‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 101 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

alors cette ville dans l’intention de mfe rendre en Russie. A Nice, où j’allai voir ma mère, je renouvelai connaissance avec le R. P. Pellegriui. Quoique je fusse encore imbu de préjugés contre le christianisme en général, mais surtout contre l’Église catholique, et particulièrement contre les Pères jésuites, ces préjugés n’étaient plus aussi absurdes ni aussi tenaces qu’autrefois. Les six semaines qui venaient de s’écouler avaient amené de grands changements en moi.

Je revis ce Père avec plaisir : il avait connu la personne que je pleurais ; je pouvais lui en parler à cœur ouvert, et je mettais un certain amourpropre à étaler toutes ses vertus devant un prêtre. Ce fut en pleurant que je lui racontai le vœu qu’elle avait fait, et je vis avec joie que mon émotion se communiquait à lui. Oh ! il fallait que malgré moi, et sans le savoir, je tinsse déjà beaucoup à l’Église catholique, pour que j’entendisse avec joie un de ses ministres m’assurer que je ne devais avoir aucune inquiétude sur le sort de ma femme, qu’il l’avait bien connue, qu’elle avait été remplie de bonne foi et de candeur dans toute sa conduite, et qu’il ne doutait nullement de son salut.

Ma mère assistait souvent à nos entretiens, et elle vous demandait ma conversion avec ferveur et espoir. J’ai su depuis que, dans son désir de me voir catholique, elle me fit recommander aux prières

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si puissantes de l’archiconfrérie de Notre-Damedes-Victoires. Oh! grâces lui soient rendues! grâce au cœur immaculé de Marie ! Mon Dieu, vous savez quelle est ma reconnaissance, vous savez que lorsque je suis à Paris, ce sanctuaire est le lieu de mon repos et le refuge de mon cœur.

J’adressai au Père plusieurs questions concernant la différence des deux Églises, orthodoxe et grecque séparée, et je ne saurais assez louer le tact, la discrétion, la charité dont il fit preuve dans nos entretiens. Il se garda bien de me presser; il priait et laissait agir la grâce. Du reste, je dois ce même éloge à tous les jésuites que j’ai eu le bonheur de connaître. Sentinelles avancées de l’Église, champions valeureux de la foi, les jésuites sont toujours sur la brèche; ennemis redoutables du mal, est-il étonnant que le mal les calomnie et les outrage? c’est leur triomphe et leur gloire. Je sais que l’on accuse les jésuites de m’avoir entraîné, de m’avoir séduit, comme disent nos frères séparés. Pour moi, je le déclare à la face des hommes et de vous, ô mon Dieu ! je le déclare pour rendre hommage à la vérité : je n’ai été entraîné par personne ; vous seul m’avez séduit. Seigneur. Longtemps j’ai résisté, longtemps j’ai combattu; mais j’ai dû céder; sinon, j’aurais menti à moi-même, à ma conviction, je l’ai déjà dit, et ma conscience m’aurait tourmenté. J’aurais rougi de honte devant tout homme d’hon-

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