‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 108 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

armes ; aussi n’existe-t-elle pas. On se rassemble dans le même temple, on communie à la même table; mais les anciens luthériens admettent en quelque sorte la présence réelle, tandis que les calvinistes croient le contraire. Rien n’est plus affligeant que cette anarchie dans la foi ; mais aussi rien ne démontre mieux la vérité et la nécessité de l’unité catholique. Ceux qui appartiennent à cette prétendue union ne savent que répondre quand on leur demande si ce qu’on leur distribue à la communion est du pain, ou si c’est le corps de Notre- Seigneur. Ils se perdent ordinairement dans des digressions incompréhensibles, ou bien ils disent qu’il est permis à chacun de croire là-dessus ce que lui inspire son cœur ! Et ainsi, celte société qui se met en contradiction avec l’Évangile se nomme évangélique. . .Qu’elle se nomme do ne prussienne ou royale: mais comment peut-elle prendre un litre qui n’appartient qu’à votre Église? Hélas! saint Paull’a dit: « Il faut des hérésies. » Oui, il y a un soleil, et il y a des aveugles.

Du reste, les protestants, même ceux qui appartiennent à la même fraction, sont en désaccord sur presque tous les points. Et cela doit être, puisque chacun est libre d’interpréter l’Écriture comme il l’entend. Qu’on leur demande, par exemple, s’ils croient au purgatoire , ils jetteront des cris d’hor- . reur; mais demandez-leur s’ils prient pour les morts:

RETOUR

« Oh! sans doute, vous dira celui dont l’âme tendre craint pour le salut des personnes qu’il a perdues, c’est un besoin du cœur.» — « Moi ! » vous dira un autre, « moi? prier pour mes parents ! ce serait leur faire injure; ils sont au ciel, et c’est plutôt à eux que je m’adresse afin qu’ils veillent sur moi; » et cette même personne refusera de vénérer les saints!... Mais, au reste, ce ne sont que les âmes d’élite, celles qui, à leur insu, ont besoin du dogme catholique, qui se permettent ces inconséquences naturelles. Quant aux vrais protestants, pour eux la mort doit rompre tous les liens.

Pendant que j’étais à Berlin, j’entendis parler avec vénération du pasteur***, qui jouissait parmi les protestants d’une grande réputation de simplicité et de sainteté. Il avait été prêtre catholique, et, comme Luther et d’autres infortunés, il avait quitté l’Église. A cette époque, malgré mes sympathies catholiques, je doutais encore, et parfois je me sentais entraîné vers le protestantisme; aussi me décidai-je à aller voir M***, après lui en avoir fait demander la permission. Certes, pensai-je, en me rendant chez lui, si la vérité est dans son Église, c’est bien lui, naguère prêtre catholique, qui pourra me l’apprendre et me l’expliquer. Mais, gloire à vous, Seigneur ! il ne m’a rien appris, rien expliqué. Et d’abord, quelle différence entre l’accueil que fait un prêtre de votre Église à celui qui cher-

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