CHAPITRE il
m’enfermerais dans quelque cellule... Le moncfe nommera cela folie, on se moquera de moi..., mais ce n’est pas tout de vouloir , il faut persévérer.
« L’homme entraîné par ses sens vers un objet indigne de lui, se trompe en croyant aimer l’objet de sa convoitise ; cet amour est passager , il s’affaiblit avec la satiété ; il s’use avec le temps , et on finit par mépriser la personne que l’on aimait, et par en être dégoûté alors même qu’on éprouve le besoin de la voir. L’amour pur et dégagé des sens , l’amour fondé sur la vertu, l’amour qui a pour base le respect, est le seul réel.
« Tous les sophismes dont nous nous leurrons pour nous excuser à nos propres yeux, toutes les arguties dont nous cherchons à nous entourer, ne résistent pas, en moi, contre le sens intime de la conviction, de la conscience qui me dit : Tu es coupable. La connaissance de soi-même est , sans aucun doute, la plus intéressante de toutes celles qui existent, et probablement la plus féconde. C’est elle qui doit nous mener à celte part de bonheur dont l’homme peut jouir sur la terre. Il donc utile de sonder profondément son intérieur, et d’examiner ce qui se passe en nous, de nous dégager de toute préoccupation , de nous recueillir de temps en temps dans une profonde méditation, en nous délivrant de toute distraction. Je parviens rarement à cet état, et encore dure-t-il peu de temps, c’est
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comme un anéantissement de tout ce qui est extérieur; on s’enferme en soi-même; on s’identifie avec son intérieur, enfin on pense dans la force du mot.
« Cet état si nécessaire à acquérir, cet état qui, pour le poêle, est peut-être l’inspiration, s’obtient d’autant plus dificilement que notre imagination est plus mobile. Une pensée, un souvenir, une idée, quelque fugitive qu’elle soit, en engendre mille autres, et chaque souvenir, chaque pensée est une distraction de plus. Et puis, les mauvaises pensées qu’il faut chasser, les désirs qu’il faut étouffer, les vanités, les amours-propres, les mille péchés, enfin, quelque légers qu’ils soient, que nous combattons à chaque heure de la journée, péchés que nous connaissons à peine, et dont nous ne nous rendons pas compte, tellement nous y sommes habitués!... Vraiment, quand je regarde autour de moi, je suis effrayé de la malignité des hommes ; je suis épouvanté, comme devant un horrible tableau, de toutes les abominations des soi-disant honnêtes gens. Et qu’est-ce donc quand je tourne mes yeux sur moi-même? Oh! j’y trouve un tel ensemble de
choses mauvaises! En vérité, on serait tenté
de faire des folies, ou de s’arracher les yeux pour ne point voir, ou de s’enfermer dans un cloître de trappistes!....
« Quand on est jeune , on vit par le cœur, on