CHAPITRE
neur catholique ou grec, devant tout homme qui a le courage de sa foi. Le véritable honneur ne consiste pas à obtenir le suffrage des hommes ! il a un but plus noble; et mentir à sa conscience par intérêt, vanité, séduction ou légèreté, n’importe le motif, c’est toujours l’apostasie, le plus grand des crimes. Oh ! ma conscience, c’était dans votre Église seule que je pouvais la satisfaire ! . . . .
Sainte Église de Jésus-Christ, temple du vrai Dieu, arche du salut; on peut, quand on ne vous connaît pas, pratiquer en dehors de vous une espèce de vertu et acquérir une espèce de bonheur; mais, cette perfection presque idéale, à laquelle vous voulez que l’homme aspire, Seigneur, je suis convaincu que ce n’est que dans votre Eglise que l’on peut y parvenir. Aussi, elle seule engendre des saints; sa foi, son enseignement, sa pratique, sa vie toute entière est nécessaire pour arriver à la sainteté.
Je le répète, personne ne m’a entraîné. J’ai vu, sans doute, des catholiques zélés; j’ai entendu des sermons, et j’ai lu des ouvrages qui m’ont convaincu; j’ai été en rapport avec des prêtres, et surtout avec des jésuites. Mais, si je ne m’étais pas servi des moyens que m’offrait votre amour, auraisje pu arriver à la vérité? Est-ce en restant dans les ténèbres qu’on découvre la lumière? Et avais-je le droit de vous demander un miracle, comme celui
RETOUK.
qui a éclairé saint Paul ou Alphonse Ratisbonne? Non, certes; et sans interrompre les lois ordinaires de la grâce, votre providence a été bien assez généreuse. Ob ! comme cette providence s’est manifestée à moi peu de jours après mon départ de Nice, trois mois après mon malheur!
C’était à Berne, en Suisse, où je m’étais arrêté pour attendre un de mes amis. Le lendemain de mon arrivée dans cette ville, vous amenâtes dans l’hôtel que j’habitais un nouveau converti, le prince Théodore Galitzin. Je l’avais connu à Rome, quelques années auparavant ; mais, comme nos. opinions religieuses étaient diamétralement opposées, il ne s’était formé entre nous aucun lien d’amilié. Je n’aurais donc pas dû, d’après le cours ordinaire des choses, chercher à le voir; et pourtant, dès que je le sus à Berne, il me prit un violent désir de causer avec lui. C’était comme un instinct secret qui me poussait. Je désirais lui parler de ma femme, et lui dire qu’elle était morte dans des sentiments catholiques. Aussi fus-je bien content lorsque, peu d’heures après son arrivée, il se fit annoncer chez moi.
Alors, mon âme était tellement en proie à la douleur qu’il m’était impossible de parler d’autre chose que de l’événement qui venait de bouleverser mon existence. Et puis, il se passait en moi des choses si étranges! Le monde entier me paraissait changé.
J’élais triste, et pourtant je soupçonnais comme une vie nouvelle. Une lumière inconnue s’était levée sur mon horizon; mon âme ne dormait plus, mais elle n’était pas encore éveillée. C’était comme un crépuscule pendant lequel elle regrettait encore les charmes de la nuit, tout en ouvrant ses yeux aux clartés de l’aurore. Oh 1 j’avais besoin d’écrire, de parler..., j’avais besoin de verser mon cœur tout entier dans un cœur sympathique. Aussi, dès que le prince Galitzin parut, je lui parlai avec une pleine confiance de ma femme, de sa mort, de sa piété, du besoin que j’éprouvais moi-même de vertu et de religion; en un mot, de ma douleur et de mes espérances.
Qu’il soit béni ici-bas et dans l’éternité pour le bien qu’il m’a fait, cet excellent ami, à moi et à tant d’autres! Avec quelle charité il m’écoula, avec quelle sagesse il me parla de vous; avec quelle humilité il m’entretint de lui-même, m’avouant qu’il avait beaucoup péché; mais que depuis qu’il était catholique, il était tout autre : avec quelle simplicité, enfin, et avec quel zèle il avança l’œuvre de ma conversion ! En le voyant si pieux et si sincère, je faisais naturellement un retour sur moi-même. Nous sommes du même âge, pensais-je, du même pays, dans la même position sociale; et pourtant quelle différence ! je le voyais, je le sentais vertueux!... Mon Dieu, vous savez que vous m’ins-
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pirâtes alors l’idée de devenir bon comme lui!... Et un soir que j’étais dans mon lit, je repassais en moi-même tout ce qu’il m’avait dit pendant la journée, et soudain... « Il est vertueux, me dis-je, qu’il est heureux ! » Ce qui me frappait surtout était sa simplicité à côté des sacrifices de tout genre qu’il avait faits à sa conviction ; et je me sentis de l’enthousiasme pour lui, mais un enthousiasme calme. Sa vertu était devenue subitement, vous le savez, Seigneur, mon idéal et mon but. « 11 est vertueux, me répétai-je, il est heureux, et pourquoi ne le serais-je pas aussi? » Et aussitôt, je me précipitai hors de mon lit, je me jetai à genoux et vous adressai une fervente prière : Mon Dieu, donnez-moi la force et la foi.
Ce furent, je crois, les seules paroles que je pus prononcer; mais je restai longtemps à genoux, et je les répétai je ne sais combien de fois. Vous savez, mon Dieu, que ces paroles sont devenues ma prière habituelle, et que presque jamais je n’élève mon âme vers vous, sans vous dire : « Seigneur, donnez-moi la force et la foi. » Vous savez aussi que cette prière me lit du bien, et que vous daignâtes l’agréer.
Bientôt le prince Galitzin m’expliqua plus particulièrement les vérités qui servent de base aux dogmes de l’unité et de l’autorité catholique. J’avais déjà fait quelques progrès, et il me semblait dé- < 2 .