‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 103 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

sonnais hors de doute que je devais devenir franchement chrétien ; mais je m’imaginais encore que le christianisme était une vaste église renfermant beaucoup de chapelles, et je me disais comme les protestants : « Pourvu que l’on soit chrétien, qu’importe là chapelle dans laquelle on se prosterne? » Mon- nouvel ami combattit et renversa cet échafaudage de vieux sophismes que je croyais invincibles. Et d’abord, à propos de l’unité, il me eila les adorables paroles que vous prononçâtes avant d’aller au Calvaire, divin Jésus, et la dernière prière que vous fîtes devant vos disciples (S. Jean, ch. xvn) : « Père saint, conservez en votre nom «eux que vous m’avez donnés, afin qu’ils soient un comme nous... Je ne prie pas pour eux seulement, ■tais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous ensemble ils ne soient qu’un, comme vous, mon Père, vous êtes en moi et moi en vous, qu’ils soient de même un en nous, afin que le monde sache que vous m’avez envoyé. Et je leur ai donné la gloire que vous m’avez donnée, afin qu’ils soient un, comme nous ne sommes qu’une même chose. Je suis en eux et vous en moi, afin qu’ils soient consommés dansl’umie. » Ces paroles me frappèrent d’autant plus qu’elles font partie de ce discours qui avait fait sur moi une si> profonde impression, peu d’instants après mon malheur. Elles m’étaient parfaitement connues.

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mais je ne les avais pas comprises. Je n’avais pas même cherché à en saisir le vrai sens, parce qu’à la lecture de ce discours je ne m’étais occupé que des passages qui me rappelaient ma femme et son sacrifice. Mais à l’explication que m’en donnait le prince Galitzin, je sentais que les premières, que les plus grossières écailles qui couvraient mes yeux commençaient à tomber. Oui, il semblait décidé que celte partie de l’Évangile dè saint Jean devait me convertir ; car ce ne fut qu’après la lecture et l’explication des versets que je viens de citer, que, pour la première fois de ma vie, je compris que la vérité est une, et que vérité et unité sont la même chose. Je compris que s’il n’y a qu’un Dieu, il ne peut y avoir qu’une foi et qu’un enseignement, et que si le christianisme est vérité, il ne peut y avoir qu’une seule Église vraie. Mais il me restait à savoir encore à laquelle des Églises existantes cette vérité appartient, et malgré mes instincts catholiques, je me sentais toujours entraîné vers l’Église grecque ou le protestantisme.

Toutes les âmes n’ont pas besoin du même aliment; la grâce ne présente pas toujours lesmêmes motifs de conversion, et chaque conversion est une histoire différente : car les hommes, quoique subjugués par la même vérité, ne sont pas tous frappés de la même manière. Pour moi, ce qui changea mes idées religieuses, ou plutôt ce qui les fixa, ce

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