‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 12 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

quelle ardeur je me serais lancé dans la carrière de la vertu !... Oui, j’aurais pu, et je n’ai pas voulu ! Et maintenant que de regrets, que de douleurs j’eusse épargnés! Oh ! lorsque l’on compare les tourments de l’amour qu’inspire la créature avec les délices d’une âme qui n’aime que vous, ô mon Dieu! on est surpris que les hommes ne renoncent pas d’eux-mêmes à tous les ennuis du mal pour embrasser les jouissances de la vertu.

C’est, en effet, .pour la vertu que vous nous avez créés ; pour la vertu, c’est-à-dire pour la félicité, même ici-bas. Oui, votre amour est tel que vous avez voulu que nous ne pussions être heureux qu’en coopérant nous-mêmes à notre bonheur, et c’est pour cela que vous nous avez doués d’intelligence et de liberté. Combinaison sublime que vous seul avez pu inventer. Vertu et bonheur ne sont qu’une chose, ou du moins elles sont deux, mais ne faisant, pour ainsi dire, qu’un, comme la lumière et la chaleur. Mais pour être vertueux, il faut avoir la volonté de l’être : notre bonheur dépend donc de nous, car le bonheur, c’est l’union avec vous, ô mon Dieu ! qui voulez toujours cette union ; et ne dépend-il pas de nous de nous unira vous? Oh! vous le saviez, mon divin Maître : notre félicité n'eût jamais été complète, si notre volonté n’en avait été un des agents. La créature intelligente ne pouvait être entièrement heureuse sans liberté.

ÉGAREMENT

SI

Il devait bientôt périr, cet amour que m’inspirait une créature périssable. Un seul amour ne peut finir, celui qu’inspire l’infini ; un seul bonheur est parfait, celui qui donne la perfection. O Providence ! que la sagesse de vos lois est admirable ! A côté du mal que l’homme ne cesse de produire, dans le mal même vous ne cessez de placer le remède, c’est-à-dire le désenchantement, le dégoût, qui suit toute jouissance mauvaise; et ne pouvant nous captiver par les charmes de la vertu, vous avez pitié de nous et voulez, au moins, nous faire haïr le mal. Vous nous le montrez alors tel qu’il est, plein d’ennuis, de tristesse et menant insensiblement jusqu’à la mort de l’âme. Oui, l’homme peut tuer son âme ou lui donner une vie divine ; il peut, en s’élevant de jour en jour davantage vers vous, finir par se laisser tellement assimiler à vous qu’il n’ait plus, au moment de quitter la terre, qu’un pas à franchir pour s’élancer dans le sein de votre éternité ; comme il peut aussi, après avoir souillé son âme par des jouissances purement matérielles, lui ôter toute force, toute

Page 1