairement vu que je n’ai qu’un moyen d’être heureux? la vertu... Et n’est-ce pas une grâce de Dieu d’avoir été persuadé, qu’en pratiquant la vertu, j’aurai le double avantage du bonheur sur cette terre et du bonheur éternel? L’amour, le désir de ce bonheur ne devrait-il pas suffire pour me faire suivre vos saints m préceptes qui ne me dictent que ce que m’ordonne ma conscience? Et ne serait- ce pas une insigne folie que de courir après des plaisirs- passagers pour négliger une double félicité durable? »

A cette époque, l’idée du bonheur dominait -presque seule encore dans mon âme; ce fut plus tard que surgit l’idée du bien et qu’elle y occupa la première place.

VH

Voilà, ô mon Dieu ! ce que j’écrivais; voilà les pensées salutaires que vous m’inspirâtes pendant les premières six semaines qui suivirent la mort de ma femme, et que je passai à Venise 1 . Je quittai

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