‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 107 sur 203 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

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J’avançais avec précaution, avec crainte, me défiant de moi-même, de mon coeur, de mon imagination et surtout du désir que j’avais de trouver la vérité, comme si je n’étais pas né pour la posséder.

Peu de jours après l’arrivée de Galitzin à Berne, un de mes amis s’y trouva aussi. 11 venait de Paris pour me voir. Je fus touché de celte preuve d’amitié ; je l’aimais sincèrement et je l’aimerai touours : il est bon et malheureux. Mais je m’aperçus bien vite qu’entre nous était un abîme, et je pus mesurer le chemin que j’avais déjà fait. Il ne pouvait plus nie comprendre, et moi je n’avais plus rien à lui dire. Le seul objet dont j’aurais voulu lui parler, hélas! pour lui était une chimère. Cette vérité, après laquelle je courais, et que je regardais eotnme le trésor de mon avenir, il n’y croyait pas, H ne voulait pas y croire. Seigneur, a-t-il changé de principes? Hélas! je l’ignore. Daignez, mon Dieu, daignez l’éclairer; tous les jours je vous demande eette grâce. Qu’il ne se perde pas... Jejcompris alors combien le sentiment chrétien est fort pour cimenter l’amitié. Cet ami que j’aimais depuis tant d’années, hélas! je me trouvais muet devant lui; et Galitzin que je connaissais à peine, mon cœur s’épanchait par torrents dans le sien. La vérité peut seule unir les âmes.

En quittant Berne j'allai à Berlin, et pendant le voyage je lus le Pape du comte de Maistre. I| est

remarquable que ce fut l’ami incrédule, dont je viens de parler, qui me donna ce livre. « Par quel hasard avez-vous cet ouvrage ? » lui demandai-je. « Je ne sais, » me répondit-il; « c’est mon libraire qui me l’a envoyé, et je l’ai emporté, mais il vous conviendra plus qu’à moi. Prenez-le. » Il me convenait en effet, car il a fait disparaître une foule de mes préjugés. O mystères de la grâce! Que vos jugements, ô mon Dieu ! sont incompréhensibles !

A Berlin, je passai six semaines dans une famille vertueuse, qui m’est unie par les liens du sang et de l’affection la plus tendre. Elle appartient à cette portion du protestantisme formée par le dernier roi et qui se nomme évangélique. Malgré lui, ce monarque sentait le besoin d’une unité religieuse, et, se mettante» contradiction avec la prétendue liberté du protestantisme, il força à s’unir deux Églises dont la croyance est diamétralement opposée sur un des dogmes fondamentaux du christianisme, sur le sacrement de l’eucharistie. Pour amener cette fusion impossible, il employa la force des

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